J’ai toujours été fasciné par le voyage, aussi loin que je me souvienne. Peut-être l’aventure, de par les Daktari, Tarzan, et autres séries indiennes de mon enfance, peut-être la lumière qui se dégageait alors du téléviseur, ou peut-être encore ma chambre bateau et la vieille carte de l’Australie, encore terra incognita, que m’avaient offerte mes parents. Alors, j’ai bougé. Créteil, Evreux, Melun, Nemours, Montereau…une fois même jusqu’à Sens. A 12 ans, je planifiai, pour les grandes vacances, un tour de Normandie à vélo à deux, projet avorté bien sûr et qui aurait pu se terminer en camping dans le jardin de mes grands-parents ; à 16 ans, les premières vacances avec un copain en auberge de jeunesse, sans l’autorité parentale ; et à 17 ans, première découverte de l’Europe en train, avec la carte Interrail, le Nord pour commencer, le Sud l’année suivante. Puis, je sors d’Europe, profitant des vacances, en tant qu’étudiant puis enseignant. Au milieu des années 90, j’entame un break pour explorer davantage l’Extrême-Orient et un bout de l’Amérique du Sud. Il dure deux à trois ans. Et, au retour, je me retrouve accompagnateur de voyage, www.zigzag-randonnees.com/ situation qui perdure aujourd’hui avec www.wikinger-reisen.de/ et m’amène à ouvrir ce blog. Celui-ci a pour but de faire partager mes impressions photographiques en les étayant de quelques informations de base sur le pays. 

01.11.2011
Après 2 heures de retard pour un vol de 15 mn qui nous mène de Zanzibar à Dar-es-Salaam, le congé des clients est rapidement pris et je me retrouve aussi sec dans un taxi pour le centre de la capitale, cap pour une chambre sordide dans un quartier qui ne le semble pas moins.
02.11.2011
La décision n'en est que plus facile, je quitte les lieux à 5 heures après une courte nuit. Je récupérerai plus tard. Les bus sont ainsi faits en Tanzanie qu'ils démarrent souvent entre 5 et 7 heures.
Me voilà ainsi sur le départ, dans une gare routière qui n'est pas franchement la bonne, mais un "garçon-bussier" me largue où il faut, où je suis ensuite «remis à qui de droit».
Le trajet pour Kilwa Masoko s'annonce rude. 6 h de route, nous sommes une bonne vingtaine dans un minibus, et je me retrouve coincé entre la porte arrière et une grosse "doudou" qui ne tient pas vraiment sur le siège, si bien qu'elle m'écrase la jambe droite.
Fort heureusement, elle ne fait qu'un bout de chemin avec nous.
La suite n'est pourtant pas plus envoûtante, des portions de route manquent et le chauffeur emprunte la piste sans sembler noter la différence. Nous si !!!
Après un dernier changement de bus pour bifurquer vers la côte, j'arrive à Kilwa Masoko. Je prends la première chambre que je trouve, après avoir croisé le propriétaire à la banque et me voici dans les bras de Morphée. Un sommeil réparateur.
En soirée, le maître des lieux me raconte son histoire. L'établissement est celui de sa retraite, de surcroît une sorte d'héritage pour sa progéniture. Il a fait carrière dans la marine marchande, après avoir eu la chance d'obtenir une bourse par deux fois, l'une pour la Norvège, l'autre pour le Royaume-Uni.
03.11.2011
Centre administratif, Kilwa Masoko en soi n'a pas grand-chose à offrir, c’est le centre de l’actuelle ville et signifie littéralement «Kilwa du marché".
Mais tout près de là, Kilwa Kisiwani a abrité un sultanat durant les prestigieux siècles passés. Kisiwani signifie île en swahili, et effectivement l'on s'y rend en bateau, non sans avoir obtenu un permis au bureau attitré, qui assigne alors un guide...ou je rentre à la casbah.
Le mien en l'occurrence se prénomme Djamila et elle est agréable, ne m'assommant pas de détails que l'on n'oublie dans la 1/2 heure qui suit.
L’île, dont les ruines sont inscrites sur la liste du patrimoine de l’Unesco en 2001, est occupée du IXe au XIXe siècle, atteignant son apogée aux XIIIe et XIVe siècles.
Quelques secteurs n’ont pas encore été fouillés, mais l’on peut visiter certains vestiges.
Ainsi, la grande mosquée, édifiée au XI siècle, la prison de Gereza, construite sur les ruines du fort portugais, le palais d’Husuni Kubwa, construit au début du XIVe siècle, avec sa grande piscine octogonale, plusieurs mosquées, et un ensemble urbain comprenant places publiques, nécropoles, maisons, salle d'audience, tribunal …
Les Portugais sont alors passés par là, remplacés ensuite par d'autres Arabes, venus d'Oman.
Djamila s'occupe également de mon transport pour demain, à 5 heures. Je continue ma route vers le Mozambique et devrais ainsi atteindre Lundi avant 8 heures.
04.11.2011
Départ à 5 h 02, je suis épaté, les rues sont désertes mais quelques silhouettes s'agitent pour charger les bagages...opération qui se termine de toute façon à la ficelle, les immenses paniers des mamas africaines dépassant largement le châssis du véhicule.
Aujourd'hui, je suis à l'aise, assis sur la banquette avant côté fenêtre, c'est l'avantage d'acheter le billet en avance. Ma voisine, Eilati, est mignonne à croquer, assise sur les genoux de sa mère. Nous partageons gâteaux, de mon côté, chewing gum, du sien !
Lindi (42 000 habitants) est sur la côte sud, donc l'une des activités est forcément la pêche, comme partout apparemment peu rentable, à en juger par la tenue des pratiquants.
Ville importante à l’époque du sultanat de Zanzibar, pour sa position privilégiée au bord de l'Océan indien, à l'extrémité d'une route commerciale fréquentée par les praticiens de l'esclavage, dont la fin a accéléré le déclin. A cela s’ajoute la fondation de Mtwara en 1946, dotée d'un port en eau profonde.
Le centre est plus...tanzanien...des rues à l'américaine, quadrillées mais avec des noms, poussiéreuses, odorantes, ou l'étranger de passage, s'il a un but, n'atteint celui-ci qu'avec difficulté, à moins de se promener en tchador, abordé qu'il est par un local intéressé, ou intéressé !
Un policier rencontré à l'arrivée, auquel je rends visite un peu plus tard (il me faut vraiment aller si loin pour copiner avec des individus pareils (!), me permet de me rencarder pour la suite de mes pérégrinations.
J'aurai aimé passer la frontière sur la côte, vers Mtwara, mais ce serait probablement une perte de temps, la frontière semblant fermée à cet endroit là.
Je la franchirai donc plus à l'ouest, à Masasi. Il me faudra ensuite aviser et certainement regagner la côte une fois de l'autre côté. En tout cas, je prendrai mes renseignements pour ne pas flirter avec les mines restant de la guerre civile de 15 longues années, achevée en 1992.
05.11
Ça y est, direction la frontière mozambicaine. Je vais laisser les bégaiements des lieux tanzaniens, les Ngorongoro, Nanganga, Ndanda et autres Chingugu, et me diriger vers des consonances lusophones qui, si je ne pratique pas le portugais, seront peut-être plus faciles à identifier!
De Lindi à Masasi, ce ne sont que 3 heures, qui pourraient pourtant être allégées si n'étaient les contrôles policiers très très réguliers sur le dernier tronçon. Le paysage plat se ponctue ici de quelques petits massifs qui surplombent villages et palmiers, c'est le plateau makonde. La contemplation, la lecture, la musique distraient mon esprit des effluves de poisson en provenance du grand panier assis à mes côtés!
A Masasi, après le petit-déjeuner, café et chapatis, que j'améliore de quelques gouttes de grand-marnier, c'est tout d'abord l'attente pour que se remplisse le bus. On observe le marché et se gausse du spectacle donné par l'arnaqueur aux 3 jetons (un principe connu avec 3 cartes) qui laisse deviner aux "pigeons" où se trouve le jeton marqué différemment et allège ainsi la bourse de certains.
L'on prend également contact entre voyageurs, tandis que s'amoncèlent marchandises et passagers dans le véhicule.
2h30 plus tard, c'est le départ pour un trajet chaud, aux arrêts fréquents dans des villages où ce passage signifie l'attraction de la journée. Parents et commerçants en attente de marchandise se regroupent à l'arrêt et les gamins accourent en criant de joie et faisant de grands signes.
A l'intérieur, l'on discute, un couteau traverse le bus, accompagnant le manioc qui va tenir lieu de snack dans ce festival de robes et boubous colorés, doublés parfois par ceux de la progéniture juchés sur le dos ou les genoux de la mama.
Dernière pause à Masunguru où l'on se déleste d'une grande partie de la marchandise. La population est là-aussi au rendez-vous, tandis que des jeunes sont affairés autour de la table de billard.
Une minute avant l'arrêt au poste-frontière de Mtambaswala, c'est la crevaison, arrivée en beauté donc dans un nouveau trou du cul du monde.
Celui-là cependant s'avère particulier. Alors que généralement ces endroits fourmillent de commerçants et bandits en tout genre, ici, même pas "d'agents de change", la croix et la bannière pour troquer quelque monnaie, et encore uniquement des dollars !
Le logement est tout aussi précaire, mais nous pouvons déjà être satisfaits d'avoir un lit. Nous, ce sont outre Mezigue, Simon et Suleiman, deux ingénieurs en téléphonie envoyés dans ce trou afin de parer aux problèmes constatés par les utilisateurs de leur compagnie, et leurs compagnes, Mary et Rachel. Un musulman et trois chrétiens, luthérien pour Simon, mais ce n'est pas un problème, la cohabitation est pacifique dans le pays.
Le village dispose maintenant de son pont, celui de l’Amitié entre Tanzanie et Mozambique, qui enjambe la rivière Ruvuma.
06.11
Je suis un peu tard sur le lever, semble-t-il, en ce dimanche car je prends la route de Muedo, au Mozambique, à l’arrière du pick up. Les premiers arrivés sont les premiers servis, et la place en cabine à côté du chauffeur est bien sûr déjà occupée.
Un premier arrêt au bureau de l’immigration tanzanienne, pour sortir du pays, et ce sera...le dernier pour mois, dans ce sens. L’officier m’emmène en effet consulter son homologue mozambicain à 2 kms de là, afin qu’il me confirme ce que le premier soupçonne : contrairement à l’information donnée par l’ambassade parisienne, aucun visa n’est délivré au poste-frontière. Aucune discussion n’y remédie, il me faut aller en retirer un à Dar-es-Salaam ou, autre solution, prendre là-bas un vol pour Pemba, au Mozambique, où là, la délivrance du visa est possible.
Retour à la case départ sur cette longue route, quand toutefois elle existe, sinon piste qui, selon le siège, secoue les boyaux, à donner l’impression d’être en stage de prétendant à un vol pour l’espace. Vive l’Afrique !!!
Mes compagnons de route ne sont pas surpris outre mesure de mon retour.
Un peu plus tard dans la matinée se présente pour moi une opportunité de reprendre la route, dans un pick up qui vient de prendre de l’essence. Eux ont encore un peu de travail, ils gagneront Masasi plus tard.
Me voilà donc adossé à un autre passager derrière 4 barils. Je sors rapidement un bout de drap de mon sac, que je noue sur la figure en me tournant côte piste. Entre poussière et relents d’essence, le choix se fait rapidement.
Je n’y reste pas jusqu’à Masasi. A la moitié à peine du trajet, changement de place, ils me font passer dans la cabine. Privilège du mzungu que je suis, peut-être.
La course est beaucoup plus rapide qu’à l’aller. J’observe maintenant la route à l’avant. A chaque village ou forme animée dont la silhouette se profile à l’horizon, le chauffeur appuie à fond sur son klaxon, et c’est la débandade, les vélos sont lâchés, puis dans un effort désespéré, traînes en bord de route !!!
A Masasi (443 000 habitants pour l’ensemble du district), c’est encore dimanche, même topo qu’à Mtambaswala mais en plus grand. J’entends par là, un trou du cul du monde, mais plus large. Certes une ville mais pas de café Internet aujourd’hui et le change s’avère une expédition, se déroulant chez des marchands indiens, dont on voit la position qu’ils s’estiment par rapport à leur main d’œuvre africaine ! Même le coup de téléphone à Simon doit être arrangé avec un privé à la station de bus.
Ici, la vie de nombreux agriculteurs dépend du prix qu’ils tirent de la noix de cajou. La balance entre prix de production et prix de vente qui rendait leur condition difficile a donc amené six villages environnants à se grouper en une coopérative qui permet de trouver des marchés, redistribuer les bénéfices et investir dans de nouveaux projets.
Je retrouve mes deux comparses le soir même pour quelques bières, seuls. En fait, ils sont mariés et les deux «sisters» les accompagnaient pour le week-end.
Je ne connais pas de mot en swahili pour trinquer mais nous avons le nôtre : «mtambaswala». Ils ne connaissaient pas l’endroit et il les a marqués également.
07.11
Départ à 6 h 00. Journée longue. Même si le bus ponctuel et les arrêts plutôt efficients, minimum requis pour soulager la vessie avant que ne surgissent les amygdales et pour se boucher la panse, nous permettent d’atteindre Dar en fin d’après-midi, il nous faut encore 2 à 3 heures pour rallier le terminal de bus, le trafic étant intense.
Je prends une chambre près de chez Suleiman, ce qui nous permet de prendre encore un verre en soirée.
Dar es Salaam (2,5 millions habitants) anciennement Mzizima (« ville saine »), doit son nom actuel de « demeure de la paix » au sultan Seyyid Madjid de Zanzibar du XVIIIe siècle.
Sa croissance est favorisée par son rôle de centre administratif et commercial de l’Afrique de l’Est allemande, qu’elle conserve ensuite sous domination britannique.
Même si elle n’est plus capitale du pays, transférée à Dodoma, plus centrale, elle reste la ville la plus importante.
08.11
Je suis indécis quant à la suite de l’aventure. Le Mozambique m’a refroidi.
Et il continue après ma visite à l’ambassade. L’administré, sympathique au demeurant, ne semble pas être au parfum et prend ses renseignements par téléphone à l’aéroport de Dar. Apparemment, aucun visa n’est délivré non plus à Pemba. Il s’obtient ici en 2 ou 5 jours, selon le tarif...où je change de cap, ce qui me tente de plus en plus. Un couple d’Allemands croisé là, qui est en voiture depuis l’Europe, n’a pas rencontré ce problème depuis le départ, sauf entre le Nord et Sud Soudan qui, politiquement, présentait certaines tensions, compréhensibles au moment de leur passage.
Voguant entre diverses pensées, je pose la question à mon voisin de bus sur la possibilité de gagner l'île de Mafia en bateau à partir de Dar. Que n'ai-je déclenché là ! La faune du bus, la partie avant en tout cas, est maintenant occupée à discuter le plan. Un jeune homme me couche ensuite tout cela sur papier.
Je passe la soirée avec Suleiman, et sa femme, aux petits soins pour lui. L'Afrique est de toute façon, plutôt machiste. Lorsqu'il veut du feu pour sa cigarette, c'est une serveuse ou Reema, l'épouse, qui se déplace. Idem pour les repas.
Il m'a avoué en fin d'après-midi que Rachel venait passer une semaine à Dar es Salaam le mois prochain. Suleiman, si amoureux de sa femme. C'est juste culturel.
Lui, à son tour, est aux petits soins pour moi et s'enquiert, avec Simon depuis Masasi, de mon bien être affectif. Si j'ai besoin de compagnie, il ne faut pas hésiter à leur communiquer ma solitude, on y remédiera !
Dans son quartier général, bar quasiment mitoyen de ma guest, le groupe du jour, du soir en fait, qui joue en live, vient de Tanga, au Nord de la capitale. Du rythme...et des popotins qui s'agitent, comme eux, ou surtout elles, savent le faire.
09.11
La décision est prise. Le Mozambique se passera de moi, pour l'instant en tout cas. J'étais attiré mais il reste d'autres endroits qui me tentent, assez pour ne pas devoir affronter des fonctionnaires encore plus mous du genou que certains des nôtres.
C'est l'Afrique, avec son quotidien de joies et de déceptions, d'enquiquinements et de sympathies. Le voyage se construit souvent sur des situations délicates qui en attirent d'autres inattendues et réjouissantes.
Et l'Afrique n'est pas en reste pour les surprises ! Une partie (pas toujours mais régulièrement) du plaisir réside dans le fait de m'endormir le soir sans toujours savoir la décision que me réserve le lendemain. Même si elle vient de moi, elle se présente par le biais d'éléments ponctuels qui me la dictent. Très différent d'un voyage professionnel au cours duquel je dois veiller au bon déroulement du circuit, de la façon la plus fidèle possible à ce qui est annoncé dans le catalogue. La spontanéité en prend bien sûr un coup.
Je quitte donc, probablement, Dar demain matin pour l'ouest, jusqu'à Kigoma, par étapes je pense, vers la frontière du Burundi. En bus, le prochain train avec place disponible étant en fin de semaine prochaine. L'idée est d'emprunter le cheval de fer, alors je tenterai cela pour le retour, en achetant rapidement mon ticket une fois rendu là-bas, avant de vaquer à une autre péripétie.
10.11
Je commence, après le petit-déj classique, chaï et 2 chapatis arrosés de grand-marnier, par une petite crise d'autorité. C'est le moyen de conserver sa place réservée à l'avant du bus, près de la fenêtre. La vie ici est un apprentissage à suivre, sinon, comme trop de petites gens abusés, on se fait bouffer.
Tout rentre rapidement dans l'ordre, après qu'ils ont essayé de me refiler un siège à la fenêtre derrière ou devant côté couloir. « Couloir » est exagéré pour un bus tanzanien, car il est souvent lui-même occupé.
Pour le départ, le vendeur des billets, qui doit être un chef, nous précède à pied jusqu'à la route. Il doit craindre pour son bus, marqué "islam" en gros caractères.
Et finalement, un siège à l'arrière n'aurait aujourd'hui pas été dramatique, la route étant bien asphaltée et le chauffeur pas un fangio.
Me voici donc à Morogoro à l'heure du déjeuner, riz et sauce légumineuse, où je m'amuse ensuite un moment avec trois gamines, Samila, une coquine, Leima et Jamila.
Cette ville de 210 000 âmes, centre agricole et universitaire n'est ni envoûtante ni repoussante, elle est ceinte des monts Uluguru et présente la particularité d'abriter un centre de recherche où l'on éduque des rats à détecter deux types de maux. D'une part des mines anti-personnelles, pour lesquelles l'aboutissement pourrait être l'envoi de ces professionnelles inattendues au Mozambique ou en Angola par exemple. Leur avantage est la légèreté, contrairement aux chiens et l’odorat très fin. C'est pourquoi, on les embauche d'autre part pour détecter le virus de la tuberculose qui atteint à nouveau de nombreuses gens dans les pays du tiers-monde. En outre, faciles à nourrir, ils sont récompensés par des aliments tels que cacahuètes lorsqu'ils rencontrent le succès, uniquement. Ce qui les motive.
11.11
Je poursuis ma route vers l'ouest. Mpwapwa m'aurait intéressé, rien que pour le nom mais ce n'est pas sur le chemin.
Je me suis procuré une carte sim tanzanienne pour mon portable, ce qui devrait me permettre d'avoir quelques contacts plus instantanés avec le Vieux Continent. Bon marché de surcroît, même si c'est un peu aléatoire, surtout les sms.
Les compagnies de téléphone font ici aussi leur blé. Même de vieilles femmes, pieds nus dans les bus, annoncent leur arrivée imminente quand pointe l'arrêt attendu.
Je suis hésitant à faire un arrêt à Dodoma, la capitale (elle y a été transférée après avoir été à Dar), et il s'en faut de peu. Après avoir raté de peu un minibus, en fait je l'avais mais l'un des "garçons-bussiers", appelé conductor dans le pays, ayant cherché à m'entuber, la question est tranchée. Je prends un bus de Mohamed trans. Mais Mohamed a pris du retard, 2 heures, il se pointe au moment où je commence à étudier la possibilité de passer une nuit ici.
Direction Manyoni.
Le paysage se transforme, de plus en plus plat et éparse, alignant ici des monticules de pierre formant des mini-collines.
Manyoni (206000 habitants pour l’ensemble du district) est une ville ferroviaire et le centre d'une région de culture du tabac.
Je suis lâché en bord de route, l'endroit n'est pas un arrêt spécialement prisé, et je dois prendre un moto-taxi pour rejoindre le centre. La bande de caoutchouc, vieille chambre à air reconvertie ou peut-être un pneu (ils en font également des sandales épaisses avec lesquels on doit pouvoir faire un tour du monde avant de les user), qui maintient mon bagage à l'arrière, lâche rapidement. Je n'ai pas de cristal à l'intérieur, fort heureusement. Voilà mon chauffeur qui tente de reficeler l'ensemble mais sa lanière rétrécit au fil de ses tentatives !!!
Je passe une nuit au Pentagon, guest house proprette, avec eau chaude (la première depuis le début de cette épopée) et petit-déj.
Le nom ne me surprend plus. Même si l'anglais n'est finalement parlé ici, dans ce pays africain anglophone, que par certaines personnes et généralement par bribes, on sent une influence bien américaine !!!
Le style télévisuel de certaines chaînes, la musique (et j'espère que cela ne va pas empirer) qui se transforme pour partie en un mélange américano-africain (dans le meilleur des cas latino-africain), qui n'emprunte cependant pas au Nouveau-Continent le meilleur de ses sources ! Soupe mièvre de R'N'B, ajouté à des effets sonores "poudre aux oreilles" sur fond vidéo, quand il y en a, de belles voitures américaines avec poupées Barbie et Ken en dépuissance !!! Au secours, Mory Kante, Alpha Blondie et autres Bob vont y laisser leurs dreadlocks.
Et, depuis 2 ou 3 ans j'imagine, la Obamania. Combien de pancartes, publicité arborant le nom de l'actuel président américain, et même de jeunes hommes se faisant prénommé Obama !
Mon dîner ne change pas des derniers jours, poulet et frites, pour lesquelles j'insiste toujours pour qu'ils les laissent un peu plus frire qu'à LEUR accoutumée...dorer serait exagéré ! Il ne faut pas venir dans ce pays pour l'art culinaire. On peut certes manger correctement mais dans les lieux touristiques. Le quotidien tanzanien est beaucoup moins varié et fin.
J'accompagne le tout d'une bière. Le choix des marques est, lui, plus étendu et certaines rappellent bien ou l'on se trouve : Safari, Kilimanjaro, Serengeti...On les ouvre généralement à l’ouvre-bouteille mais j'ai vu une jeune femme procéder à l'opération à l'aide de ses dents.
Je me méfie d'ailleurs lorsqu'une jeune personne du sexe opposé me demande de lui en offrir une. Peut-être a-t-elle soif mais c'est généralement une tactique approche du mzungu.
Ce dernier vocable désignant les étrangers me tape d'ailleurs lentement sur le système. Signifiant à l’origine « quelqu’un qui erre sans but», il était utilisé pour décrire les premiers explorateurs européens. Et je ne l'entends qu'une bonne cinquantaine de fois par jour.
Même si ce n'est pas obligatoirement emprunt de dédain, de jalousie ou d'agressivité (dans de nombreux pays, le blanc dispose de son propre qualificatif - gringo en Amérique latine, toubab en Afrique de l'Ouest, farang en Thaïlande, lao wai en Chine...), j'imagine les foudres, voire le procès, que l'on s'attirerait en Europe à distinguer systématiquement un nègre d'un blanc bec.
Parfois, cela devient vraiment pesant, lorsque prononcé par des gens peu instruits qui ricanent bêtement au passage du mzungu comme le feraient d'autres incultes à l'arrivée d'un extra terrestre dans le fin fond du Quercy ! Et là non plus, aucun moyen de tenter une approche, manque d'instruction d'une part, et barrage de la langue de l'autre, car même si le dollar sonne bien à leurs oreilles, c'est bel et bien le swahili qui se parle ici.
C'est le prix à payer, je l'ai voulu, si l'on cherche à pénétrer le pays en s'éloignant des sentiers touristiques. J'ai du apercevoir une dizaine de wazungu (le pluriel) dans les 10 derniers jours. Ainsi, bien sûr, j'apprends à connaître les gens tels qu'ils sont réellement, même si cela comporte des revers.
Parmi la catégorie la plus difficile à pratiquer, les professionnels du transport, drivers et conductors, autrement dit chauffeurs et rabatteurs. Des bandits du quotidien qui, bien sûr, veulent optimiser leur profit et n'hésitent pas pour cela à entasser les voyageurs comme du bétail, des voyageurs d'ailleurs bien trop dociles à mon goût. Il faut parfois savoir lever le ton pour s'affirmer. Peut-être mon état de mzungu y est-il pour quelque chose mais je n'en suis pas complètement convaincu. Je crois que comme souvent, la crédulité des gens peu éduqués est abusée. En Afrique de l’Est, l’union de ces professionnels de la route en syndicats pèse son poids.
12.11
Un petit tour, avant de reprendre la route, me permet de constater davantage l'étendue du bled, traversé par la voie ferrée. Chacun vaque à ses occupations, passant régulièrement de l'autre côté, avec vélo et marchandise...souvent sans un passage approprié pour cela.
"Affrontement" journalier avec les rabatteurs qui me font faire un détour par le Nord, en l'occurrence Nzega, mais je souhaite progresser et peut-être est-ce le parcours le plus fréquenté.
L'arrêt déjeuner et changement de bus à Nzega s'avère d'ailleurs plutôt drôle. Après avoir essayé d'abuser un peu le prix pour le mzungu, le vendeur s'amuse du fait que je pratique maintenant un tant soit peu les chiffres en swahili...et les choses rentrent dans l'ordre.
Je passe l'après-midi on the road, ce ne sont plus que pistes, bientôt transformées, là encore, comme souvent, par des contremaîtres chinois. Seules les villes de dimension plus importante sont en partie goudronnées.
La nuit à Tabora se révèle relativement confortable, plutôt surprenant, compte tenu de la fenêtre de ma chambre qui donne sur la salle du restaurant...occupé aujourd'hui par une foule célébrant la fin d'un cycle d'apprentissage, avec accoutrement et beats de circonstance, dont les basses traversent allègrement les murs.
Tabora (128000 habitants), fondée par les Arabes entourée de manguiers et de collines de granit, est sinon pratiquement dépourvue de relief.
Pendant longtemps elle a été un facteur de sécurité dans l'histoire Est africaine, sécurisant la communication entre la côte et les grands lacs.
Dans ses faubourgs, on cultive maïs, tabac et patates douces, dont le rendement reste cependant faible à cause du réseau d'irrigation vétuste.
Elle est aujourd’hui le chef-lieu de la région la plus étendue du pays.
13.11
Un Congolais, de la République Démocratique s'entend, anciennement Zaïre, est venu accompagner son "frère et ami", à comprendre frère par alliance donc beau-frère, qui s'en retourne au pays. Petite discussion qui me permet de pratiquer un peu ma propre langue. Même si d'ordinaire, ce n'est pas ma quête, aujourd'hui cela m'est plutôt agréable, d'autant plus que l’accompagnant est professeur de français et maîtrise bien son sujet.
Par contre, tous deux sont bien africains, ils s'amusent du fait que je ne sois pas marié, et annonce 5 enfants pour l'un, 6 pour l'enseignant, auxquels on se doit d'en ajouter deux supplémentaires, ceux de sa maîtresse !
Le bus s'attarde, un petit vieux monte et descend continuellement, à la recherche d'un enfant égaré alors qu'il est parti uriner. Il débutera le trajet, avant de descendre au premier arrêt, le premier contrôle policier.
C'est aujourd'hui un long trajet qui m'attend et les 2 premières heures sont inconfortables et...étroites. Je n'ai obtenu qu'une place certes à l'avant mais côté couloir, sur une rangée à 3 sièges, moins larges que beaucoup d’arrière-trains, surtout pas celui de mon voisin !
Je me réjouis de sa descente un peu plus tard, mais la surprise est de courte durée. Il est vite remplacé par une mama, jeune, dont il serait en dessous de la vérité d'affirmer que ses bras sont plus gros que mes cuisses !!! Mon Congolais de voisin, écrasé côté fenêtre, en rigole, elle-aussi d'ailleurs. L'embonpoint est ici un signe de bonne santé, financière en tout cas.
Je saute peu après sur l'occasion d'une place libérée de l'autre côté, à la fenêtre de surcroît, mes 2 voyageurs "mitoyens" en sont également fort aise, mais il me faudra, là encore, lever le ton lorsque l'un des conductors me demande à regagner la place d'origine. Et bizarrement, à ce moment-là, j'obtiens même des sourires de l'équipe régnante qui restait jusqu'alors plutôt de marbre.
C'est une caractéristique que je remarque souvent en Afrique, et il me semble qu'ils ne sont pas bien rancuniers. Après une altercation, ils se révèlent souvent au moins autant aux petits soins que précédemment, voire davantage !
Ce qui rehausse régulièrement l'ambiance du voyage, ce sont les sourires des gamins. Certains restent certes coincés, insensibles aux miens, apeurés peut-être par cette créature venu d'un monde inconnu, mais d'autres rétorquent, voire prennent l'initiative d'une risette qui illuminent leur face et du coup la mienne, ou les barrières de la nationalité, de la langue et de la couleur sont transgressées, faisant place à une spontanéité toute enfantine, emprunte d'une certaine naïveté très positive !
Le paysage se pare à nouveau de nouveaux habits, la végétation devient plus luxuriante, l'herbe plus verte, plus lumineuse, plus haute aussi. Il semble que la région soit plus humide.
Des rangées de maisons apparemment neuves, aux briques fraîches se fondent dans ces larges espaces, tandis que progresse le bus à vive allure, rien de propice à un cœur mal accroché.
Et au bout du trip Dar-Morogoro-Dodoma-Manyoni-Singida-Nzega-Tabota-Uvinza-Kasulu, enfin, Kigoma !
14.11
Je m'éveille à la lueur d'une panne d'électricité, due probablement à la pluie qui s'agglutine sur la guest house où j'ai pris mes quartiers. Et elle semble vouloir s'étendre quelque temps. D'où probablement cette verdoyante région, constatée à mon arrivée.
Une bonne opportunité pour me reposer des derniers jours passés à voyager, et organiser les jours à venir.
Le ciel reprend ses esprits au cours de la matinée, et je peux aller rendre visite au lac dans l'après-midi.
Kigoma (164 000 habitants), le plus grand port tanzanien sur le lac Tanganyika supplante Ujiji, à 6 km de là, tardivement, au début du XXe siècle, lorsqu'elle devient le terminus de la ligne de train en provenance de Dar es Salaam.
Le deuxième lac le plus profond au monde, derrière le lac Baïkal, a abrité la rencontre lors de laquelle Henry Morton Stanley a prononcé cette phrase historique : "Docteur Livingstone, je présume?".
Formé il y a 20 millions d'années, il couvre une superficie de 32 900 km².
Son nom, Etanga'ya'nia, signifie « lieu de mélange » en kibembe.
C'est également le plus poissonneux, avec, entre autres le fameux (ici tout au moins) daga, petit poisson gros comme le majeur et à peine aussi large. Il est très salé...le sel, c'est d'ailleurs tout ce que j'en ai goûté. Peut-être la manière dont il est préparé, entier et raide comme du bambou. L'accompagnement, par contre, est plus à mon goût, les ndizi, bananes cuites qui, bien préparées, ont un peu le goût de la pomme de terre.
D'une manière générale, le pays se prête au végétarisme, si l'on ne fréquente pas les sites touristiques.
Ici, bien sûr, on croise encore plus de Congolais, car le lac tient lieu de frontière avec la république « démocratique ».
Par contre, l'activité portuaire me semble réduite à son plus simple appareil. Je vois quelques pêcheurs mais, me renseignant sur les bateaux pour les alentours, nord ou sud de Kigoma, il s'avère que le prochain mouvement n'a lieu que dans 9 jours !
Relativement isolée jusque dans les années 1990 par rapport aux centres décisionnels du pays, Kigoma a vu exploser le commerce transfrontalier « grâce » aux conflits régionaux du Burundi, du Rwanda et du Congo qui a provoqué un afflux de réfugiés.
En outre, la proximité du sanctuaire de chimpanzés de Gombe, créé à l’initiative de Jane Goodall, contribue à la venue de quelques touristes.
15.11
Je décide d'aller me rencarder à la frontière, à une heure d'ici, quant au passage pour le Burundi. Les bruits disent que c'est possible mais mon épopée vers le Mozambique m'a échaudé et je préfère en avoir le cœur net.
Le poste se trouve à Manyovu, la route est bonne et je reviens dans la matinée avec une confirmation...positive.
Là-bas, il semble d'ailleurs que la banane (denrée la plus commercialisée au monde) fasse fureur, à en juger par les monceaux qui couvrent le bord de route, côté tanzanien tout au moins.
Entre les deux administrations, dans le no man's land comme qui dirait, je croise un Chinois. Il semble qu'une nouvelle route se dessine...
A Kigoma, je me rends chez mon tailleur qui m'a façonné une chemise (je suis modeste cette année...je ne savais pas ce qui m'attendait) avec un tissu acheté à Dar.
Il a été rapide, un jour, ayant même terminé dans la matinée alors qu'il avait annoncé 16 heures. Et là, je suis sûr d'avoir compris.
Il faut préciser, à ce sujet, que les Tanzaniens ont une base de temps qui leur est propre. Héritage swahili semble-t-il. Ils commencent par 7. Ainsi, s'ils annoncent un départ de bus à 1 h du matin, c'est en fait 7 h qui est sous-entendu. 2 h devient donc pour nous 8 h etc. Il faut arriver à piger le truc et surtout bien s'entendre sur quelle base la conversation a lieu !!!
Les gens me sont plus sympathiques ici, j'ai certes croisé quelques touristes, 5 ou 6 en fait (à peine moins que lors des 2 dernières semaines), mais l'on n'entend le vocable mzungu que 20 fois par jour.
Prendre le numéro de portable est devenu le réflexe qui a remplacé l'ancienne carte de visite. Certains se manifestent même un peu plus tard.
Je mettrai un bémol sur un ou deux employés de la gare ferroviaire. Je prends quelques renseignements hier déjà auprès d'une charmante dame pour une première classe en direction de Dar, et aujourd'hui, en voulant confirmer, je m'entends dire sèchement qu'il n'y a que la troisième classe de disponible (la première est occupée par le personnel ferroviaire…à quoi bon donc afficher des prix ?), autrement dit siège dur pendant quelque 48 heures puisque le train met deux fois plus de temps. Quitte à être inconfortable, autant donc prendre le bus.
Je dois juste étudier mon trajet de retour, peut-être passerai-je par un autre poste-frontière pour sortir du Burundi.
Je passe du temps avec Tatu, la réceptionniste de ma guest. Encore une accroc du portable, elle dort carrément avec. Elle travaille ici 6 jours sur 7, je pense qu'elle ne compte pas franchement ses heures, et tout ça pour un salaire mensuel de 70 000 shillings tanzaniens, soit quelque 32 euros !!!
Comme hier, mon chemin me mène à Manyovu pour la sortie de Tanzanie. Côté Burundi, c'est Mugina pour le coup de tampon. Rapide et en douceur, avec des douaniers courtois et agréables. Le paiement, lui, se fait cependant à une trentaine de kilomètres de là, à Mabanda.
Jusque là, c'est le chemin de la banane. Des bananes à pied, en vélo, en montée, en descente. Des dizaines de personnes s'agitent, transpirent, tirent, poussent, supportent le fruit jusqu'au marché, où les acquéreurs devront ensuite passer à la cuisine. En chemin, une femme s'accorde une brève pause pour donner le sein, avant de recharger un régime sur sa tête.
Ensuite, j'obtiens officiellement le visa, de transit cependant, valable 3 jours. Cela veut dire qu'il me faudra prolonger, et repayer, une fois dans la capitale ! Ils ont le sens du commerce ici.
La route à partir de là est en soi goudronnée, mais elle a pris quelques coups et, de surcroît, il semble qu'une pluie forte hier en ai remis une couche. La tôle ondulée qui sert de toit à une église s'est même envolée !
Apparemment, je n'en ai pas vraiment terminé avec l'appellation de mzungu. Ici, on parle certes la langue de Molière, mais également le kirundi, parent proche du swahili. Et pour certains, j'ai la vague impression que cela s'arrête aussi là, à en croire ce qu'ils me bredouillent autrement, qui relèverait plutôt de l'anglais.
Quoi qu'il en soit, un soldat et un autre co-passager se débrouillent assez bien pour que nous puissions sympathiser. Et, je dois l'avouer, je suis bien content cette fois de pouvoir parler à nouveau ma propre langue.
Autres retours : l'heure, ici, recule à nouveau d'une unité, et on roule à droite, même si le volant n'est pas toujours à gauche.
De Mabanda, nous mettons le cap sur le lac Tanganyika, que nous remontons alors au rythme de la pluie, forte par moments, et des diverses courses effectuées par le bus. Nyanza-lac, Kigwena, Rumonge, Magara, Kabezi, jusqu'à Bujumbura.
Buja (pour les intimes) est une capitale de plus de 500 000 habitants, pour 60 000 en 1962.
A l’origine terrain acheté au chef local par des missionnaires allemands en 1897, Usumbura devient chef-lieu du district du Rwanda-Urundi 4 ans plus tard. Se développant rapidement sous la tutelle belge, de 1922 à 1962, elle est faite capitale du Rwanda-Urundi. Elle est alors peuplée surtout de non-Burundais, la permission d’y résider étant assujettie à la condition d’y avoir un travail rémunéré.
C'est après l’Indépendance en 1962, qu’Usumbura se transforme en Bujumbura.
Mélange de quartiers aux visages très différents, la ville abrite plus de soixante nationalités différentes, rwandaise, congolaise, indienne, omanaise…
Trouver une chambre n'y est pas une mince affaire mais je finis, après un coup avorté -un chauffeur de taxi m'a amené dans un diocèse qui loue certes, mais à des prêtres et autres professionnels du business (est-ce que j'ai une gueule d’curton ?)- par obtenir une cellule proche du centre-ville.
Ce dernier s'articule autour du marché, construit au début des années 1990, conséquent et animé, avec de petites boutiques aménagées à l’intérieur, et des rangées qui ont leur spécialité, savons, alimentation (…). Entretemps il est devenu exigu et des vendeurs s’installent à l’extérieur, de manière assez anarchique.
La circulation, elle, ne diffère pas du pays voisin, rapide, nerveuse, chaotique, mais étonnamment peu sujette aux accidents, proportionnellement aux risques encourus
17.11
Pour avoir mon visa de séjour en poche, je règle dès aujourd'hui cette formalité, ainsi je ne serai pas tenu de repasser obligatoirement par Buja.
Le moto-taxi qui m'emmène au bureau en charge de cette formalité, me refile à un collègue en cours de route...apparemment, il ne savait pas trop où il allait !
Pour procéder à ce visa, il faut bien sûr quelques photocopies mais pour cela, il faut me rendre à l'extérieur dans un petit "photocopie shop". Mais...pas de courant. Donc je vais un peu plus loin. L'Afrique quoi.
Cette action va donc prendre une bonne partie de la matinée. Mais que je ne me plaigne pas, le fonctionnaire a été bien gentil, car, en théorie, j'aurais dû revenir l'après-midi.
Je patiente en me mettant à l'aquarelle, et là, je me fais aborder à plusieurs reprises pour savoir si j'ai un atelier.
La dernière fois, à l'extérieur du bâtiment, en repartant, par un policier, déçu d'apprendre que je n'habite pas le Burundi. Il voulait prendre des cours !
Pour gagner la gare de bus à partir de mon hôtel un peu plus tard, encore un taxi-moto qui ne connaît pas la géographie de la capitale. La première gare où nous atterrissons est la mauvaise, et là, discussion, attroupement, bref une affaire d'état !!!
Enfin, je finis par quitter Buja en direction du sud-est, pour Rutana.
Ici, on parle certes français mais français-belge, je m'en suis vite aperçu en les attendant compter...septante cinq, nonante-huit...
De plus, leurs frites sont meilleures que celles de Tanzanie. Bien plus croquantes !
Sur la route, nous alignons les contrôles de sécurité routière, avec le même rituel, des signes automatiques, connus des deux parties, de façon à ce que le chauffeur, allume ses phares, fasse fonctionner ses clignotants et ses essuie-glaces.
Ceci dit, il est un autre domaine dans lequel ils devraient s'affairer, en l'occurrence la vitesse dans les bleds traversés. Car mes statistiques quant à la faible proportion d'accidents par rapport aux risques encourus prennent une claque aujourd'hui. Une voiture, pare-brise éclaté, n'a pu éviter un cycliste. Ce dernier est déjà enveloppé dans un drap sur le côté...des pieds à la tête !
A partir de Mugamba défilent les champs de thé, brillant au soleil, lorsqu'il remplace les averses. Nous sommes en saison des pluies, rien de plus normal.
Je sens que je m'avance dans une province quelque peu retirée. A l'arrêt de Rutovu, le dernier avant le terminus, les gamins s'affolent, de joie, de peur, de curiosité, à la simple vue d'un téléphone portable, et d'autant plus à celle de ma caméra. Scène très cocasse, et pour les enfants, et pour les passagers du véhicule.
C'est l'équipe du bus, très sympa, je dois réviser mes propos sur ces travailleurs de la route, qui me trouvent une guest ici, m'amenant jusque dans la cour avec le véhicule !
Rutana, 60200 habitants, est située quelque 1500 m d’altitude. L’agriculture (manioc, patate douce, banane, haricot, maïs, sorgho, arachide), principale activité, occupe plus de 90% de la population, n’assurant pas cependant des conditions de vie descente à tous, d’où l‘exode massif de jeunes actifs ruraux.
L'air est plus frais, la région est semi-montagneuse et bien campagnarde. Les lieux, les odeurs me font songer aux vacances de mon enfance en Bretagne, dans la maison de mon arrière grand-mère.
Juste avant d'atteindre mon logis, nous passons devant un groupe de tambourinaires en entraînement, ces joueurs de tambour fameux dans le pays.
Mon repas du soir change de l'ordinaire : steak (un peu coriace) à la sauce provençale du Burundi, accompagné de bananes frites et lenga lenga, épinards locaux. Excellent et bienvenu, ou plutôt bien venu.
Le caractère un peu excentré de l'endroit se confirme ce matin. Alors que je suis sur le départ pour une virée, j'assiste à l'émerveillement de deux jeunes de l'hôtel devant la perforeuse utilisée par le réceptionniste qui doit classer quelques factures !
Je pars pour une chevauchée qui doit me mener plus à l'est, tout proche de la Tanzanie. Chevauchée car c'est en moto qu'elle doit s'effectuer, les voitures n'ayant plus d'accès à partir d'un certain point de mon itinéraire.
Et Cyriaque, mon chauffeur, est excellent, si bien que nous transformons cet itinéraire en une boucle, évitant de revenir sur ses pas, ou dirai-je ses roues. Quelque 100 kms dont 70 de piste ou chemins sinueux et pierreux.
A commencer par Shanga, où l'embranchement mène d'un côté vers les chutes de Karera (rien à voir avec Porsche), instituées en aire protégée en 1980, certes mouillées mais ne justifiant pas les 10000 francs burundi (6 euros) réclamés aux étrangers (aucun garde ce jour-là). Deux des chutes convergent sur un deuxième palier pour former la troisième cascade qui se déverse sur la vallée.
Si l'on emprunte l'autre côté, on arrive à la faille de Nyakazu (ou faille des Allemands), dénommée ainsi suite à la fuite de l'armée teutonne pendant la Grande guerre. D'origine tectonique récente, étendue sur 600 ha, elle surplombe la plaine jusqu'à la frontière tanzanienne. Autour d'elle, une zone de conservation des arbres de haute altitude jouit d'un microclimat particulier.
Là encore, à plusieurs reprises nous faisons sensation en débarquant ainsi alors que les gamins s'en retournent de l'école.
Ce sont, dans la région, et au Burundi d'une manière générale, même si certains tentent de soutirer quelques piécettes à l'étranger de passage, de nombreux saluts et sourires qui compensent les regards plus furtifs et méfiants.
Nous traversons un chapelet de villages, disposant souvent de leur four à briques pour la construction des maisons traditionnelles, longeons champs de maïs, rizières et bananeraies et doublons femmes et enfants portant pelle sur la tête, ou hommes torse nu, s'affairant à monter une côte avec un vélo chargé, je devrais dire surchargé, de sac de bois ou riz, voire de briques.
Cyriaque emprunte ainsi la route de Kayero, puis celle de Kiheko et Gihofi afin d'effectuer une boucle.
Dans cette campagne de Rutana, un seul accès internet certes mais à la bibliothèque du lycée, que je parviens à rejoindre à ma seconde visite, après qu'une responsable a réussi à obtenir les clefs. Et une rangée de portables est à la disposition des élèves.
C'est d'ailleurs ici que je laisse la boîte à pharmacie que je me languissais de déposer, afin d'alléger mon bagage, ainsi que ma moustiquaire amazonienne qui ne m'a pas servi ici, les chambres d'hôtel en ayant été toutes équipées depuis mon départ.
19.11
Depuis mon arrivée, je voyais des militaires et des policiers, y compris dans la guest, des importants, avec le portable collé à l'oreille, le costard qui me rappelle les Barios, clowns de mon enfance, l'escorte et tout et tout. Je comprends maintenant. Je suis, temporairement, voisin, du président de la République, Pierre Nkurunziza, venu pour deux jours participer aux travaux de développement communautaire aux côtés d’une population locale engagée.
Rutana est l'une de provinces les plus étendues du pays (la ville l'est moins), mais pas la plus développée. Il me semble que de nombreux projets humanitaires ont lieu au Burundi, et particulièrement ici, en provenance de pays divers et variés, mais qu'ils doivent être difficiles à mener à terme. En tout cas, les pancartes indiquant les projets me paraissent bien vieillottes, témoignant plutôt d'un abandon.
Le président se rend cet après-midi au stade pour un match de football. Je m'y rends avec Nestor (et oui, les prénoms africains ont cette particularité que nous ne les employons souvent plus chez nous !) qui se réjouit toujours d'une possibilité de converser avec un étranger. Il s'occupe de divers projets avec des enfants démunis. Ceci dit, je rencontre de nombreuses personnes aux activités responsables et multiples qui, en fin de compte, essayent de me taxer de l'argent ou boisson gazeuse.
La saison a bien commencé et mon parapluie s'avère maintenant bien rentable, par étapes heureusement.
Le match est précédé d'un autre et nous ne tenons pas au-delà de la première mi-temps du premier jeu. Je ne verrai donc pas « Pierrot » jouer.
Nestor me parle un peu de son pays qui, on ne le sait peut-être pas assez, a subi, dans une moindre mesure certes, les mêmes événements que le Rwanda dans les années 1990. La situation est plus ou moins la suivante.
Dans le pays voisin, à la destinée alors tragique, les Hutu étaient au pouvoir et en ont été chassés par les Tutsi. Ici, c'est l'inverse qui s'est produit, et les Hutu gouvernent aujourd'hui. Ils représentent 85 % de la population, pour 10 % de Tutsi et 5 % d'une troisième ethnie, les Twa.
A la guest, Claude, mon "serveur", a trouvé cet emploi en attendant mieux. Il est professeur de formation. Mais, au Burundi, m'explique-t-il, un job se trouve principalement par piston. L'administration ne fait pas exception, mieux vaut les palabres et les connaissances adéquates qu'un bon diplôme reconnu. Reconnu de qui (?) est donc la question.
20.11
Je quitte Rutana pour Gitega en taxi collectif, encore un qui a le pied leste sur l'accélérateur, à mon avis, dans les villages.
Nous avons le droit à nos quelques contrôles, l'un des policiers se paye le luxe d'un sursaut d'importance en me demandant mes papiers d'identité (est-ce qu'il sait lire, je l'ignore), et le chauffeur en est pour une amende, problème de bougies, qui se règle un peu à l'écart, derrière un arbre...
Nous passons Kibuye et, en une heure à peu près, je rejoins la deuxième ville du Burundi. Il faut le savoir. Je l'aurais qualifiée de gros village.
Gitega, 47.000 habitants, a pourtant été capitale royale, autrefois résidence du mwami, dirigeant d'une monarchie établie au XVe siècle.
Les Allemands en font leur capitale en 1912, à la place de Bujumbura, cette dernière récupérant son titre lors de l’indépendance en 1962, en raison de ses équipements et de ses infrastructures importants.
Le président avait émis en 2007 l'idée, avortée, d'en refaire la capitale. A part la position plus centrale, je n'en vois personnellement pas l’intérêt.
Ceci dit, on peut changer des euros (aujourd'hui dans un magasin, tenu là encore par des Indiens) et c'est apparemment l'unique endroit à part à Buja.
La mendicité y est plus développée que ce que j'ai vu jusqu'à maintenant en Afrique de l'Est, et le nombre de wazungu bat des records!!
Le musée national vaut le coup d'œil. Un conservateur intéressant qui, en outre, parle bien français.
Les outils les plus anciens découverts dans le pays ne remontent pas au-delà de 55.000 ans.
On y voit quelques vieilles photos prises du temps de la colonisation belge. Entre autres, des devins, sorciers locaux, consultés pour les travaux agricoles, les maladies ou les mariages et les procès.
Dans une vitrine, des amulettes sont exposées, destinées à protéger les enfants, mais le don respecte un rituel bien précis. Ainsi, selon la position du nouveau-né dans l'ordre des natalités, il aura un bracelet, une cloche, une serpette ou autre talisman. Ce, jusqu'au 11e. Pour le 12e, tant pis, il n'avait qu'à arriver plus tôt. Il a pourtant bien adopté le rythme africain !
Après que les Allemands ont lâché leurs colonies d'Afrique de l'Est (Tanzanie, Burundi et Rwanda), suite à la première guerre mondiale, ce sont les Belges qui ont récupéré les deux derniers, en plus de l'actuelle république démocratique du Congo.
Ainsi sont affichés les portraits des régnants depuis 1850. En l'occurrence 2 rois, dont le second plutôt fantoche puisque représentatif, et une succession de dirigeants depuis 1966. En tout 2 héros (de l'Indépendance et des événements des années 1990) et 8 présidents dont l'un à 2 reprises, le précédent laissant souvent sa place suite à un putsch.
L'on connaît officiellement 2 sources au Nil, celle de l’Ouganda, avec le lac Victoria, et celle sise en Éthiopie.
Ici naît une nouvelle source, la plus méridionale, qui se situe à la rivière Ruvyironza qui gagne ensuite le Ruanda et plus tard le lac Victoria. Un Autrichien y a même construit une pyramide dans les années 1930, un clin d'œil à celle d'Egypte, où le Nil va se jeter en Méditerranée.
Je prends mes repas dans un boui-boui tenu par des musulmans, qui sont pourtant en minorité, le seul qui ressemble un tant soit peu à un local de distribution culinaire. Riz, isombe (feuille de manioc broyées), haricots blancs...je vire au végétarisme, vu la viande ici. La note est, comme souvent, griffonnée sur un papier et déposée discrètement face contre table.
Les Africains sont débrouillards. Ainsi, je me fais graver un CD maison, en format mp3, avec, comme je le souhaitais, des musiques en provenance du Burundi, de Tanzanie, du Rwanda, du Congo (Kinshasa) et du Kenya. Je ferai le tri à la maison.
21.11
Prochain arrêt, Muramvya, au Nord Ouest de Gitega.
Pour une fois, un chauffeur plutôt tranquille, qui n'essaye pas de jouer aux quilles avec les passants des villages. D'autant mieux que, comme souvent, les bords de route sont également peuplés de jeunes enfants qui parcourent parfois des kilomètres pour se rendre à l'école.
Je passe finalement Muramvya, qui ne casse pas trois pattes à un canard et m'arrête à Bugarama, l'embranchement, actuellement dans le brouillard, d'où je pourrai me rendre à Bukeye, un village à 20 mn au Nord.
Mon repas est pris dans un boui-boui nommé Mama la Préférence, tenu par une jeune femme nommée Kado. L'établissement semble bien fréquenté par les gars du coin. Il faut dire que les autres, si toutefois ils servent quelque chose, ne proposent que de la viande. Et étant donné la tronche de la viande !
Bukeye est vraiment un village, mais j'avais envie de faire une halte dans l'un d'eux, et celui-ci dispose d'un hôtel, le Foresta.
Je sors de suite prendre la température du village et me fais accoster illico presto par un ou deux gamins : "Salut mon Chinois !"
Je dois dire que cela s'est déjà produit il y a quelques jours et je n'étais pas sûr d'avoir bien compris, pensant que les sons d'une langue ressemblent parfois à ceux d'une autre.
Mais là, j'en ai vite le cœur net. Je leur mime un Chinois...et un Français. J'apprends alors que des Chinois sont actuellement là pour construire un barrage. D'où l'exclamation des gamins. Il m'est également expliqué que les Africains ne font pas la différence et que je pourrais bien être Chinois.
La petite histoire provoque un attroupement et je vais mettre du temps à poursuivre mon chemin, devant répondre à l'interrogatoire classique d'un jeune intéressé par l'extérieur et parlant bien le Français.
Poursuivant en descendant la grand-route et faisant quelques photos, nous sommes interpellés par un personnage qui se donne de l'importance, voulant savoir si je dispose des autorisations nécessaires.
Mais l'étudiant a dû lui répondre ce qu'il ne fallait pas, car après que j'ai assuré avoir mon visa en bonne et due forme (j'avais en fait dans l'idée de lui rabattre son caquet et lui demander s'il voulait se rendre à la police pour vérifier), je vois le jeune disparaître bien vite. L'autre a simplement sorti une quelconque carte de surveillant de l'éducation, le genre de type qui aurait fait fureur pendant la seconde guerre mondiale. Je n'ose pas imaginer où il se trouvait pendant les derniers événements du pays !
M'enfonçant alors dans la campagne environnante, je croise des femmes s'en revenant des champs dans leurs robes bariolées, pelle ou seau sur la tête, d'autres qui puisent de l'eau à la fontaine, des gamins ramenant un jerrycan d'huile de cuisson...
Je me retrouve au final dans le village de Cefabu, où je rencontre le directeur de l'école qui me montre les salles de son établissement, 6 au total, m'expliquant que d'autres sont en construction, car l'ensemble est bien trop peu pour les 634 élèves inscrits. Et, de fait, la population me semble bien jeune.
De retour, je suis d'ailleurs escorté pendant un bon moment, au rythme de "Chantons sous la pluie", que je fredonne après avoir ouvert mon pépin, une averse de plus, à la joie des enfants.
22.11
Un réveil encore à l'aube. Ici, le contraire semble de toute façon difficile car même si l'on ne se réveille pas de soi-même, et on l'est souvent de par le peu d'attractions nocturnes, les Burundais se chargent de le faire par leur intonation haute, discutant entre eux ou au téléphone!
Un autre petit tour hors du village m'amène aux écoles de Bukeye, primaire, secondaire et lycée, où je me retrouve une fois de plus cerné de gamins et jeunes hommes.
Ici, dans l'ensemble, malgré l’inévitable mzungu et quelques tentatives de me soutirer quelques francs (burundais bien sûr), je trouve les gens plutôt agréables.
Les femmes, mises à part quelques exceptions, n'ont pas au Burundi des visages qui me transcendent. Nombreuses sont celles à la coupe de cheveux courte et affublées de lunettes d’un design qui les font sauter quelques décennies, passant directement de l'enfance à l'apparence d'une grand-mère...mais pas une du XXe siècle.
Je prends le bus pour Ngozi, la troisième ville burundaise, en passant par Kayanza.
Ngozi, 41 000 habitants, me paraît mériter davantage son statut de cité que Gitega, sans grand charme cependant.
Son point positif, son université privée, qui vient depuis quelques années appuyer l’université publique. En effet, l’accroissement des effectifs du secondaire risquait sinon de déboucher sur une impasse dans l’enseignement supérieur, en raison d’une capacité saturée (4000 places pour plus de 7 000 étudiants).
23.11
Muyinga est la dernière ville avant le poste-frontière. Autrement dit, je retourne en Tanzanie. Et pas mécontent. Le Burundi a été une étape intéressante mais beaucoup plus de mzungu mzungu entendus dans la rue que je ne l'avais escompté. Et les paysages, très verts, sont cependant peu variés.
En outre, je pense qu'un blanc doit dégager une certaine chaleur car son apparition déclenche automatiquement la soif chez les locaux. Mais aucun regret d'y être allé, car cela est plutôt propre à l'Afrique.
On considère ici que la réussite n'est pas un mérite personnel mais le fait d'un talisman, de la chance ou autre combine. Ainsi aucune gêne à quémander chez celui qui possède davantage. Les Africains qui ont percé dans leur domaine se retrouvent confrontés au même problème...et se font taper par la famille dans son entier.
Le trajet s'effectue dans une japonaise dans laquelle nous sommes entassés à une vingtaine, un classique en fait. Mon sac est dans le coffre et ne peut s'envoler, avec les popotins qu'il soutient !
Je quitte donc le Burundi à Kobeko, ou je prends un frugale petit-déjeuner, assisté de Gordien, rencontré dans le taxi collectif, agronome de formation et aujourd'hui inspecteur sanitaire qui contrôle les entrées et sorties végétales.
La conversation est intéressante. Il m'explique en effet que les problèmes ethniques ici se sont prolongés jusqu'au milieu des années 2000. Lui étant Hutu a ainsi passé 11 années dans diverses prisons du pays. Il n'était pas condamné aux travaux forcés, m'affirme donc qu'en tant que prisonnier politique, il y était peut-être plus en sécurité.
Depuis 2006 il est à nouveau libre, a réussi à s'acheter une modeste demeure dans laquelle il dispose de l'eau courante. Pour l'électricité, il doit patienter encore.
Nous abordons également le thème de la présence ponctuelle des Chinois, et il estime que si eux avaient colonisé le pays, ils y seraient encore. Il argumente en disant que ce sont des étrangers curieux des us et coutumes locales qu'ils goûtent sans mot dire.
Son beau-frère, le douanier qui tamponne mon passeport, à ma question sur la facilité à migrer entre Burundi et Tanzanie par rapport au Mozambique, me répond que ces deux pays font partie de la communauté est-africaine, avec Kenya, Rwanda et Ouganda. Logique.
Je gagne maintenant la Tanzanie en taxi-moto. Kabanza s'appelle la localité où j'obtiens un nouveau visa après un peu d'attente. Ils semblent quelque peu frustrés, pas vraiment motivés par un salaire certainement peu mirobolant.
Ensuite, je gagne, après un changement à Ngara, Benako, sur l'axe Ruanda (à 20 km)-Dar es Salaam.
L'ambiance y est bonne mais l'attente un peu longue avant que le véhicule pour Kahama ne soit plein.
Deux heures plus tard, la musique bat son plein, en partie bonne, jouée par une clé USB. Et oui, même dans le tiers monde, téléphonie, internet, télévision et musique ne font pas forcément défaut !
La route actuelle est plus au Nord que celle empruntée pour me rendre à Kigoma, et le restera jusqu'à Nzega.
Quelques arrêts, pour faire le plein...de passagers. A Nyakahura, où les vendeurs d'arachide se bousculent gentiment ; ce semble être un arrêt stratégique, à en croire par le nombre de camions gares. Puis à Runzewe, en début de soirée, où l'ambiance est de mise, avec un prédicateur chrétien (catholique, ou l'un des nombreux dérivés du protestantisme, adventiste, pentecôtiste, baptiste...) déchaîné, auquel succède une danse chorégraphique de ses brebis.
Puis c'est une succession de terres cultivées, ou pas, parfois sur brûlis, quelques chiens et chats écrasés (constat malheureusement plus ou moins quotidien), bus retourné (le deuxième aujourd'hui mais le premier était en outre bien aplati), rizières, cocotiers et autres bananeraies.
Le trajet s’éternisant, je me retrouve à Kahama de nuit et les vautours sont au rendez-vous à l'arrivée, là où je dois prendre mon ticket pour poursuivre ma route le lendemain.
Kahama, (36 100 habitants), connaît un développement récent grâce à l'activité minière, notamment la mine d'or de Buzwagi.
Également positive, la connexion de la ville aux eaux du lac Victoria, ce qui a représenté un problème persistant pendant des décennies.
Je mange un morceau et prend un verre dans un boui-boui, assisté de quelques habitués. L'un d'entre eux boit du konyagi, nom dérivé du cognac...mais je crois qu'il n'y a que le nom qui dérive...ou peut-être le buveur après l'ingurgitation !
24.11
Départ au petit matin, 6 heures, ma place n'est pas libre ! Mais j'en obtiens une qui m'arrange d'autant plus, devant, côté fenêtre !
Une retardataire nous rejoint au bout de quelques minutes en taxi.
Le bus file sous la pluie une bonne partie de la journée, sans essuie-glaces. Lors d'un arrêt, il balance simplement de la poudre à nettoyer sur les vitres ! Il fait plutôt froid, le véhicule n'étant pas complètement étanche. Heureusement, le climat s'adoucit dans l'après-midi.
Les pauses toilette sont vite...torchées. Tous les nécessiteux descendent brièvement, tandis que le moteur tourne, et tournent le dos au bus. D'où la nécessité, pour les femmes, de disposer d'un pagne qui cache l'affaire.
La route est longue, 800 km, mais le rythme est constant et je retrouve Morogoro en à peine 12 heures.
Là, je parviens à trouver le DVD d'une musique du Botswana bien agréable, entendue la veille dans le véhicule qui m'amenait à Kahama.
25.11
De Morogoro, il existe des bus qui vont directement à Tanga, ce que j'ignorais, au Nord de Dar es Salaam. C'est ma destination suivante, et peut-être la dernière pour cette fois. Le bus est vétuste et ma place devant, côté fenêtre, s'avère cette fois plutôt étroite. Je sens mon coccyx et mes jointures au niveau des genoux se plaindre des déplacements répétés !
Tanga (225 000 habitants), ville portuaire, était un poste militaire de l'Afrique orientale allemande, dont l'économie reposait sur la culture du sisal, ce qui lui fit connaître une croissance rapide. Elle devint ainsi le terminus de la ligne de chemin de fer Usambara.
Son nom de vient du mot ferme ou terres cultivées.
Malgré sa population importante, elle paraît paisible par rapport à des villes comme Moshi ou Arusha.
Sa position au bord de l'océan Indien et sa proximité de la frontière avec le Kenya en font une plaque tournante pour les produits d'exportation tels thé, café, coton ou sisal.
Après un plat de frites, je gagne mon habitation en compagnie de Joseph, un guide touristique qui n'en est pas un, je dirais plutôt rabatteur, qui, ainsi obtient quelque menue monnaie.
En tout cas, il me permet de loger en bord de mer, ma chambre, pas mirobolante mais le nécessaire est là, m'offre une vue sur la plage en contrebas.
En descendant l'escalier de 10 mètres, je peux me baigner. Et à 2 mn, une plage privée, plutôt fréquentée par des locaux, dispose d'un restaurant.
Un endroit pour terminer cette aventure en douceur.
26-28.11
Quelques journées plus reposantes à écumer, un peu, le centre-ville de Tanga -je m'y fais tailler une nouvelle chemise-, et à visiter les grottes d’Amboni, à l'entour.
Amboni est un dédale de plus de 200 km, dont on ne visite qu'un km, parfois étroit, où un guide indique nombre de formes bizarroïdes dans lesquelles il voit animaux, bateau, montée du Kilimandjaro...et même un coït, avec juste les ustensiles, à savoir, pénis, utérus, vagin, tout le processus en fait, et la femme est même indisposée ! Amis de la poésie...
Certaines racines de figuiers sauvages descendent dans cette grotte aux nombreuses légendes. Elles mèneraient à Dar es Salaam, à Mombasa et même au Kilimandjaro.
Certains Bantous y déposent encore des offrandes aux esprits.
Le chemin menant à l'endroit passe par une route en construction, encore une fois sous direction chinoise.
Sinon, je reste oisif, enfin comme je peux l'être, à peindre, lire ou regarder des films emmenés par mes soins, en bonne partie dans mon hamac.
Si l'on ne regarde pas au détail, le bord de plage n'est pas des plus soigné, la vue reste imprenable.
L'ordinaire, quant à lui, s'améliore beaucoup, par rapport aux coins bien moins touristiques où j'étais ces derniers temps. Cuisine indienne ou italienne également au menu.
29.11
Je quitte l'endroit quelque peu fâché. Ayant donné quelques affaires à laver, j'ai oublié de retirer de l'argent d'une poche secrète...qui perd de son mystère lors du nettoyage. Et le commis-laveur en a profité. Un peu ma faute malgré tout.
Le trajet jusqu'à DAR s'éternise, 6 h 30, contrairement aux 4 h 30 annoncées, qui me paraissaient de toute façon plutôt justes. Et cela, malgré l'assistance de Joseph, le Sauveur, retrouvé à la gare routière, qui ne manque pas d'essayer de se faire une piécette.
A DAR, je gagne rapidement le ferry, retourne en ville, au change le plus proche, puis retour au port pour la traversée de 10 mn qui mène à Kigamboni.
Kigamboni, 37 000 habitants pour la circonscription, a l’avantage de la rapidité d'accès à partir de Dar et le contraste qu'elle offre par rapport à la métropole. Je connais peu de capitales (même si elle ne l'est plus officiellement) qui peuvent se vanter de partager une telle position.
Bien sûr, il y a un revers, je me retrouve dans un resort, donc une sorte de complexe hôtelier, mais que du bois, ce qui signifie qu'il est fréquenté par autant de wazungu que j'en ai vus en un mois. Mais cela se tient dans une certaine limite et certains y sont en séjour prolongé, en l'occurrence pour raison professionnelle.
L'un d'entre eux s'appelle Michaël, Britannique, volontaire de la cinquantaine passée, ici afin de chercher des crédits pour les projets d'une ONG locale, dont l'activité est liée à l'agriculture...sans pesticide précise-t-il. En venant, il a accepté de percevoir un salaire équivalent à 14 % de son revenu de Grande-Bretagne. Motivé donc le garçon.
Lucy, une ancienne petite amie d'il y a 30 ans, lui rend visite pour une quinzaine. Elle a été guide pendant 8 ans, roulant sa bosse ici et là, et s'est lancée dans l'hôtellerie voilà quelque 20 ans. Son compagnon, homme d'affaires apparemment aguerri, mais resté simple, l'a épaulée au départ (sinon difficile de débuter), et elle est aujourd'hui à la tête d'un hôtel de 150 chambres...toutes équipées pour handicapés, le plus grand d'Europe, à 40 mn d'Amsterdam. Anglaise de naissance, elle parle donc également flamand, très bien français, allemand, et se fraye un chemin en italien et espagnol. Pas mal pour un sujet de la Reine !
30.11
Michaël doit travailler, et je passe la journée avec Lucy, très sympa, les atomes sont bien crochus, et nous refaisons le monde, discutons voyages, elle me parle de sa relation assez particulière à Mart, son ami, et nous gagnons le bled, pas très étendu, où se trouve pourtant un pépiniériste et, comme je l'ai vu à plusieurs reprises, se construisent des portes assez massives.
Puis vient l'heure du départ, la fin de cette nouvelle aventure africaine pour moi. Un dernier trajet à moto, un dernier plat de frites à l'africaine, le ferry, puis un ultime sauna...dans le bus collectif qui me mène à l'aéroport.
La Tanzanie est grande comme la France et l'Allemagne réunies. Mais elle est moins moderne. J'y ai donc passé un brin de temps à rouler, parcourant, en incluant le Burundi, quelque 4400 km en 105 heures de bus.
Assez éreintant à entendre en outre tous les mzungu mzungu débités sur mon passage. Et bien sûr, le rythme africain ! Il me faudrait retourner dans un pays francophone pour confirmer, mais j'aurais tendance à trouver l’Afrique de l’Ouest un tantinet plus facile.
Restent les animaux et là, le pays dispose probablement d'un des plus beaux spectacles au monde.


CARTE D’IDENTITÉ
Nom officiel : république unie de Tanzanie, depuis l'union le 26 avril 1964, du Tanganyika et de Zanzibar
Superficie : 945.100 km²
Population : 41 millions d'habitants
Langues : anglais et swahili
Espérance de vie : 52 ans
Taux d'alphabétisation : 69.4%
Capitale administrative : Dodoma (204 000 hab.)
Capitale économique : Dar es Salaam (2 500 000 hab.).
Villes principales : Mwanza, Tanga, Arusha, Zanzibar (Stonetown)
Monnaie : le shilling tanzanien
Taux de croissance de la population : environ 2 %
Taux de fécondité : 4,77 enfants par femme
Régime : présidentiel, parlementaire et multipartiste
Chef de l'État : Jakaya Kikwete (depuis décembre 2005, réélu en en novembre 2010)
Religions : chrétiens, 40 % ; musulmans, 35 % ; autres (hindous et animistes notamment), 25 %
GÉOGRAPHIE
Ouverte sur l'océan Indien, avec quelques îles, Zanzibar, Pemba et Mafia, la Tanzanie est traversée par la vallée du grand rift, où se situent des grands lacs africains.
Administrativement, elle compte 21 régions.
Le pays comporte plusieurs volcans dont l'Ol Doinyo Lengaï, encore actif, et le point culminant du continent africain, le Kilimandjaro, à 5895 m d'altitude, alors que la majeure partie du pays est formée par des hauts plateaux à quelque 1500 m.
Paysage
Steppe et savane à 64 %, et forêt humide de montagne à 36 %, jusqu'à 3.000 m d'altitude, sur les pentes du mont Meru, du Kilimandjaro, et du Ngorongoro.
Le littoral tanzanien, aux sols assez pauvres, offre la mangrove en bord de mer.
Dans les plateaux du Centre, on trouve la steppe massaï (aride), sans arbres, ou la savane africaine (brousse ou bush), clairsemée et ponctuée d'acacias, de palmiers, de baobabs...
Au Nord, montagneux, se situent les grands parcs nationaux.
A l'Ouest, c’est le lac Tanganyika, le plus long lac d'eau douce au monde, et le deuxième par sa profondeur, après le lac Baïkal.
Les saisons
Sèche de mai à octobre.
Petite saison des pluies, de novembre à mi-décembre. Il pleut seulement à certaines heures, les animaux sortent plus facilement et la luminosité est exceptionnelle.
Chaude de décembre à février, avec soleil, ciel bleu, mais paysages desséchés.
Saison des pluies, de la mi-mars à début mai, concentrées sur avril, aux soirées fraîches.
Démographie
99% de la population est d'origine africaine, et 1% d'origine arabe (70.000), asiatique (260.000), et européenne (20.000).
À Zanzibar, la population est constituée d'un mélange plus homogène d'Africains et d'Arabes.
A cela, il faut ajouter quelque 500.000 réfugiés provenant principalement du Burundi et de la République démocratique du Congo.
ÉCONOMIE
Elle date de la présence marchande arabe et perse sur ses côtes, au début de notre ère, avec Zanzibar qui, plaque tournante du commerce (or, ivoire, épices et esclaves), domine la région.
Mais les empires coloniaux allemand puis britannique vont la reléguer hors des grands axes de développement.
L'échec du tournant socialiste après l'indépendance en 1963 fait s'effondrer l'économie du pays jusque dans les années 1980, lorsque le régime multipartite puis la libéralisation des années 2000 permettent l'arrivée massive d'investisseurs étrangers.
Pourtant la Tanzanie reste l'un des pays les plus pauvres de la planète, et son économie dépend de l'aide internationale.
Essentiellement axée sur l'industrie minière (diamant, or et tanzanite), représentant 30% des recettes d'exportations du pays, peu compétitive, et l'agriculture, limitée par les 4 % du territoire de terres arables, amenant pourtant plus de 25% du PNB et 70% des emplois, elle compte également sur le tourisme, source croissante de devises.
Énergie
Les nombreuses sources d'énergie du pays (gaz naturel, hydroélectricité, charbon ou énergie solaire ou éolienne) restent non exploitées pour la plupart.
Les barrages sont touchés par la sécheresse récurrente depuis quelques années.
L'effort mis sur le raccordement des zones non électrifiées ralentit la déforestation, mais empêche l’exploitation des énergies solaire ou éolienne, ou le charbon à sa pleine mesure.
CULTURE
Depuis 2001, les journalistes travaillent plus librement, même à Zanzibar, où les atteintes à la liberté de la presse étaient répandues, avec des journaux en swahili et anglophones.
La radio dispose d'une trentaine de stations, dont deux publiques, et plusieurs étrangères, la télévision d'une quinzaine de chaînes nationales, et les journaux de quelque 20 quotidiens et 60 hebdomadaires, en anglais et en langue locale.
CUISINE
Parmi les plats courants, l'ugali, sorte de purée de maïs cuit.
Il y a aussi le riz pilau, plus épicé, et le riz byriani, de style indien.
Également les beignets à la viande ou aux légumes, les samosas, formes locales du kebab.
Boissons
Le thé, le café produit en Tanzanie, excellent s'il est bien préparé, et la bière (Safari, Kilimandjaro ou Castle Lager), sauf à Zanzibar, dans certains établissements tenus par des musulmans.
Dans le Nord du pays, on peut goûter la bière à la banane.
Le vin, dans les restaurants des lodges, vient d'Afrique du Sud, de Tanzanie, ou, plus rarement, d’Éthiopie.
LES ETHNIES
Plus de 120 groupes ethniques existent en Tanzanie, dont la majorité sont des Bantous (95 %).
L'appartenance ethnique reflète généralement la région géographique, comme pendant la domination coloniale avec des subdivisions administratives, permettant d’éviter les conflits inter-ethniques en Tanzanie.
LANGUES
Les langues officielles sont l'anglais et le swahili, mais on compte autant de langues que d'ethnies, voire plus, nombres de langues tanzaniennes étant fragmentées en plusieurs variétés dialectales.
Beaucoup de Tanzaniens parlent leur langue maternelle, puis le swahili comme seconde langue.
Le swahili, langue maternelle de seulement 1 % de la population, devenue langue véhiculaire orale du pays, est parlé par près de 95 % des Tanzaniens comme seconde langue.
Il s'écrit avec l'alphabet latin, et assure la communication entre les différentes communautés linguistiques de Tanzanie.
L'anglais recule, sauf dans les universités et certains services administratifs. Les gros commerçants qui le maîtrisent sont à 75 % environ d'origine indienne.
L'arabe, utilisé dans les mosquées, n'est parlé comme langue maternelle que par une minorité à Zanzibar.
HISTOIRE
Antiquité : les premiers marchands
La région côtière, habitée par des tribus bantoues africaines pratiquant l'agriculture, subit ses premières influences étrangères avec des marchands grecs, égyptiens, phéniciens (...) mais surtout arabes, perses et indiens.
Au cours de l'expansion de l'islam, le développement des relations commerciales entre Arabie, golfe Persique et côte orientale africaine créé une société puissante dont la classe dirigeante islamisée parle l'arabe et la langue locale.
Pourtant la région donne naissance à une société profondément africaine, les Swahilis, enrichie d’apports arabes.
La colonisation portugaise
Vasco de Gama, premier européen à entrer en contact avec ces civilisations en 1498, permet aux Portugais de prendre conscience de l’important commerce de l'or. Cette domination perdure jusqu’en 1698, lorsque les Portugais se heurtent à la résistance des principales villes swahilies qui font appel au sultanat d'Oman pour lutter contre l'envahisseur.
Les Omanais se conduisent cependant identiquement, après qu’ils contrôlent les routes maritimes vers l'Afrique orientale.
Mais, au XIXe siècle, le sultanat signe des traités commerciaux avec de grandes puissances commerciales, États-Unis, Grande-Bretagne et France, et transfère sa capitale à Zanzibar, qui devient le principal marché d'échanges de la région.
À la fin du XIXe siècle, l'abolition de l'esclavage, l'installation des protectorats européens et le chemin de fer ruinent l'économie de Zanzibar.
La colonisation européenne du XIXe siècle
Vers 1840, des missionnaires anglais et français apprennent le swahili pour évangéliser les populations.
Un traité anglo-allemand partage la région en 1886. Ainsi, la Somalie contrôle le nord de la vallée du Rift, le Portugal le sud, et le territoire compris entre ces zones est géré par Zanzibar, partagée elle-même en trois : le sultan ne conserve que les îles de Pemba, Unguja et une petite bande côtière, l'intérieur des terres (Tanganyika, Rwanda et Burundi) revient à l'Allemagne, et l’Ouganda et le Kenya à la Grande-Bretagne.
La colonisation allemande
La bande côtière appartenant au sultanat empêche cependant l’accès libre des colons allemands à leurs terres, qui négocient un bail leur autorisant l’exploitation de la côte.
Suite à des révoltes swahili, Bismarck envoie des troupes sur la côte, annexion validée en 1890, qui confirme les souverainetés britannique et allemande (Deutsch-Ostafrika).
Les Allemands favorisent l'enseignement en swahili, seule langue africaine qui commence à s'écrire en caractères latins. Les premiers ouvrages didactiques sont l'œuvre des missionnaires. Le swahili devient nécessaire pour occuper un emploi dans l'administration coloniale.
Le protectorat britannique
À la fin de la Première Guerre mondiale, les Allemands doivent céder leur colonie aux Britanniques. Zanzibar conserve une certaine autonomie politique, toujours gouvernée par un sultan arabe.
L’esclavage est aboli en 1897, et l'anglais remplace le swahili comme langue de l'Administration.
Le swahili, enseigné à l'école primaire, est remplacé par l’anglais au secondaire.
Pourtant, le swahili reste nécessaire pour assurer la communication au sein de l'Administration.
Après la Seconde Guerre mondiale, le Tanganyika, vit une période de transition sous tutelle de l'ONU jusqu'à l'indépendance en 1961, dont Julius Nyerere devient le président l'année suivante.
La Tanzanie unie
En 1963, Zanzibar devient indépendante, restant cependant sous l'autorité du sultan, mais suite à une révolution elle devient république en 1964.
La même année, des négociations avec l’île aboutissent à la création de la Tanzanie unie (Tan + Zan = Tanzania).
Deux gouvernements coexistent, le gouvernement tanzanien ayant pourtant une autorité partielle sur Zanzibar pour les affaires étrangères, la défense, la police (…) mais Zanzibar conserve des compétences décisionnelles concernant le développement économique des îles, l'éducation...
Le socialisme tanzanien et la swahilisation
La Tanzanie reste un pays pauvre disposant de peu de ressources exportables, et Nyerere, visant l'autosuffisance alimentaire, pose les principes d'un socialisme à la tanzanienne qui mènerait à la prospérité. Malheureusement, cet idéal ne s'est jamais matérialisé.
Il tente d'unifier le pays par l'usage du swahili, qui obtient le statut de langue officielle.
L’État contrôle tous les secteurs de la vie économique, nationalisant banques et sociétés, principes qui se heurtent cependant à la réticence de certains paysans et des investisseurs occidentaux.
La conjoncture économique, la corruption généralisée et la résistance des habitants amènent dans les années 1990 au transfert de la capitale de Dar Es Salaam à Dodoma, au centre du pays.
Entre 1970 et 1980, la Tanzanie joue un rôle important par son appui à divers mouvements africains de libération (Mozambique, Ouganda, Rhodésie...).
Tout en conservant de bonnes relations avec l'Ouest, elle reçoit des aides chinoises pour construire un train permettant le transport du cuivre zambien par le port de Dar es Salaam.
Cependant, à partir de 1983, la crise économique rend nécessaire la libéralisation de l'économie tanzanienne
L'après-Nyerere
Nyerere, réélu une dernière fois en 1980, a posé les bases d'un État démocratique uni, contrairement aux états voisins, ravagés par guerres tribales et dictatures.
A partir de 1985, la socialisation et la politique de swahilisation régressent, alors qu’un programme de réformes pour le passage à une économie de marché et au multipartisme est mis en place.
Le décès en 1999 de Nyerere, père de la nation, fait craindre un éclatement du pays mais la volonté de sauvegarder l’héritage de la République unie de Tanzanie se confirme. Le pays est pauvre mais connaît une paix appréciable depuis son indépendance.
SANTÉ
L’espérance de vie est diminuée par une forte incidence des maladies infectieuses, telles dengue, fièvre jaune, paludisme, choléra, trypanosomiase (mouche tsé-tsé), sida...
RELIGION
Bien vivant, la majorité des postes administratifs importants sont occupés par des chrétiens, dont les congrégations religieuses sont actives auprès des pauvres, des malades, des marginaux, des enfants.
On compte 6 millions de catholiques, très présents dans le nord du pays, et des protestants, plus nombreux, sont répartis en Églises et en communautés très variées (adventistes, pentecôtistes...).
L'islam (35 %)
En majorité sunnite, avec de grandes fêtes communes, Vendredi saint, Pâques et Noël, fériés pour tous les Tanzaniens.
À Zanzibar, 95 % de la population est musulmane, et la polygamie y est beaucoup plus répandue.
Autres religions (25 %)
Ce sont hindouisme, sikhisme, animisme (...) qui survivent puisque bien tolérées.
LE BAOBAB
Mythique, il possède également plusieurs propriétés qui le rendent utile aux Africains.
Ainsi, ses graines peuvent-elles être grillées à des fins alimentaires, voire servir de substitut au café et sa pulpe industriellement transformée en poudre nutritive ; son huile utilisée dans des cérémonies traditionnelles et l'industrie cosmétique; ses feuilles, fraîches, cuisinées comme des épinards, son bois utilisé pour l'industrie du papier et ses fibres à la fabrication de cordages, paniers, cordes pour instruments de musique…
Toutes les parties de l'arbre sont réputées pour leurs propriétés médicinales. De plus, il dispense de l'ombre et procure un habitat à de nombreuses espèces animales, oiseaux, reptiles...
Selon la vieille légende africaine, sa forme du baobab tient à sa coquetterie. Après que Dieu avait créé le monde, il exigeait constamment des transformations pour être le plus grand et le plus beau de tous les arbres.
Furieux de son insatisfaction, Dieu l'arracha alors de la Terre et, pour le calmer, le replanta à l'envers. Ainsi, ce ne sont pas ses branches mais ses racines qui pointent vers le ciel. (12)
LES MASAÏS
Originaire de la vallée du Nil, guerriers farouches, à l'attitude hautaine, ce sont des pasteurs nomades de la savane restés à l'écart du progrès, menacés car ils ne connaissent aucune frontière.
Tous les domaines de leur vie sont marqués par les bovins. Il ne s’agit pas seulement d'une valeur économique, mais également religieuse, sociale et même médicinale.
Le pays mythique d'origine des Masaïs serait le sud du lac Turkana.
Le groupe est dirigé par un ancien, qui pourtant perd de son autorité en raison de l'existence parallèle d'une administration nationale.
Les jeunes deviennent des guerriers par l'initiation et la circoncision qui lui est liée. Leur vie se transforme alors. Ils peuvent rencontrer des filles non circoncises et entamer une relation avec elles et se rendre à différentes fêtes.
La dépendance est énorme vis-à-vis du père, qui donne tout d'abord de têtes de bétail à garder à ses fils, puis plus tard pour leur propre troupeau. Sans bétail pour la dote, aucun mariage ne peut être conclu.
Les mondes des hommes et des femmes sont bien distincts. Dès leur plus jeune âge, les filles sont préparées à leur vie de mère et d'épouse.
La tâche des femmes s'est accrue avec l'arrivée de l'agriculture. À cette fin, ce sont elles qui travaillent les perles et les calebasses pour la vente aux touristes. Traditionnellement, elles ramassent également le bois, traient les vaches et construisent leur cabane de terre glaise et fumier.
Leur relation à l'État s'aggrave davantage durant l'ère socialiste, avec la tentative d'uniformisation et de contrôle politique.
La tenue traditionnelle est considérée comme une honte pour l'État moderne et on cherche à les sédentariser.
Alors que le niveau d'éducation s’impose dans toute la Tanzanie en tant que critère pour l'ascension sociale, le nombre minime des écoles et le niveau catastrophique des Masaïs les marginalisent.
La vente directe aux touristes permet d'éviter les intermédiaires ; ainsi l’on trouve des bijoux féminins portés par les guerriers ou des masques masaïs n'ayant jamais appartenu à leur culture. Également sont présentées des danses traditionnelles moyennant rétribution.
La tendance pluraliste en Tanzanie ouvre de nouvelles possibilités d'engagement aux Masaïs.
Sur le plan international la participation des ONG masaïs aux conférences annuelles des Nations unies à Genève permet d'attirer l'attention et d'amener les bailleurs étrangers à exercer une pression sur le gouvernement tanzanien. (29) (16) (17)
A la différence des autres grands félins, il fait preuve de sociabilité et évolue en groupe. Sa crinière le distingue de la lionne. Il tue des proies de taille moyenne (zèbre, gnou) mais peut s'attaquer à des buffles, des rhinocéros et même des éléphants en cas de disette. Il griffe sa victime, qu’il fait choir, et la serre à la gorge jusqu'à l'étouffement, sans briser le cou. Il mange souvent des charognes, repérées par les vols de vautours.
Mais il ne règne parfois que quelques années et, pour s’accoupler, après avoir vaincu ses concurrents, il est prêt à exécuter les petits de la femelle.
Le plus grand des mammifères terrestres, dont les plus imposants ont été vus en Angola, qui peut atteindre 3,5m pour 4 tonnes.
Il mange chaque jour 5% de son poids, soit 200 kg de feuillage et d'herbe, et ingurgite 100 litres d'eau.
Ses défenses sont présentes surtout chez les mâles, mais c’est une matriarche qui commande les troupeaux, les mâles adultes en étant exclus.
Contrairement à celui d'Asie, ses oreilles sont plus grandes, son dos creux, ses défenses plus longues et sa trompe comporte deux lèvres au lieu d'une.
La bonne répartition de sa masse sur ses quatre larges pattes lui permet de marcher silencieusement et ne laisser que des traces peu profondes.
Il communique sur des kilomètres par des fréquences graves inaudibles à l'homme.
Mieux vaut l'éviter en période de sécrétion car une glande sous l'œil, dont coule alors un liquide huileux le rend nerveux.
De couleur grise, il est phyllopage, n’absorbant que les feuilles des arbustes, et sa langue agile lui permet de capturer les feuilles de plus de 200 espèces différentes.
Solitaire, sans territoire exclusif, il se déplace près de son point d'eau attitré, qu'il fréquente à heures fixes, et n’y tolère pas d'autres visiteurs, qu’il peut charger à l’aide de deux cornes servant également à arracher des branches.
Sa mauvaise vue est compensée par son odorat performant, et il ne faut pas s'en approcher avec le vent dans le dos.
De 100.000, son effectif passe à 2.000 au cours début du siècle, en raison du braconnage.
Pour charger, il repère sa cible, baisse la tête et relie le point d'impact estimé de la victime car ses cornes dissimulent sa vue frontale durant la charge. Il suffit donc de faire quelques pas de côté pour l'éviter.
LE RHINOCÉROS BLANC
Il est gris, comme le rhinocéros noir, mais plus grand que ses congénères des 4 autres espèces, il est qualifié de weit (large en hollandais), qui devient white en anglais.
Ce sont quelque 8.000 exemplaires situés essentiellement en Afrique Australe et issus d’une vingtaine d'individus rescapés des chasseurs. L'Afrique du Sud participe même au repeuplement de la race en fournissant ses surplus aux pays limitrophes.
Pourtant certains, qui subsistent au Congo/Zaïre, à la frontière soudanaise, sont très menacés.
LE LÉOPARD
Souvent confondu avec le guépard, robuste, il mesure de 1,30 m à 1,90 m pour 70 cm à 1 m au garrot.
Arboricole, il chasse cependant à terre, et son adaptabilité lui permet d'occuper tous les paysages, du désert à la forêt dense et de la savane aux neiges éternelles.
Solitaire, il est en général territorial, avec 20 à 30 km2 occupés par les femelles, et plus encore pour les mâles qui englobent ceux des femelles.
Essentiellement nocturne, le léopard se repose en journée sur une branche et chasse au crépuscule, antilopes, gazelles et babouins, parfois même des grosses proies comme les zèbres. Il chasse, comme un chat, et brise la nuque de sa victime d'une morsure.
La panthère noire est un sujet mélanique apparaissant parfois dans une portée, mais ce n'est pas une espèce à part entière.
LE BUFFLE
Avec 1,60 m au garrot, il peut peser jusqu'à 1.200 kg. Généralement, les buffles pâturent de nuit, vont boire un peu avant le lever du jour et gagnent les couverts pour dormir et ruminer aux heures chaudes de la journée.
En cas d’attaque, ils forment un cercle autour des petits, présentant un véritable rempart de cornes aux assaillants. Cette unité défensive est si opérationnelle qu'un animal handicapé peut continuer à vivre en son sein.
Son odeur forte le fait souvent repérer avant même de le voir.
La chasse et les big five
Son impact est désastreux car, même si les effectifs ont été stabilisés par des règlements, les records de trophées ont été homologués, favorisant la chasse aux animaux aux plus belles mensurations, donc une sorte de sélection génétique à l'envers, appauvrissant les races.
Ainsi n’existe-t’il plus de koudou aux cornes d'un mètre cinquante, les éléphants n’ont que de petites défenses (problème amplifié par le braconnage pour l'ivoire) et les grands lions redoutés ont pratiquement disparu.
S'il y avait un big 6, ce pourrait être l'hippopotame qui, imprévisible, a certainement tué plus de personnes que tous les big five réunis en chargeant et renversant des embarcations. N’oublions pas le moustique, vecteur du paludisme. Également le koudou, très recherché pour ses cornes torsadées. Malheureusement, il se fait très rare.
TOURISME
LES MONTS USAMBARA
Cette chaîne de montagnes du nord-est de la Tanzanie se révèle importante écologiquement parlant, parce qu’elle abrite de nombreuses espèces endémiques.
La région est l’une des premières de l'Afrique de l’Est colonisée par des fermiers européens en 1902. On y produit du café, du thé, du quinquina, ainsi que fruits et légumes, pommes, poires, abricots, raisins, cerises, fraises, pruneaux, et les zones marécageuses des collines sont utilisées pour la riziculture.
En raison de leur climat agréable et de l'absence de malaria, la population y croit depuis plusieurs décennies, ce qui s'ensuit d'une certaine déforestation.
Cette variété attire jadis des paysans allemands. Ainsi, Lushoto (appelée alors « Wilhelmstal ») devient-elle une ville importante sous le gouvernement impérial qui construit la ligne de chemin de fer d’Usambara jusqu’à Mombo pour permettre le transport du sisal.
Lushoto (22.000 habitants)
Sise à 1400 mètres d'altitud
e, c'est un centre administratif où les Allemands ont organisé une cure thermale en raison de son air pur. (11)
Les églises en font également leur siège, à partir duquel les missionnaires peuvent poursuivent leur travail dans les plateaux arides. (7) (9) (10)
La ligne de chemin de fer d’Usambara
Ligne ferroviaire de l'ensemble est-africain, elle est posée par une société de planteurs privés en 1893 dans la ville de Tanga. Destinée au transport du café, cette ligne atteint Muheza en 1895.
Les plantations de café ne rencontrant pas le succès, c'est grâce à la récolte de caoutchouc que la ligne atteint Mombo en 1905, et à celle de sisal pour Moshi en 1912. (6)
Moshi (145.000 habitants)
Située au nord du pays, au pied du Kilimandjaro, c'est la capitale administrative de la région de Kilimandjaro.
Elle joue un rôle dans le commerce de café de la région. (2) (3)
ARUSHA (400.000 habitants)
Capitale du tourisme, à 1450 m d'altitude, Arusha abrite depuis 1998 le tribunal des Nations unies qui doit juger du génocide de 1994 au Rwanda au moins jusqu'en 2013.
Sur le plan régional, son importance croît également en tant que ville administrative de la communauté est-africaine.
Centre agricole important (café, bananes, maïs…), elle bénéficie d'investissements privés occidentaux. Son exportation de fleurs (en premier lieu de roses) et d’engrais, aux mains des Européens (principalement des Hollandais), s'est fait un nom.
PARC NATIONAL DE TARANGIRE (2.850 km²) (19) (26) (28)
Créé en 1970, il est composé de savane africaine ponctuée d'acacias et de baobabs.
La population y est faible mais il possède la plus forte densité au monde d'éléphants au mètre carré. (23) (24)
Le volume des eaux est déterminant pour les mouvements migratoires des animaux. Dès que les pluies cessent, à partir de juillet ,les animaux, antilopes, gnous, zèbres, impalas, autruches, girafes, gazelles, léopards, lions, hyènes, babouins, guépards (…) migrent vers le dernier point d'eau permanent de la région : la rivière Tarangire.
D'un point de vue végétal, ce sont les acacias et les baobabs qui dominent. (13) (20) (21)
LA GORGE D’OLDUPAI
La vallée du rift est-africaine est un catalogue de l'histoire humaine.
La gorge d’Oldupai marque la limite méridionale de la ligne préhistorique où ont été trouvé Lucy (3,5 millions d'années) et Ardipicus Ramides (4,4 millions d'années).
En 1959 ont été découverts la moitié d'un crâne d’un australopithèque de 2 millions d'années, et en 1978, à 40 km au sud de la gorge, les empreintes de pieds de 3 australopithèques datant de 3,7 millions d'années.
Ces derniers ont probablement marché sur une couche de lave pas encore sèche du volcan Makarot. Le soleil a ainsi fixé leurs empreintes, et lors d'une nouvelle éruption, la lave, recouvrant le paysage, a permis leur conservation jusqu'à aujourd'hui.
PARC NATIONAL DU NGORONGORO (8288 km²)
La naissance de la région du Ngorongoro remonte à 15 millions d'années, lors de la formation de la vallée du Rift et celle d'immenses volcans qui, lors de leur éruption, recouvrent les alentours de couches de lave importantes.
Effondré sur lui-même il y a deux millions d'années lors de la vidange de sa chambre magmatique, le volcan créé la caldeira actuelle, la deuxième plus grande du monde.
Patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1978, il permet de voir éventuellement les Big Five (lion, éléphant, rhinocéros, léopard et buffle) réunis.
Dans ces étendues de prairies, brousses et forêts d’altitude coexistent pasteurs massaï semi-nomades pratiquant l’élevage du bétail et faune sauvage, pour une partie des espèces menacées à l’échelle mondiale.
Selon la période, on compte 15.000 à 25.000 animaux, dont deux tiers de gnous, zèbres, buffles et gazelles. Ce qui explique la forte présence de lions, une centaine, soit la plus forte concentration d'Afrique.
Le nord-est, en raison de son domaine marécageux, attire cormorans, ibis, pélicans (…), en tout presque 400 espèces d'oiseaux, et bien sûr hippopotames.
Les arbres de la forêt qui tapissent la paroi interne de la caldeira emmagasinent l'humidité pendant la saison des pluies et la restituent à la saison sèche, permettant aux animaux d’y trouver leur nourriture toute l'année.
Par souci de préservation de la nature, la zone à l'intérieur du cratère est non constructible et il n'est pas permis d'y faire pâturer les troupeaux bien qu'ils puissent s'y abreuver lors d'un transit.
NB : il reste 13 rhinocéros dans le Ngorongoro. Cependant, le nombre de mâles trop important a nécessité l'introduction de deux femelles en provenance d'Afrique du Sud.
Des 5 espèces de rhinocéros présentes sur notre terre, 4 ont pratiquement été exterminées durant le siècle passé (apprécié comme trophée prestigieux chez les Yéménites ou aphrodisiaque en Extrême-Orient).
PARC NATIONAL DU SERENGETI (14.750 km²)
Le plus grand parc de Tanzanie abrite 3,5 millions d'animaux dont plus de 400 espèces d'oiseaux, hyènes, guépards, la plus forte concentration de gnous au monde, avec deux migrations annuelles, zèbres, gazelles de Thompson, et, bien sûr, lions, léopards, singes, hippopotames, buffles…(39)(40) (43) (44)
L’altitude du Serengeti varie de 1050 m d'altitude (abords du lac Victoria) à 2155 m aux Lobo hills (nord du parc), avec des particularités selon l’endroit.
Sur les plateaux se dressent des kopjes, étranges blocs de granite gigantesque qui étaient à l'origine sous la couche terrestre. Ils constituent un lieu de prédilection pour les petits animaux tels damans, mangoustes ou dik-diks, mais les lions aiment particulièrement se reposer sur les rochers. (27)
Au cœur du Serengeti, la vallée de Seronera, parsemée d'herbes moyennement hautes, d'acacias, de palmiers et d'arbres à saucisses, on peut observer impalas, babouins et parfois léopards.
Les hippopotames se trouvent plus au nord dans les Retima hippo pools, et la rivière Grumeti est surtout connue pour les crocodiles. (47) (48) (51) (54) (58)
La grande migration
Chaque année, 1,4 million de gnous, 300.000 gazelles de Thomson, 200.000 zèbres et quelques dizaines de milliers de topis entament un trek de 1000 km.
En début d'année, après la petite saison des pluies, ils se rassemblent dans les plaines du Serengeti, alors vertes et humide.
Le départ de la migration est donné généralement en mai, après les fortes précipitations lorsque les plaines ne peuvent se régénérer rapidement.
Les gnous ouvrent la marche en direction de l'Ouest vers des plans d'eau fraîche et des prés verts à travers la zone du Seronera.
En juin/juillet, la nourriture se fait rare et la rivière Grumeti est alors assez basse pour être traversée et poursuivre vers le nord.
Jusqu'en septembre, les troupeaux gagnent le parc national du Masaï Mara au Kenya, où ils restent jusqu'au début de la petite saison des pluies début novembre.
Alors, en un mois, ils redescendent vers le sud, parcourant 300 km et affrontant non seulement les crocodiles, mais également les eaux profondes. (53)
PARC NATIONAL DU LAC MANYARA (325 km²)
Fondé en 1960, il ne voit le décollage du tourisme que dans les années 1980, catastrophiques pour les éléphants du parc, victimes du braconnage.
En raison de la présence du Rift, des nombreuses sources permanentes et des variations d'altitude, la flore y est variée.
En forêt tropicale, on rencontre une forte concentration de singes, alors que les zones clairsemées abritent la faune est-africaine traditionnelle, buffles, girafes, éléphants...Les lions, adaptés à un environnement boisé, passent le plus clair de leur temps dans les arbres.
Le lac est un sanctuaire pour les oiseaux, avec plus de 400 espèces différentes. (60)
ZANZIBAR
Zanzibar offre des plages paradisiaques, une végétation luxuriante et des plantations d’épices, même si les îles aux Épices originales sont les Molluques, en Indonésie. (72)
Au Moyen Âge, les Arabes qualifiaient de Zanj la Terre d'Afrique de l'Est habitée par des populations noires non musulmanes, et bar signifie côte en arabe. Zanzibar est donc la côte noire.
Elle fait partie d’un archipel de l'océan Indien formé de trois îles principales, Unguja, Pemba et Mafia, et de plusieurs autres petites îles. (66) (70)
Unguja et Pemba sont, depuis plusieurs siècles, tour à tour indépendantes, colonisées ou incorporées à la Tanzanie, contrairement à Mafia, toujours intégrée à la Tanzanie continentale.
Le bombardement de Zanzibar en 1896 donne lieu à l'une des guerres les plus courtes de l'histoire, 37 minutes opposant les soldats britanniques à ceux d'Unguja.
Lors de la formation de la république de Tanzanie, l'archipel se voit découpé en six régions administratives pour Pemba et Unguja, alors que Mafia est rattachée à la région de Pwani.
Les portes de Zanzibar (63) (68)
La vieille ville est connue pour ses énormes portes de bois, les portes swahili, arrivées avec les premiers commerçants arabes. La grandeur d'une porte et ses sculptures annoncent la position sociale du propriétaire.
Les inscriptions et décorations vont des versets du Coran à des éléments naturalistes.
Les portes indiennes ont généralement une forme arquée, tandis que les portes arabes sont rectangulaires et marquées d'une inscription tirée du Coran.
Cependant, beaucoup ont été démontées et vendues à des touristes. (62)


CARTE D'IDENTITÉ
Population : 8,6 millions
Superficie : 27.834 km²
Densité : 312 hab./km²
Frontières terrestres avec la Tanzanie, le Rwanda, la République démocratique du Congo
Espérance de vie : 52 ans
Indépendance : 1er juillet 1962
Altitude : de 772 m à 2670 m
Taux d'alphabétisation : 59 %
Taux de croissance de la population : 3,3 %
Taux de natalité : 41,4 ‰
Taux de mortalité : 12,7‰
Taux de fécondité : 6,4 enfants/femme
GÉOGRAPHIE
Le Burundi jouit d'un climat équatorial tempéré par l'altitude. Son point culminant, à 2670 m, est le Mont Heha, au Sud-est de Bujumbura.
Seule la région au Nord du lac Tanganyika se trouve en dessous de 1000 m.
Divisé en 17 provinces, avec 117 communes, il a pour capitale, Bujumbura, ville la plus peuplée. Gitega, Muyinga, Ngozi et Ruyigi sont d'autres villes importantes.
HISTOIRE (125)
Comme au Rwanda, la période pré-coloniale du Burundi fait l'objet d'interprétations idéologisées du passé par le colonisateur et par les ethnies.
A l'origine, les Twa, apparentés aux pygmées en raison de leur petite taille, peuplent les rives du lac Kivu, vivant de la chasse. Au premier millénaire arrivent les Hutu, agriculteurs, puis les Tutsi, pasteurs venus du nord.
Les Ganwa, lignée princière, domine l’ensemble de la population, Hutu, Tutsi et Twa.
La colonisation belge, divisant pour régner, impose la domination tutsi, décrétée comme race supérieure, ce qui déclenche les frustrations.
Les Twa, 1% de la population burundaise, n’ont jamais été l'objet de massacres, mais sont considérés comme impurs. On ne boit, ni ne mange en leur compagnie, mais ils sont libres de parole. On peut les comparer aux fous des cours royales européennes d'antan.
Colonisation
En 1890, les Allemands s'installent dans la région des grands lacs et signent en 1903 un traité de protection avec le mwami (roi local) Mwezi Gisabo.
Défaits lors de la première guerre mondiale, ils sont contraints de céder leur colonie du Ruanda-Urundi (Rwanda et Burundi actuels) au Royaume de Belgique.
S'appuyant sur la minorité tutsi, ils relèguent Hutus et Twas à des emplois subalternes.
Indépendance
En 1962, l'indépendance du pays est proclamée. Mais, en 1965, le premier ministre hutu Pierre Ngendandumwe est assassiné et Michel Micombero prend le pouvoir, abolissant la monarchie et proclamant la république.
La deuxième tentative de coup d’État de 1969, qui s'achève par la condamnation à mort des militaires hutu accusés d’en être les initiateurs, provoque une réaction des Hutu (dont certains vivent en Belgique), et 1972 est marquée par des tueries de Tutsi, suivi d’un exil en masse vers l'étranger.
Le ex-roi, Ntare V, dernier de la dynastie ganwa et seul prétendant au trône, est alors assassiné, rendant impossible tout retour à la monarchie.
Ces événements laissent de profondes marques dans l’histoire du pays, et donnent naissance à diverses groupuscules destinés à défendre les intérêts hutu.
Nouveau régime
Le régime Micombero tombe en 1976, remplacé par un autre, dont la politique économique de grande envergure échoue en raison des mouvements de libération hutu qui déclenchent de vives tensions dans le pays.
Les gouvernements se suivent, tout comme les crises, et les initiatives diverses l’unité ne suffisent pas à éviter de nouvelles explosions de violence.
Méfiance
Le coup d’État suivant, en 1987, amène une méfiance vis à vis des nouvelles autorités, et les initiatives tutsi sont considérées comme contenant des pièges.
Ainsi, le mouvement Palipehutu fait énormément de propagande, arguant d'un complot régional anti-hutu réunissant Burundais, Rwandais, Ougandais, Éthiopiens et Somaliens, assurant que seule l'unité des Hutu permettrait une victoire sur les Tutsi, qui ont usurpé le pouvoir en divisant Hutu et Twa.
Le réflexe d’autodéfense et de vengeance fait que la mémoire tutsi se base également sur ces tueries. Un mouvement extrémiste en appelle un autre.
Un pas démocratique
Une tentative de démocratie multipartite au Burundi est accueillie avec bienveillance par la population en 1992, suivie d'élections libres en 1993, avec une passation de pouvoir des Tutsi aux Hutu. Sylvie Kinigi, Tutsi, est nommée comme premier ministre pour bâtir une réconciliation.
Mais trois mois plus tard, le président et des proches collaborateurs sont assassinés lors d'un putsch militaire.
Guerre civile
Cet assassinat plonge le pays dans des tueries visant à une purification ethnique, et la peur et la suspicion sont quotidiennes.
Les Tutsi, qui ont mainmise sur l'appareil d'État, alors qu'ils ne représentent que 15% de la population, sont massacrés par les Hutu.
L'armée réagit violemment, comme en 1972, et engage une répression très dure contre les Hutu.
En 1994, l'avion qui ramène le tout nouveau président ainsi que son collègue rwandais est détruit en plein vol par un missile.
Solution
Les crises identitaires et massacres inter ethniques de 1965, 1969, 1972, 1988, 1991, 1993 créent des mémoires hutu et tutsi parallèles et opposées, générant une haine qui rend difficile la réconciliation sociale burundaise.
Certains émettent l'idée de diviser le pays en Hutuland et en Tutsiland, ou de reconnaître l’existence de deux peuples au sein d’une même nation.
Pourtant, la recherche d’une mémoire consensuelle serait peut-être plus indiquée après ces crises non naturelles.
Auparavant, l’identification était basée sur le clan et la nation. Un Burundais déclinait son identité, le nom de son clan et la nationalité burundaise.
Déjà le prince Louis Rwagasore avait, lors de la recherche de l’indépendance nationale, demandé à la population de ne pas se perdre dans des querelles ethniques, à l'instar roi Mwambutsa qui avait condamné les dénominations hutu, tutsi, twa avant de se retirer en 1963. Même les Églises font l’apologie de l’unité nationale.
Un accord est signé en 2000 à Arusha, en Tanzanie, sous l'égide de Nelson Mandela, prévoyant, dans l'attente des élections, une alternance à la tête du Burundi, qui est ensuite respectée.
Le rééquilibrage ethnique semble fonctionner malgré l'attaque de Bujumbura, par des forces hutu en 2003, grâce à un accord de paix signé peu après.
Pierre Nkurunziza, du CNDD-FDD, majoritairement hutu, s'impose dès lors comme l'un des principaux acteurs de la vie politique, même si la trêve avec les forces du PALIPEHUTU-FNL reste fragile. Il est élu président en 2005.
La crise de 2010
Réélu en 2010, Nkurunziza, n'est cependant pas en harmonie avec les autres groupes hutu, qui dénoncent des fraudes massives, que l'ONU et l'UE n'ont pas observé.
Dès lors, le Burundi entre dans une nouvelle période de crise, avec une recrudescence d'attaques à la grenade et des échauffourées.
ÉCONOMIE
L'économie du Burundi est surtout rurale, basée essentiellement sur l'élevage et l'agriculture, avec des produits destinés à l'export, tels café, thé, coton et culture vivrière. (103) (123)
La population en dépend à plus de 90 %, ce qui représente plus de 50 % du PIB. L'industrie compte pour 20% du PNB en 1999, et les services 32 %.
Dans les années 1990, la population active a été multipliée par deux pour atteindre 4 millions de personnes, dont 50 % de femmes.
NB : la moitié de la population active a entre 10 et 14 ans.
RELIGION
La composition religieuse est la suivante : catholiques 60%, religions indigènes 20%, protestants 15%, musulmans 5%.
POLITIQUE
Le Burundi est une république multipartite à régime présidentiel.
Le Président occupe les charges de chef de l'État et chef du gouvernement, qui dispose du pouvoir exécutif.
Les deux chambres, Sénat et Assemblée nationale, se partagent le pouvoir législatif avec le gouvernement.
Après la guerre civile, les premières élections démocratiques de 2005 ont été reconnues comme légales. Pourtant, certains élus ont bénéficié d'une amnistie, à l'instar du Président lui-même, qui a été condamné à mort pour pose de mines sur la voie publique.
Réfugiés au Burundi
Le pays abrite quelque 32.000 réfugiés et demandeurs d’asile en 2007 de la République Démocratique du Congo et du Rwanda.
CUISINE
Le repas typique se base sur patates douces, haricots et maïs, la viande, chère, étant plus rare.
Côté boisson, les Burundais sont de gros consommateurs de bière de banane au quotidien, et d'impeke, bière locale de sorgho, pour les grandes fêtes, où chacun trempe sa paille en symbole d'unité.
LANGUE ET ÉDUCATION
Les langues officielles sont le français et le kirundi, mais le premier, parlé par moins de 10 % de la population, reste élitaire.
On peut rajouter le swahili, parlé surtout par les commerçants, et l'anglais, utilisé dans l'administration.
Grâce à la gratuité de l'éducation primaire depuis 2005, le taux d'alphabétisation est en hausse, mais la qualité de l'enseignement se trouve affaiblie du fait des infrastructures et du nombre de professeurs insuffisants.
De plus, l'enseignement secondaire est fréquenté par seulement 10 % des garçons burundais.
C'est la tradition orale qui relaie histoire et leçons de vie grâce aux contes, à la poésie et au chant.
CULTURE
La culture, qui repose sur les traditions locales et celles des pays voisins, a été entravée par les troubles civils.
Tambourinaires du Burundi
Importants dans la culture burundaise, souvent accompagnés par la danse, on les convie pour des célébrations et réunions de famille. Leur réputation dépasse les frontières du pays.
Leur art est un lien mystique entre un pays, un peuple et un instrument.
Généralement en groupe d'une vingtaine de personnes, ils entrent en scène tambour sur la tête.
Le tambour central, autour duquel tous sont disposés en arc de cercle, donne le signal, exécutant une danse guerrière qui mêle fantaisie et gravité.
Les tambourinaires pratiquent également la satire, le soliste se transforme alors en clown, marchant sur les mains ou empruntant une démarche caricaturale.


Capitale : La Havane (2,2 millions d'habitants)
Population : 11,2 millions
Langue officielle : espagnol
Superficie : 110 000 km2
Densité : 102 hab/km2
Système politique : république socialiste
Ethnies : 63 % blancs d’origine espagnole, 25 % de Métis, 11 % de Noirs descendants d'esclaves, 1 % d'Asiatiques (chinois arrivés dans la seconde moitié du XIXe siècle)
Monnaie : la moneda nacional est le peso cubano. Mais beaucoup de produits et services se payent en pesos convertibles (CUC), qui remplace les dollars américains.
Religion : catholicisme à 85 %, protestantisme, animisme et santería (religion afro-cubaine) à 15 %
Taux d'alphabétisation : 97 %
Taux de fécondité : 1,6
Salaire mensuel moyen : environ 15 € (350 pesos cubains)
Moyenne d'âge de la population : 35 ans
Espérance de vie : 77 ans
GÉOGRAPHIE
En dehors des côtes, le paysage cubain est plat, à part quelques petites chaînes de montagnes, les sierras.
La plus vaste des îles antillaises (1220 km), elle est sise au Sud des États-Unis (180 km), à l’Est du Mexique (210 km), à l’Ouest d’Haïti (77km) et au Nord de la Jamaïque (140 km).
Avec ses 1600 îles et d'îlots, les cayos (los Colorados, Sabana, Camagüey, Jardins de la Reine, los Canarreos, l’île de la Juventud), elle totalise une superficie de 114 525 km2.
Le climat, essentiellement subtropical, compte deux saisons distinctes, sèche de fin novembre à mai (l'hiver), avec une moyenne de 25°C, et humide (l'été) le reste de l'année, avec des pluies violentes mais de courte durée et quelque 28°C.
Les cyclones (jusqu'à 300 km/h) ne l'épargnent pas, particulièrement la province de Pinar del Río, l'île de la Jeunesse et la province de La Havane, souvent en octobre.
La Défense civile, bien organisée, permet généralement de limiter le nombre des victimes, par l'information et les évacuations préventives .
Administrativement, Cuba compte 14 provinces (et La Havane), avec une population inégalement répartie sur le territoire, puisque les villes de La Havane et de Santiago de Cuba constituent à elles seules près de 20 % de la population totale.
ÉTYMOLOGIE
L'île est baptisée d’après son nom amérindien Cubanascan, «place centrale» en taino.
Une autre version donne comme origine un mot de l'ancien français cube ou couve signifiant «terre». Le premier document la mentionnant est une carte dessinée en 1500.
HISTOIRE
Le 28 octobre 1492, Christophe Colomb découvre l'île, habitée quelque 100 000 Amérindiens, Siboneyes et Taïnos, réputés être anthropophages. (1)
La colonisation espagnole
Diego Velázquez de Cuellar colonise l'île dès 1511, fondant Santiago de Cuba en 1514 et La Havane en 1519.
L'exploitation de l'or et du cuivre réduit alors en 5 ans, la population indigène à quelques centaines d’individus, de par les conditions de travail et la maltraitance. Les colons espagnols font alors venir des esclaves noirs du Nigeria ou du Bénin, ce qui détermine fortement la composition de la population insulaire.
Les réserves d’or épuisées, de nouvelles activités économiques sont promues, tel tabac, café, ou canne à sucre.
Après la guerre de Sept Ans (1756-1763) pendant laquelle la brève occupation britannique de la capitale modifie l'organisation économique et sociale de Cuba, le gouvernement espagnol encourage l’expansion commerciale et le développement agricole. La population noire croit fortement, avec l'introduction de 720 000 esclaves supplémentaires, et le succès des produits cubains sur les marchés européens augmente après la ruine des plantations françaises de Saint-Domingue, suite à la révolte haïtienne.
L'émergence du nationalisme
Au XIXe siècle, la répartition des ethnies cubaines est réglée: les Espagnols dirigent le pays à La Havane, contrôlant le commerce ; les Créoles, descendants des immigrants espagnols, sont propriétaires des domaines agricoles; les Métis (nés d'esclaves noirs et de Créoles) et les Noirs assurent la main d'œuvre.
Pourtant, très tôt se fait sentir le désir d'indépendance des peuples de l’Amérique espagnole, avec, en 1795, Nicolás Morales, un Noir libre à la tête d'un mouvement réclamant égalité raciale et abolition des mesures défavorables aux pauvres.
A partir de 1830, la répression croissante déclenche un mouvement indépendantiste parmi les colons blancs également, et en 1868, Carlos Manuel de Céspedes, riche propriétaire d'une sucrerie, annonce la libération de ses esclaves. Après la guerre de Dix Ans, Cuba est dotée d’une certaine autonomie, l’esclavage supprimé en 1886, et Céspedes, auteur de la première Constitution cubaine, considéré comme le Père de la nation.
Les premiers partis politiques sont créés et le secteur économique décolle avec l'augmentation des investissements américains.
Mais les réformes décevantes mènent à l'émergence des indépendantistes, dont le héros, José Martí (1853-1895), ennemi de l'expansion des Américains disparaît en 1895.
Pourtant, les États-Unis s'ingèrent dans la guerre hispano-américaine aux côtés des insurgés en 1898, et l’Espagne doit renoncer à sa souveraineté sur l’île.
L'indépendance de Cuba
Instituée en 1902, la république voit sa Constitution modifiée par l'amendement Platt, autorisant les États-Unis à intervenir dans les affaires du pays.
Après la chute du régime dictatorial de Machado, puis du libéral San Martín, c'est, en 1934, le tour du général Batista, qui, renversé, revient ensuite, imposant une dictature militaire soutenu par les États-Unis en 1952.
En 1953, une tentative de soulèvement est réprimée, fomentée par Fidel Castro, jeune avocat qui est emprisonné.
C'est la Belle Époque de La Havane mais la misère noire pour les ouvriers et les paysans.
La révolution castriste
En 1956, Fidel Castro et ses partisans, dont Che Guevara, débarquent sur une plage du Sud de Cuba. La plupart des rebelles sont massacrés mais Castro et une douzaine d'hommes s'échappent dans les montagnes, d'où se poursuit la guérilla, jusqu'au 1er janvier 1959, lorsque Batista doit fuir le pays.
Une politique de grands travaux est alors mise en ?uvre pour résorber le chômage, avec confiscation des terres des Américains et nationalisation à tout-va, ainsi que des programmes destinés à améliorer éducation et santé publique.
En 1961, suite à l'arrivée du premier navire soviétique chargé de pétrole à La Havane, les États-Unis envoient un commando d’exilés anticastristes dans la baie des Cochons, une
tentative d’invasion échouée qui accélère l’orientation socialiste du régime, et en 1962, un embargo commercial est imposé à Cuba par les États-Unis. (2)
L'isolement
En 1967, Che Guevara est exécuté en Bolivie. Dès lors, l'île adopte totalement le modèle communiste et dépend de l’aide économique de l'Union soviétique. (45)
En 1975, une nouvelle constitution est adoptée, et Castro nommé chef de l'État avec des pouvoirs accrus.
L’économie du pays s’effondre alors avec la disparition du bloc de l’Est en 1989.
L'espoir
Cuba s’ouvre lentement aux initiatives privées, favorisant les investissements étrangers, ce qui creuse le fossé entre Cubains ayant accès aux devises étrangères et ceux ne survivant qu’avec des salaires en pesos.
La visite de Jean-Paul II en 1998 permet au régime castriste de sortir de son isolement, après que le Pape a condamné l’embargo américain, contraignant les États-Unis à assouplir leur politique à l’égard de Cuba.
Cuba aujourd'hui
Le peso convertible, réservé aux touristes, permet de se procurer des articles de luxe et vaut 20 fois plus que le peso cubain, utilisé pour les articles de première nécessité.
Castro renonce à tous ses pouvoirs en 2011, en faveur de son frère Raúl.
POLITIQUE
Castro, premier ministre dès 1959, devient, à l'abolition de cette charge en 1976, président du conseil d'État, et le reste jusqu'en 2008, lorsqu'il fait place à son frère Raul. (3)
Le parlement de 614 membres est l'organe suprême du pouvoir de l'État, qui vote les lois et modifie la Constitution.
L'embargo des États-Unis (el bloqueo), toujours en place, est assoupli quelque peu par Barack Obama en 2009, avec l'autorisation pour les citoyens américains d'origine cubaine de se rendre à Cuba une fois par an.
Forces armées : le gouvernement s'appuie aujourd'hui beaucoup sur les milices et forces paramilitaires, après que l'armée cubaine (Forces Armées Révolutionnaires), engagée dans les années 1960 dans divers pays africains, a vu chuter son effectif.
Libertés : la réduction des libertés fondamentales d'expression, d'association et de circulation a conduit les Cubains à émigrer. Ainsi 1,7 million de Cubains (15 % de la population totale) vivent aujourd'hui à l'étranger, principalement à Miami.
Peine de mort : elle n'est pas abolie mais la dernière exécution remonte à 2003. Pourtant 40 prisonniers condamnés à la peine capitale sont incarcérés à Cuba, attendant leur exécution.
Les homosexuels à Cuba : isolés avant 1959 , ils voient le lancement d'un processus d'amélioration de leur condition après la révolution mais le machisme latin, la bigoterie catholique et l’homophobie stalinienne empêchent un véritable progrès.
Dans les camps de rééducation mis en place par Che Guevara se trouvent des opposants au régime mais également les «déviants», religieux ou sexuels.
Fidel Castro les fait fermer en 1967, mais l'homosexualité n'est dépénalisée qu'en 1979.
ÉCONOMIE
Elle doit ses difficultés à l'embargo et à l'inefficacité du système, après la chute de l'Union soviétique en 1990 qui, privant l'île de son aide, entraine la sous-alimentation.
Face à la crise, Cuba libéralise quelque peu son économie, autorisant le développement d'entreprises privées de commerce et de manufactures.
Le tourisme est aussi encouragé, avec plus de 2 millions de visiteurs, majoritairement en provenance du Canada ou de l'Union européenne. Mais cette croissance s'ensuit cependant d'effets pervers, notamment l'économie parallèle née du peso convertible. Ainsi, une partie de la population est en contact avec les devises, l'autre oscille entre un salaire de 10 € et 30 € mensuels.
Pour moult produits de première nécessité cependant, la différence entre le prix demandé aux acheteurs et le coût réel sur le marché est couverte par une subvention de l'état.
LANGUE
Il n’existe quasiment aucun descendant des autochtones (Siboneyes, Taïnos...) habitant l’île avant sa découverte par Christophe Colomb.
L’espagnol, langue officielle de Cuba, est parlé par plus de 90 % des Cubains, à un rythme probablement plus rapide qu'ailleurs. Les autres locuteurs parlent des langues immigrantes, généralement le chinois, le portugais, etc.
RELIGION
Les catholiques, 60 % de la population (les autres étant protestants, juifs, pentecôtistes, adventistes...), sont à moitié seulement pratiquants. Même à l’époque coloniale, l'évangélisation était mince, et le régime de Castro, n’a bien sûr pas contribué à répandre la foi catholique.
Pourtant, la crise provoquée par l'effondrement du bloc soviétique pousse de nombreux pauvres à se tourner vers l'église et, en 1992, Fidel Castro renonce à l'athéisme d'État, assouplissant les positions contre la religion après la visite de Jean-Paul II, mais un Bureau des affaires religieuses surveille les activités ecclésiastiques.
La santería
A l'instar d'autres îles caraïbes, les cultes africains apparentés au vaudou sont toujours vivaces. La santería, syncrétisme entre animisme et catholicisme, a vu son influence s'accroître avec la crise économique.
Basée sur un panthéon de dieux africains, elle s'exprime par le biais de liturgies accompagnées de chants et danses qui permettent aux divinités de se manifester parmi les vivants. Les prêtres (santeros) utilisent une langue rituelle secrète, utilisée comme le latin chez les catholiques. (4)
ÉDUCATION
Dès 1961, Cuba lutte contre l'analphabétisme avec la nationalisation des écoles et universités, qui sont gratuites.
95 % d'enfants sont aujourd'hui scolarisés en primaire et 89 % dans le secondaire. En outre, 17,2 % poursuivent des études post-secondaires.
Pourtant, la crise économique et l'effondrement du bloc de l’Est ayant affecté l’éducation cubaine, les enseignants sont mal payés et les ressources pédagogiques font défaut.
Dans le supérieur, les objectifs communistes prévalent encore sur les aspirations personnelles, mais lorsque les places contingentées sont déclarées disponibles, n'importe qui peut y accéder. (5)
MÉDIAS
Radio et télévision sont contrôlées par le gouvernement, et on ne reçoit les chaînes étrangères que dans les hôtels équipés d'antennes satellites.
La presse écrite est contrôlée également, chantant les louanges de la Révolution, vantant la politique du Vénézuelien Hugo Chavez ou du Bolivien Evo Morales.
Quant à Internet, les sites autorisés en espagnol peuvent être visités mais sont contrôlés. De plus, les prix prohibitifs de l'heure d'utilisation ont un effet dissuasif. (18)
SANTÉ
La santé publique est l'une des grandes réussites du socialisme cubain, accessible à tous et complètement gratuite.
La contribution de Cuba dans ce domaine est remarquable, avec de nombreux médecins présents à l'étranger dans le cadre d'opérations d'aide au développement.
LE DRAPEAU
L'étoile à cinq branches représente l'indépendance du pays, le triangle rouge la libération du joug espagnol et le sang versé pour la conquérir.
Ses trois côtés symbolisent l'égalité, la fraternité et la liberté, rappelant la Révolution française, à l'instar de ses trois couleurs (bleu, blanc et rouge). Quant aux bandes bleues, elles symbolisent les ex-départements qui contrôlaient l'île, et les blanches la paix.
ARCHITECTURE
L'architecture des Caraïbes est née au XVIe siècle, lors de la colonisation de l'île par les Espagnols, qui apportent leur style baroque imprégné d'éléments maures, avec des maisons simples, de deux étages au maximum, organisées autour d'un patio au milieu duquel trône une fontaine. Les vérandas protègent du soleil et des pluies tropicales.
La mezzanine, invention de La Havane, est liée aux prix élevés des terrains.
Les villes naissent autour d'une place centrale où l'on trouve mairie, église...
Au XVIIe siècle, le baroque s'impose, avec des d'imposantes colonnes.
Le classicisme naissant en Europe au début du XIXe influence ensuite l'architecture cubaine, avec des lignes droites et des colonnes aux chapiteaux corinthiens ou doriques, un style qui s'impose rapidement grâce à la richesse des barons du sucre.
Le retour à l'architecture coloniale s'intensifie au début du XXe, avec par exemple la construction du Capitole ou de la gare centrale de La Havane.
CULTURE
CINÉMA
Instrument culturel et politique, pour briser l'embargo, il est le plus primé des pays du tiers monde dès 1960. Ralenti ensuite, en raison du manque de moyens, il revient avec Fresa y Chocolate en 1994 qui offre un miroir de la société, dans lequel se reconnaît toute une génération, suivi en 1996 par Guantanamera et Madagascar.
«Buena Vista Social Club» de Wim Wenders documente sur une académie de danse populaire de La Havane du début des années 1950.
MUSIQUE
Cuba a marqué le XXe siècle par une large palette de musiques et de danses la rumba, faite de chants et de percussions, le mambo, né à Mexico sous la baguette du pianiste cubain Damaso Perez Prado, le cha-cha qui rejoint le mambo à la conquête des pistes de danse dans les années 1950, le bolero, la salsa (…), et le reggaeton, né dans les années 1990, qui mixe techno et dance au reggae et au rap des années 1980.
HÔTELLERIE
CHAMBRES CHEZ L'HABITANT (Casas particulares)
En 1997 a lieu une petite révolution du socialisme cubain, avec une loi autorisant les particuliers à héberger des étrangers chez eux, moyennant finances. Le gouvernement prélève pour cela une taxe de 200 CUC par mois et par chambre, occupée ou non.
On repère ces casas particulares grâce à une sorte de flèche bleue sur la porte.
HÔTELS
Une opération de rénovation permet aux vieux hôtels de retrouver une seconde jeunesse, dont 5 chaînes appartenant à l'État se partagent la majorité du parc.
SPORTS ET LOISIRS
Cuba est une grande nation sportive. Avant la Révolution, l'unique médaille d'or aux Jeux olympiques remontait à 1904, alors qu'à Athènes en 2004, l'île a remporté neuf médailles d'or, dont 5 en boxe, et le titre en base-ball, le sport national. (33) (34)
D'autres sports ont été développés depuis 1959, tels judo, escrime, basket et volley, et, depuis 1955, le Ballet nacional de Cuba a déclenché une affluence des écoles de danse.
En outre, Cuba est un vrai paradis pour la plongée sous-marine (María la Gorda, l'île de la Juventud et la baie des Cochons).
TOURISME
LA HAVANE (2,2 millions d'habitants)
Le mot Habana, pourrait être le prénom de la fille d'Habaguanex, chef de tribu contrôlant la région au moment de l'arrivée des conquistadors. 
Dernière ville fondée par les Espagnols en 1519, elle devient capitale de l'île en 1607, et au XVIIe siècle, un grand centre de construction navale pour les Caraïbes.
Plaque tournante pour la traite des esclaves, elle attire au XVIe siècle flottes ennemies.
Après l'incendie de 1622, on construit des murs d'enceinte et la ville se transforme, devenant, au début du XVIIIe, la 3e plus grande ville du Nouveau-Monde.
Prise par l'Angleterre quelques mois en 1762, lors de la guerre de Sept Ans, puis échangée contre la Floride, elle est à nouveau fortifiée et reçoit le droit de commercer librement, poussant les Espagnols vers la modernisation. Naissent alors des boulevards comme le Prado, l'éclairage des rues, et en 1893, un système d'approvisionnement en eau, la plaçant au sommet de la modernité des capitales d'Amérique latine.
La chute vient, à partir de 1880, de la baisse du cours sucrier qui pousse de nombreux planteurs à vendre leurs terrains à des Nord-Américains, ce qui élitise la cité, avec pour conséquence, les quartiers chauds qui se développent et, après la guerre de 1898, la transformation en colonie américaine, dont témoignent les villas de Vedado et Miramar.
Pendant la prohibition aux États-Unis, La Havane devient un paradis pour les amateurs de rhum, et, dans les années 1950, c'est le règne de la mafia sous la présidence de Batista.
A partir de 1958, les bombardements sont quotidiens, et après la Révolution, on investit d'abord dans les villes rurales afin d'éviter un développement incontrôlé de La Havane.
La Vieille Ville, classé au patrimoine de l'humanité par l'UNESCO, conserve un mélange de monuments baroques et néoclassiques. Ses voitures américaines rappellent également les années 1950.(6) (7) (8) (9) (10) (11) (12) (13)
Nombres des plus beaux édifices de la vieille ville ont été transformés en musées.
Mais, depuis la crise économique des années 1990, la ville tend à s'effondrer, même si, au cours des dernières années, le gouvernement a entrepris de rendre au centre historique son caractère de ville coloniale. (14) (15) (16) (17)(44)
VINALES (27 000 habitants)
Classé Paysage Culturel de l’Humanité par l’UNESCO pour sa vallée qui mélange massifs carsiques et formations géologiques de mogotes, pitons de calcaire propres à la région. Les nombreuses grottes disséminées sur les pentes des buttes de la vallée ont été longtemps habitées avant l'arrivée des conquistadors. (20)(21)(22)(23)
La vallée réunit plantations de tabac, cases de paysans en bois ainsi que flore et faune exclusives à l'île, qui inspirent art plastique, musique et littérature.
Le village, créé dans l'urgence en 1875 sur la route de Pinar del Rio à Puerto Esperanza, débouché sur la mer, répond au développement de la culture du tabac. (24)(25)(26)
Cueva del Indio (grotte de l’indien) : la légende raconte que si une goutte d’eau fraîche vous y tombe sur le nez, le bonheur vous accompagne pour toujours. (19)
Parc National de Guanahacabibes : c’est la plus grande réserve forestière du pays, séparée de la terre ferme par un isthme de sable blanc. Cette péninsule a été le dernier refuge des aborigènes de l’Ouest de l’île, fuyant l’attaque des Espagnols.
Cayo Levisa et Jutías : spaces paradisiaques de 3 km et 7 km de plage, leurs eaux chaudes aux fonds coralliens de toute beauté rappellent les origines du monde.
ÎLE DE LA JEUNESSE (SEQUENCE)
La sixième plus grande île des Caraïbes est située à quelque 100 km au Sud-Ouest de l'île de Cuba, dont elle est séparée par le Golfe de Batabanó.(46)(47)(48)(49)
Elle est en majorité recouverte de pins, grosse industrie de bois de charpente. Au Nord, on extrait du marbre des basses crêtes, alors que le Sud abrite une haute plaine.
Le climat doux de l'île n’empêche pas les ouragans fréquents.
On y trouve également des lieux de villégiature et des plages, comme celle de Bibijagua ou d'El Colony. (28)(29)
Histoire
Tout d’abord nommée La Evangelista, elle devient ensuite l’Ile des perroquets, puis l’Ile aux trésors (Stevenson), et enfin l’Ile des Pins jusqu'en 1978.
Après sa découverte par Christophe Colomb en 1494, la couronne espagnole l'accorde aux éleveurs de bétail, mais elle est en fait laissée aux mains des pirates qui y cachent les butins pris aux Espagnols.
Après la victoire des États-Unis dans la guerre hispano-américaine, l'île redevient pourtant cubaine lors du Traité américano-cubain de 1903, qui échange le territoire contre la baie de Guantanamo.
Après la fondation de Nueva Gerona en 1830, l'île sert de lieu de détention pour les nationalistes cubains comme José Marti, et cette utilisation en tant qu'île-prison se poursuit au XXe siècle, puisque la prison Presidio Modelo est construite en 1926. (30)(31)
De 1953 à 1955, Fidel Castro y est emprisonné par le régime de Batista, après l'échec de l'attaque contre la caserne Moncada, et plus tard, il l’utilise à son tour pour y enfermer des contre-révolutionnaires. Aujourd'hui fermée, elle est transformée en musée. (32)
CIENFUEGOS (185 000 habitants)
Ville industrielle fondée en 1819, elle est sise au c?ur de la zone de production de canne à sucre, mangue, tabac et café du pays.
La ville historique est le premier exemple architectural aux nouvelles conceptions de modernité, d'hygiène et d'ordre qui se développent en Amérique latine au XIXe siècle.
MASSIF DE L'ESCAMBRAY
Ancien refuge des guérilleros du Che, qui s’y illustre vaillamment de 1958 à 1965, puis foyer contre-révolutionnaire, il est long de 100 km et culmine à 1140 m au pic San Juan.
Sa végétation luxuriante et ses torrents assurent de la fraîcheur. (35)(36)(37)
TRINIDAD (73 000 habitants)
Fondée en 1514 par Diego Velasquez, elle doit son essor à l'industrie sucrière et la canne à sucre, or blanc des conquistadores espagnols, récolté par les esclaves, avant d'être éclipsée par la production de la betterave sucrière d'Europe au XIXe siècle, la faillite des grandes familles l'isolant du reste de l'île pendant près de 200 ans.
D’autres ont alors fait fortune dans la culture du tabac et la manufacture de cigarettes.
Protégée par l'UNESCO depuis 1988, la vieille ville de Trinidad est peut-être le joyau architectural du pays, un attrait complété par les zones naturelles telles que les plages aux somptueux fonds marins, vers la Playa Ancón, ou le massif de l'Escambray qui la protège, même si elle a été maltraitée par les pirates aux XVIe et XVIIe siècles.
Ses riches maisons de maîtres aux teintes pastel et fenêtres grillagées, ainsi que ses palais endormis témoignent de cette grandeur révolue. (39)(40)(41)
La route bitumée y conduisant n'existe que depuis 1952.
Les rues y sont pavées d’un mélange de granit, gypse et autres cailloux, et mènent à la Plaza Mayor, centre névralgique de la ville.
Certains palais témoignent de la grandeur passée de l'aristocratie sucrière, aux noms qui perdurent, comme ceux de Becquer, Borrel, ou Iznaga, dont la propriété qui se visite à l’entrée de la ville, abrite une tour symbolique dominant toute la région... (42)
A côté de l'église, la place qui domine l’escalier abrite chaque soir le spectacle de moults groupes musicaux qui animent l’endroit jusqu'au bout de la nuit, tout orès de la classique Casa de la Trova, rencontrée dans chaque ville cubaine importante.
Dans le bar La Canchanchara, l’on boit la boisson du même nom, mélange d’eau-de-vie de canne, de jus de lime et de miel. (43)
CAMAGÜEY (347 000 habitants)
L'un des 7 premiers villages fondés à Cuba en 1528, cette cité au centre-ville colonial animé, a joué un rôle de premier plan dans l’élevage et l’industrie sucrière.
Elle est pourtant fameuse pour ses tinajones, grandes jattes en terre cuite allant jusqu’à 2 m de hauteur et 3 ou 4 m de circonférence. (50)(51)(52)
SIERRA MAESTRA
Chaîne montagneuse traversant le sud du pays et culminant à 1974 mètres au Pico Turquino, le point le plus haut du pays, elle abrite, grâce à son parc naturel à la végétation très dense, La Comandancia, base de Fidel Castro pendant la révolution. (53)(54)(55)
S'y trouvent un hôpital de campagne, le poste de commandement, le site de Radio Rebelde (radio clandestine pendant la révolution) et l’ancienne résidence de Castro.
BAYAMO (145 000 habitants)
Seconde des 7 villes fondées à Cuba par Diego Velazquez, entourée de belles plantations, c'est un centre agricole et commercial important dès le XVIe siècle, grâce à son éloignement de la côte qui lui assure la sécurité contre les pirates des mers antillaises. (56)(57)(58)
Bastion des insurgés pendant la Guerre des Dix Ans (1868-1878), elle est presque entièrement détruite lors de l'une des plus violentes batailles du conflit.
SANTIAGO (550 000 habitants)
Inscrit au Patrimoine mondial de l’humanité en 1997, la capitale de la culture afro-cubaine du pays vit au rythme de la musique et de la danse (59)(63)
Fondée en 1514 par Diego Velazquez, elle est le théâtre d'une bataille décisive dans la guerre hispano-américaine en 1898, qui mène Cuba vers l'indépendance, ce qui l'a faite qualifier par Fidel Castro de «berceau de la Révolution». 
Oubliée par la couronne espagnole au XVIIe siècle, c'est le commerce de contrebande avec des îles voisines, Jamaïque et Saint-Domingue, qui lui assure sa survivance. Mais cela l'expose également aux attaques des pirates des Caraïbes.
Réalisant alors l’importance géographique et économique de la ville, le gouvernement espagnol fait dresser une forteresse entre 1637, le Castillo del Morro, qui servira de prison lors de la dernière guerre d’indépendance contre l’Espagne. (60)(61)(62)
EL COBRE (4700 habitants)
C'est là que se trouve la Basilique Notre Dame del Cobre, sainte patronne de Cuba, l’un des lieux de pèlerinages les plus populaires de l’île.
L'unique basilique de l'île a reçu la visite de Jean-Paul II en 1998, un guérillero miniature y a été déposé par la mère de Fidel Castro pour le protéger dans la bataille contre Batista, et Hemingway y a son prix Nobel de littérature pour Le Vieil homme et la mer en 1954.
La légende raconte qu'au XVIIe siècle, trois pêcheurs trouvent la statue de Vierge de la Charité, portant l’Enfant Jésus sur le bras gauche et une croix en or dans sa main droite, dérivant en mer sur une planche de bois.
Lorsqu'ils l'en sortent, elle est complètement sèche et la mer se calme au même moment. Depuis la Vierge est adorée dans toute l'île.
GUANTANAMO (250 000 habitants)
A l'extrême Est du pays, c'est le centre d’une région riche en café et en sucre, fondé au début du XIXe siècle par des Français fuyant la rébellion des esclaves en Haïti.
Les États-Unis y maintiennent aujourd'hui encore une importante base navale très controversée. (65)(66)
BARACOA (82 000 habitants)
Première ville fondée par les conquistadors espagnols à Cuba en 1511, et première capitale, elle a le charme typique des petits ports perdus des Antilles, avec ses maisons de bois et ses demeures à colonnades. (67)(68)(69)
Bâtie au bord de la Baie de Miel, elle est surplombée par une chaîne de montagnes fermant l'accès à la ville par voie de terre et la coupant du monde des siècles durant jusqu'à la construction d'une route dans les années 1960, en faisant la plaque tournante de la contrebande avec les colonies françaises et anglaises.
Ralliée alors au XIXe siècle par des planteurs français fuyant la Révolution haïtienne, elle voit arriver la culture du café et du cacao. (70)(71)(72)
L'ESCLAVAGE CUBAIN (1511-1886)
Apparition
Le cycle de l’or perdure jusqu'en 1540, et l’effondrement démographique de la population indigène est tel que les grands propriétaires fonciers demandent au roi d’Espagne l’autorisation de déplacer vers Cuba des esclaves déjà déportés à Hispaniola (Haïti).
Très tôt donc, Indiens et Africains travaillent ensemble dans les mines, et en 1525 éclate la première révolte.
Le trafic négrier vers Cuba se stabilise alors, suivant la stagnation de l’économie cubaine.
Les esclaves ne sont plus envoyés dans les mines, mais vers les grands domaines de culture de sucre, tabac, indigo, café.
Les femmes, elles, sont domestiques ou prostituées par la bourgeoisie urbaine.
Esclavage et sucre
Cette spécialisation dans le sucre entre 1750 et 1850 provoque l'expansion de l’esclavage, faisant de Cuba le plus grand producteur au monde, et a de fortes conséquences sur la population puisqu'elle divise le prolétariat selon des critères raciaux qui compliquent le processus de constitution de la nation cubaine.
Le commerce du sucre a migré de l’Inde, principal producteur jusqu’au XVe siècle, vers la Méditerranée, sous l’impulsion des marchands perses, arabes, puis vénitiens surtout.
Ainsi l’esclavage réapparait en Europe, au début du XVe siècle dans les îles méditerranéennes (Chypre, Malte, Sicile).
Ce seront les grandes expéditions maritimes ibériques, dans le mouvement de la Reconquista, qui déplacent les plantations sucrières de la Méditerranée vers les îles
atlantiques, le Brésil et les Caraïbes, dans les possessions hollandaises, anglaises et françaises. Haïti est en 1789 le plus gros producteur mondial de sucre, relayé ensuite par Cuba, dont le sucre va structurer toute l’histoire moderne.
Essor
Il tient à trois facteurs extérieurs à l'île :
- la prise de La Havane par les Anglais, en 1762, pendant 10 mois, dont l'impact est énorme. La population d'esclaves augmente de 50 %, provoquant une injection soudaine de capital.
- la relation avec le marché des États-Unis dès 1776. Cuba bascule alors dans une dépendance économique.
- l’indépendance d’Haïti élimine le principal concurrent sucrier sur le marché mondial, provoquant à Cuba une expansion fulgurante de la production sucrière.
Déclin du système
L’esclavage est aboli à Cuba en 1886, mais la Cuba coloniale espagnole est déjà économiquement dépendante des États-Unis. Et, en 1880, l'apprentissage mis en place annonce le passage de l’esclavage au salariat.
Les grands planteurs essaient de parer à la crise en important des travailleurs de l’extérieur mais la crise du secteur sucrier est irréversible, et des latifundia modernes se constituent, qui passent sous contrôle nord-américains à partir des années 1880. Cuba est alors limité à planter puis extraire le sucre de la canne, expédiée ensuite aux États-Unis, où se développe l'industrie.
CIRCUIT CUBA par jcgrap

GÉOGRAPHIE
L’Egypte possède 995 kms de côtes méditerranéennes et 941 kms sur la Mer Rouge, le Golfe de Suez et le Golfe d'Aqaba. Ses voisins sont le Soudan au Sud, la Libye à l’Ouest et Israël à l’Est.
LES RÉGIONS NATURELLES
La vallée du Nil
Sur 4 % du territoire, étendue sur 1205 km (sur 6671 au total), de la frontière soudanaise (Haute Egypte) au Caire, où le fleuve se ramifie en plusieurs bras dans le Delta (Basse Egypte), elle fournit la quasi-totalité de la population et des terres arables, majoritairement sur la rive occidentale. (29) (100)
Le désert libyque
C’est, à l'Ouest, un ensemble de plateaux peu élevés (300 à 400 mètres), parsemé de 5 oasis.
Le désert arabique
Il couvre la région de l'Est de la vallée du Nil à la Mer Rouge.
La péninsule du Sinaï
Cernée par le golfe de Suez à l’Ouest et celui d’Aqaba à l’Est, elle s’avance dans la mer Rouge. Sa chaîne montagneuse s’élève à 2637 m pour le mont Sinaï et 2286 m pour le mont Moïse.
CLIMAT
Saison chaude de mai à septembre, et plus froide de novembre à mars.
Chaud et humide dans les déserts avec de grandes amplitudes thermiques, et parfois 300 mm de précipitations par an dans les montagnes du Sinaï, tempéré près de la Méditerranée, avec au plus 200 mm de pluie. Celles-ci diminuent en allant vers le sud. Le Caire ne reçoit que 25 mm de pluie par.
LE NIL
Genèse
Vers 10 000 av. J.-C, un cataclysme provoque des changements sur la planète. Le Nil prend son cours, descendant du cœur de l'Afrique avant de se diviser dans le delta pour aller se jeter dans la mer Méditerranée, puis, à partir de 8 000 av. J.-C, des populations d'Asie, Afrique centrale et Occident s'installent en Egypte.
Sources
Du Nil dépendent les récoltes et, par transition, la satisfaction des Dieux, la puissance de Pharaon, et donc la stabilité du pays. C’est la colonne vertébrale de l’Egypte.
De nombreuses sécheresses au cours de l’histoire poussent Djoser déjà à envoyer un prêtre pour remonter les sources du fleuve. Ce dernier, arrivé à Assouan, à la première cataracte, constate qu’un dieu ouvre et ferme les portes du fleuve. Djoser fait donc envoyer des offrandes et les vannes sont rouvertes l’année suivante. Depuis, l’on sait qu’il existe 6 cataractes, et au XIXe siècle on découvre les 2 sources principales du Nil, à savoir le Nil Blanc, alimenté par le lac Victoria, et le Nil Bleu venu d’Ethiopie.
Le Nil aujourd’hui
Il est abîmé par la construction du barrage d’Assouan en 1971, mais la destruction du barrage d’Assouan serait fatale à la ville du Caire. (81) (82) (86) (89) (92) (123) (124)
POPULATION
Urbaine
La diversité tient aux invasions successives en Egypte (Grecs, Juifs, Italiens, Arméniens, Arabes...). La haute bourgeoisie entraîne l’
Egypte vers l’Occident, la classe moyenne tente de trouver un juste milieu entre un modernisme conservateur et un traditionalisme intégriste, et les plus pauvres conservent généralement un esprit traditionaliste.
Rurale
L’ère nouvelle bouleverse des habitudes millénaires.
Les Bédouins
Ce sont quelque 50 tribus réparties sur la Péninsule arabique, le Sinaï, l’Etat d’Israël et la Jordanie.
A l’origine nomades du désert, ils sont confrontés au modernisme qui les accule au banc de la société, s’ils ne s’intègrent pas, en travaillant par exemple dans le tourisme. (59)
Les fellahs
Paysans de la vallée du Nil au rythme de vie calqué sur celui du fleuve, ils voient leurs modes de travail rendus caduques par l’asservissement du Nil et les techniques agricoles nouvelles. (108)
Les Nubiens
Habitant la zone entre Egypte et Afrique, ils ont assimilé les deux cultures, mais sont maintenant déracinés après avoir été replacés dans de nouveaux villages après l’engloutissement de leurs terres suite à la construction du barrage d’Assouan. (116) (119) (120)
HISTOIRE
PRÉHISTOIRE
Début du peuplement vers 100 000 av. J.-C., avec la désertification de la zone saharienne qui amène peu à peu les hommes vers la vallée, où ils chassent et pêchent.
Vers 8 000 av. J.-C, pendant le néolithique, une nouvelle période fluviale favorise la sédentarisation.
Vers 6500 av. J.-C, une nouvelle désertification du Sahara amène les habitants sur les bords du Nil. Ils s'ouvrent vers l'extérieur pour les matières premières (Nubie, Ouest des oasis, mer Rouge, Sinaï).
LES BALBUTIEMENTS DE L'ÉGYPTE ANCIENNE
La période thinite (3150 - 2700, Ière et IIe dynastie)
Un peuple constitue une vaste société en unissant la Basse Egypte du dieu Osiris (Delta du Nil) et la Haute Egypte du dieu Seth (Sud du Caire). Narmer fonde Memphis, sa capitale, et organise le pays. L'écriture se fixe et apparaissent calendrier, arithmétique et observation astronomique.
Coiffé de la double couronne, blanche pour la Basse et rouge pour la Haute Egypte, le pharaon (titre porté à partir du Ier millénaire av. J.-C., qui signifie à l’origine le palais.
L'AGE CLASSIQUE
L'Ancien Empire (2700 - 2140, IIIe à VIe dynastie)
Djoser lance un nouveau type architectural en faisant construire, à Saqqara, une superposition de mastabas par son architecte-prêtre Imhotep, qui introduit également la réforme osirienne.
Kheops, Képhren et Mykérinos sont les grands bâtisseurs de Guizeh.
La 1ère période intermédiaire (2140 - 2061, VIIe à Xe dynastie)
Période de changements climatiques, violence et famine, après la décadence du règne de Pépi Ier.
Le Moyen Empire (2061 - 1785, XIe à XIIIe dynastie)
La capitale est déplacée à Thèbes, le pays pacifié, les oasis du désert de Libye contrôlées et la Basse Nubie conquise.
Langue, littérature et enseignement sont à leur apogée, et le culte du dieu Amon à Karnak se fond avec celui de Rê.
La 2e période intermédiaire (1785 - 1560, XIVe à XVIIe dynastie)
Les Hyksos, implantés dans le Nord du pays, se fondent dans le moule égyptien tout en conservant leur culture, mais provoquent le morcellement du pays, tandis que, parallèlement, naît une nouvelle dynastie à Thèbes, qui anéantira la domination des Hyksos, et la reconquête de la Nubie achève la libération de l'Egypte.
Le Nouvel Empire (1560 - 1070, XVIIIe à XXe dynastie)
Temps de la réorganisation et de l’inauguration de la nécropole de la vallée des Rois.
Une femme, Hatchepsout (sous une barbe postiche), devient pharaon et pacifie les frontières. C'est l'âge d'or de l'Egypte qui atteint sa plus grande extension. Amenhotep III est l'un des plus grands constructeurs que le pays ait connu.
Vers 1380, son successeur prend le nom d'Akhenaton, cassant avec la tradition et instaurant le monothéisme. Il épouse sa cousine Néfertiti. Sa tentative religieuse, plus accessible au peuple par opposition au culte d’Amon, auquel l'on accède que par l'intermédiaire du clergé, suscite la colère.
Le retour à l'orthodoxie amonienne se fait sous Toutankhamon. Mort jeune, ce dernier est connu pour les trésors contenus dans sa tombe lors de sa découverte.
Suivent les Ramessides qui ne sont pas de sang royal mais d'une lignée de militaires. Ramsès II, arrivé vers 1279 av. J.-C règne pendant 67 ans. Son grand fait d'armes contre les Syriens, plutôt un accord de paix, est relaté sur de nombreux temples et sur papyrus.
Enterré dans la Vallée des Rois, il laisse le pays en proie aux difficultés successorales.
La 3e période intermédiaire (1070 - 664, XXIe à XXIVe dynastie)
La corruption a fait s’accroître le pouvoir des prêtres d'Amon et la correspondance entre famille divine et famille royale bat de l'aile. Le pays est donc partagé entre le prêtre, exprimant la volonté d'Amon, et le Pharaon, mandaté par ce dernier.
La basse époque (664 - 332, XXVe à XXXe dynastie)
Elle est dominée par l'Assyrie, puis les Perses et enfin les Grecs jusqu’à l'arrivée d'Alexandre le Grand en 332 av. J.-C. Des travaux sont entamés pour relier la Méditerranée à la mer Rouge.
L'ÈRE NOUVELLE
Domination gréco-romaine (332 av. J.-C - 395 ap. J.-C, XXXIe à XXXIIe dynastie)
Alexandre conquiert un pays épuisé économiquement, se fait sacrer pharaon et construit Alexandrie. A sa mort, son général favori prend la relève, dont le fils, Ptolémée, donnera son nom à la dernière dynastie égyptienne avec Alexandrie pour capitale. La dernière représentante des Ptoléméens est Cléopâtre VII, installée sur le trône d'Egypte par César, son amant, en 48 av. J.-C.
Les chrétiens sont persécutés jusqu'à ce que l'Egypte soit rattachée à Byzance devenue Constantinople.
Domination byzantine (395-639)
Après deux siècles de division des chrétiens d'Orient, l'Eglise d'Alexandrie prend le nom d'Eglise Copte.
Avènement de l'islam (639-1259)
L'Islam, accueilli en libérateur face aux Byzantins, impose la langue arabe et le droit coranique.
Les dynasties des Omeyyades (calife de Damas), des Abbassides (Bagdad), et des Fatimides (Tunisie) se succèdent avant que Saladin ne devienne maître de l’Egypte.
Les Mamelouks (1259-1517)
A partir de 1250, les Mamelouks, anciens esclaves turcs formés en tant qu’élite guerrière, prennent le pouvoir après avoir battu les croisés de Saint Louis devant le Caire.
L'empire ottoman (1517-1798)
Anarchie et épidémies favorisent l’annexion de l'Egypte par les Ottomans, avant qu'Ali Bey ne rejette la tutelle d'Istanbul. Mais les luttes internes l'empêcheront de créer un état indépendant.
Bonaparte en Egypte (1798-1801)
Gênant en France, il est envoyé en Egypte, pays important dans la lutte contre les Anglais, mais il est défait en 1800 par l'amiral Nelson. Cependant, grâce à une équipe de brillants savants, techniciens et artistes, l'expédition militaire se double d'une entreprise culturelle jetant les bases de l'égyptologie.
Plus tard, Champollion réussit à déchiffrer les hiéroglyphes.
BASES DE L'ÈRE MODERNE (1805-1952)
Méhémet Ali, turc d'origine albanaise, crée un état moderne et développe les échanges avec l'Europe.
Une ligne de chemin de fer est créée et le canal de Suez est construit par Ferdinand de Lesseps. Mais le progrès lié aux présences française et anglaise provoque des mouvements nationalistes, vite matés par l'Angleterre qui proclame son protectorat sur l'Egypte en 1914.
De là et jusqu'à la Révolution de 1952, son statut de monarchie constitutionnelle indépendante bloque le pays entre monarque, parti indépendantiste et Grande-Bretagne.
HISTOIRE RÉCENTE (1952-2011)
Nasser
En 1952, l'armée s'empare du pouvoir et destitue le roi Farouk. Nasser s'impose en 1954 et mène une politique de socialisme arabe, proche du marxisme. Nationalisant le canal de Suez en 1956 pour financer la construction du barrage d'Assouan, il transforme l’Egypte en symbole de la décolonisation.
En 1967, désirant le retrait des troupes onusiennes du Sinaï, il provoque la guerre des 6 jours. Défait, Israël occupe le Sinaï, il propose sa démission, refusée par le peuple, avant de s'éteindre en 1970.
Sadate
Sa politique, contraire à celle de Nasser, sort le pays de son isolement. La guerre du Kippour en 1973 redonne confiance à l'Egypte et rapproche les pays arabes. Sadate obtient, avec l’Israélien Begin, le prix Nobel de la paix en 1978 pour les accords de camp David, grâce auxquels le pays récupère le Sinaï en 1982. Mais ses efforts pour une paix durable avec Israël font exclure l'Egypte de la Ligue Arabe en 1979, et il est assassiné en 1981 par les Frères musulmans.
Moubarak
Il entame un processus de démocratisation et, en 1989, l'Egypte réintègre la Ligue Arabe. Dans les années 1990, les intégristes procèdent à des attentats terroristes portant atteinte à l'état égyptien.
Parallèlement, il joue un rôle dans le conflit du Golfe et s'imposant comme un leader modéré. Mais les manifestations de 2011 à travers le pays l'acculent au mur, le contraignant à démissionner.
RITES DANS L’ÉGYPTE ANTIQUE
CROYANCES
La religion égyptienne est a pour thème récurrent la résurrection, reposant sur le mythe d'Osiris, et sur la Création par le soleil. Au commencement du temps est Rê, le soleil, le créateur et son double Amon, Esprit de l'Univers. Quelques générations plus tard naissent Osiris, Isis, Seth et Nephtys. C'est le passage de l'Absolu à l'humanité avec Osiris.
Le mythe d’Osiris
Seth, incarnant le mal, offre à son frère Osiris un coffre dans lequel il l’enferme pour le jeter dans le Nil. Isis, sœur et femme d'Osiris, récupère le coffre et fait enterrer son époux. Mais Seth s'empare du cadavre et le découpe en morceaux qu'il éparpille dans toute l'Egypte. Isis en retrouve pourtant les restes et fait procéder aux onctions de vie par Anubis, dieu des morts, pour ressusciter Osiris. Alors f
écondée, Isis met au monde Horus, le dieu solaire. Osiris devient le dieu des morts et Anubis le patron des embaumeurs, accompagnant le mort pour la pesée de l'âme.
Le symbole de la barque sacrée
Selon cette croyance, le défunt rejoint Rê dans l'escorte de sa barque solaire pour son tour du monde. Le matin, au sortir des eaux, Rê monte dans la barque du jour qui navigue dans le ciel et change d'embarcation le soir venu pour traverser les régions du monde inférieur.
PRINCIPALES DIVINITÉS DU PANTHÉON ÉGYPTIEN
Amon
Roi des dieux représenté tenant un sceptre et portant sur la tête une couronne rehaussée de deux grandes plumes.
Anubis
Patron des embaumeurs à tête de chacal, il accompagne les morts dans l’au-delà et les assiste lors de leur comparution devant le tribunal d’Osiris.
Bastet
Fille de Rê, déesse de l’amour, protectrice de l’humanité, représentée par le chat, véritable Dieu vivant, qui protège les récoltes des rats et des souris.
Hathor
Femme aux cornes de bovin ou sous forme de vache nourricière, déesse de la naissance, la joie et la musique.
Horus
Dieu-faucon associé au soleil, fils d’Isis et Osiris. Premier pharaon mythique d’Egypte auquel sont assimilés les souverains égyptiens. L’oeil d’Horus est l’oeil lunaire, symbole de santé, amulette très populaire dans l’Egypte ancienne.
Isis
Epouse d’Osiris,représentée avec une coiffure en forme de siège.
Khepri
Démiurge scarabée, il représente le soleil levant.
Nephtys
Sœur d’Isis et Osiris, elle participe également aux rites entourant la protection et la résurrection de son frère Osiris.
Osiris
Dieu du royaume des morts, qui préside au jugement des âmes. Il est montré sous la forme d’un homme enveloppé dans un linceul et coiffé d’un bonnet paré de deux plumes.
Rê
Dieu solaire, il se lia à Horus dont il prit l’apparence de faucon, et fut ensuite assimilé à Amon.
Seth
Frère maudit d’Osiris, dieu du chaos et du désert stérile à tête d’animal fantastique, mi-lévrier, mi-âne. Assimilé plus tard au dieu phénicien Baal, maître de la foudre et de l’orage, par les Hyksos.
LES CONSTRUCTIONS FUNÉRAIRES
Cadre de vie de l'au-delà, la tombe est un lieu de culte dans lequel est assuré le renouvellement des provisions nécessaires au défunt dans sa vie future, reliées plus tard par les peintures murales et les formules magiques du Livre des Morts.
Les mastabas
Réservés initialement au roi, les hauts fonctionnaires se les approprient ensuite. Etablis à ras du sol, ils sont assimilés à la butte de terre initiale, symbole de l'apparition de vie dans le chaos.
Les pyramides
A Saqqara, Imhotep fait évoluer la forme à la pyramide pour Djoser, y englobant le mastaba. Cette forme permet au roi défunt de rejoindre le dieu soleil Rê en empruntant l'escalier.
La plus parfaite, où l’on a cependant retrouvé ni momie, ni texte ou ornement mural, est celle de Kheops, de 230 m de côté, chaque côté étant orienté vers un point cardinal. Le texte des pyramides assure le passage du défunt dans l’au-delà. (6) (9) (21)
Les hypogées
Creusés dans le roc, les plus remarquables sont ceux de la Vallée des Rois et de la Vallée des Reines où il est impossible de construire des pyramides. Le relief des montagnes y assume d'ailleurs la valeur symbolique des pyramides du passé. Les tombes civiles, disposées à proximité de celle du roi, garantissent ainsi l'intégration au monde divin.
LA MOMIFICATION
Pour assurer l'éternité de la vie, il faut conserver le corps afin d'assurer une existence à leurs âmes dans l'au-delà. Un savoir-faire se développe donc pendant 3 000 ans jusqu'à s'éteindre au IIe siècle apr. JC., une pratique qui nous livre aujourd'hui de nombreuses informations sur l'Egypte Antique.
Quatre étapes de la momification
Après avoir lavé le corps, on procède aux 4 étapes de la momification pendant 70 jours, à l’instar de Sirius, étoile qui disparaît par cycle de 70 jours avant d’annoncer le début des crues du Nil.
L’excérébration : on extrait le cerveau et dissout le reste, puis on coule une résine dans le crâne vidé.
L’éviscération : les organes (foie, poumons, intestins, estomac) sont sortis, nettoyés et replacés en paquets dans le corps, ou disposés dans 4 canopes, vases sacrés déposés dans la tombe.
Le cœur, lui, est remis à sa place (ou remplacé par un scarabée).
La deshydratation : le corps est trempé dans un bain de natron (sel) qui attire l'humidité des tissus, puis exposé pendant 30 à 40 jours avant d'être lavé et oint avec diverses huiles.
Le bandelettage : des amulettes sont placées sur le corps rempli de tampons de lin, puis on recoud la plaie recouverte ensuite d'une plaque de cire ou de métal, représentant l'œil magique d'Horus. Vient alors la pose des bandelettes en lin, avant d’entourer la momie d'un suaire et de la placer dans un sarcophage. Un masque en or recouvre le visage des grands personnages.
Pour les gens peu fortunés, le procédé est simplifié mais préserve la foi dans le paradis d'Osiris.
L'ÉCRITURE

LES HIÉROGLYPHES
Champollion (1790-1832)
Jean-François Champollion, précoce, apprend seul à lire le français. Il se familiarise alors avec d’autres idiomes, latin, grec, hébreu, arabe, chaldéen, syrien, sanscrit, persan, chinois et copte, et déduit, en 1821, à partir d’une copie de la pierre de Rosette, les principes des hiéroglyphes.
Les scribes
Détenteurs de la science et des lettres, les meilleurs d’entre eux servent l’administration de Pharaon, position sociale enviée car elle permet d’échapper aux travaux des champs.
VIE QUOTIDIENNE
DES ANCIENS ÉGYPTIENS
LE MARIAGE
Aucun hiéroglyphe ne forme le mot mariage, seul fonder une famille existe. Les parents peuvent s’interposer mais n’ont aucun droit. La jeune femme conserve son nom, nécessaire pour le passage dans l’au-delà. La moyenne d’entrée dans l’union est de 18 ans pour les filles, 20 pour les garçons.
LA FEMME
Egale de l’homme devant la justice, elle dispose de son autonomie matérielle et distribue son héritage.
LES ENFANTS
Adulés, leur arrivée est souvent accompagnée d’un médecin-magicien. La femme s’enduit le ventre d’une huile protectrice et, pendant l’accouchement, un couteau magique en ivoire décoré de bons génies est placé sur son ventre. La moyenne est de 4 à 6 enfants par famille.
Un enfant handicapé est rejeté car abandonné des dieux. Un enfant mort-né n’est pas inhumé car n’ayant pas respiré l’air terrestre, il n’a besoin d’aucune aide pour son passage dans l’au-delà.
LE DIVORCE
A l’amiable, en cas de consentement mutuel, ou devant le tribunal. L’impuissance et l’adultère en sont les principales causes. Le second est sévèrement puni par 100 coups de bâton et l’émasculation pour l’homme, la mort pour la femme. Mais généralement, une pension à vie et le legs d’un bien dédommagent l’époux trahi.
LA NOURRITURE
Les céréales (blé, orge, avoine, maïs), abondantes, sont la base de l’alimentation ; les fruits (dattes, raisin, pour le vin, figues...) sont variés ; les légumes (laitue, qui rend les hommes amoureux et les femmes fécondes, lentilles, concombres, oignons...) occupent une place importante dans l’alimentation du pauvre ; la viande (bovins, canard, poisson séché…) est consommée par les riches.
ÉCONOMIE
AGRICULTURE
Canne à sucre, maïs, riz, blé, coton et une grande variété de légumes et de fruits, sont les principales cultures ; également l’élevage de bovins, moutons, chèvres. Pourtant le pays importe presque la moitié de ses besoins alimentaires.
RESSOURCES NATURELLES
Pétrole, gaz naturel, minerai de fer, phosphates, manganèse, pierre à chaux, gypse, talc, plomb, zinc.
INDUSTRIES ET SERVICES
Pétrole, industrie textile, chimique et agroalimentaire, tourisme, ciment, métaux. Le secteur pétrolier, important pour l’économie, a entraîné des dommages importants sur les récifs de corail.
IMPORTATIONS / EXPORTATIONS
Industrie mécanique et équipements, denrées alimentaires, produits dérivés du bois, biens durables et d'équipement sont importés; pétrole et dérivés, coton, textile, produits chimiques sont exportés.
LE SECTEUR TOURISTIQUE
Il a été affecté par les violences fondamentalistes et la guerre du Golfe, mais, pour l'aide apportée par l'Égypte pendant la crise du Golfe, les États-Unis ont effacé une dette de 7 milliards de dollars.
RELIGION
L’islam s’est imposé, et avec lui l’arabe en tant que langue des textes officiels. Rapidement les textes religieux sont récités en copte et commentés en arabe.
La communauté juive a été arabisée avant de disparaitre en 1956.
Le christianisme a été introduit par Saint Marc en Egypte à la fin du IIe siècle. L’Eglise d’Alexandrie prend le nom d’Eglise Copte (avec 12 millions de sujets à l’arrivée des musulman
s). Cependant, les chrétiens subissent la domination de Byzance, relayée ensuite par celle des musulmans, et les mesures discriminatoires réduisent le nombre des coptes à 2 millions au XIIIe siècle.
Bonaparte puis Méhémet Ali rétablissent leurs droits, et ils deviennent la plus forte minorité chrétienne de l’Orient arabe, quelque 10 % de la population égyptienne aujourd’hui. Le copte, devenu langue liturgique, est ainsi sauvé de l’oubli et se maintient grâce à la tradition monastique. Cependant, ils sont parfois l’objet de violence et les hautes fonctions dans l’administration leur sont rarement accordées.
SANTÉ
L’Egypte compte d’excellents médecins mais les équipements médicaux y sont insuffisants, en particulier dans les zones rurales, à part dans les hôpitaux privés où les soins coûtent chers.
Des volontaires de l’ONU travaillent dans des cliniques itinérantes.
FÊTES
Ramadan : pendant le 9e mois lunaire. Dans le calendrier grégorien, il débute 10 jours plus tôt chaque année.
Aid el-Fitr : il dure trois jours et marque la fin du ramadan.
Aid el-Adha : fête importante dans l'islam, deux mois et dix jours après la fin du Ramadan, qui commémore le sacrifice d'Abraham.
Mouled el-Nabi : anniversaire de la naissance du Prophète
Noël copte : 7 janvier
Pâque copte : date variable
Révolution de 1952 : 23 juillet. Elle a marqué le passage de l'Égypte d'une monarchie à une République indépendante.
Attaque de 1973 : 6 octobre. Elle a permis de reprendre la péninsule du Sinaï à Israël.
TOURISME
LE CAIRE
Ville aux 1000 minarets et 100 coupoles, elle est la plus grande ville islamique du monde et la plus peuplée d’Afrique, avec quelque 22 millions d’habitants. (2) (13)
Histoire
En 525 av. JC., les Perses construisent une petite forteresse sur l’actuel site du Caire mais c’est avec l’arrivée de l’islam que la ville est fondée sous le nom de Fostat.
En 909, les Fatimides de Tunisie fondent une autre capitale juste à côté, du nom d’Al Kahira (la victorieuse), transformée en Cairo par les marchands italiens, puis Le Caire s’enjolive au rythme des dirigeants. En 1517, elle devient capitale provinciale de l’empire Ottoman et, avec l’arrivée des Français en 1798, entre dans la modernité.
Les pyramides
Situées dans le quartier de Guizeh, elles sont construites sur un angle de 52°. A l’intérieur, les couloirs sont orientés vers les étoiles qui ne disparaissent jamais de l’horizon, gage d’immortalité. Le premier mène à différentes galeries, jusqu’à une antichambre qui permet d’accéder à la chambre principale.
Celle de Khéops mesure à l’origine 137 mètres de haut (10 ont été tronqués) et nécessite 2 300 000 blocs de calcaire de 2,5 tonnes acheminés par des traîneaux roulant sur des rondins de bois. Un système de monte-charge élève alors les pierres à la première assise des degrés, de là à l’assise suivante etc...20 ans durant. Le sarcophage est pillé dès l’Ancien Empire. (4) (5)
Képhren succède à son père et mène la même politique d’oppression du peuple que lui. Le sphinx, son portrait qui garde les pyramides, a perdu son nez lors d’exercices de tir d’un émir turc. (8)
Mykérinos, le fils du précédent, met fin à la tyrannie et renvoie le peuple à ses travaux habituels.
Le centre du Caire
C’est la place Al Tarhir où se trouve le musée égyptien créé en 1858, qui rassemble colonnes, sarcophages, armes, bijoux, mobilier de tombes. (12)
Khan el Khalili (22) (23)
Grand bazar du Caire, il doit son nom à un grand khan (caravansérail) construit en 1380. Le Café Fichawy est, au début du siècle, le lieu de rencontre des intellectuels, artistes et écrivains cairotes.
La citadelle de Saladin (10) (11)
Imposante forteresse construite au XIIe siècle et dominée par la mosquée en albâtre de Mohamed Ali, de style turc, achevée en 1857.
La cité des morts
Le manque de logements des années 1960 pousse les nouveaux arrivants à squatter les cimetières où ils créent une véritable ville qui compte aujourd’hui 500 000 habitants.
Les chiffonniers
Les chiffonniers, coptes de Nubie appelés zabalyns, ramassent les déchets recyclables et récupèrent certains objets qu’ils revendent à des ateliers où ils sont transformés. Mal considérés par les musulmans, ils ont vu leur qualité de vie s’améliorer grâce à Soeur Emmanuelle qui a fait construire des écoles. Soeur Sarah poursuit le travail.
La mosquée el Azhar
Construite en 971, elle a à l’origine la double fonction de la prière et de l’enseignement. Aujourd’hui, les cours sont à l’université El Azhar, qui jouxte la mosquée.
Les quartiers coptes
Ce sont Abbassiya et le Vieux Caire, l’ancienne Babylone. La Cathédrale d’Abbassiya est un état à l’intérieur de l’état.
Saqqarah
Vaste Nécropole proche de Memphis, où les premiers rois font bâtir leur mastaba.
Le sol est toujours fouillé et l’on y découvre de nombreux tombeaux jusqu'alors méconnus.
Memphis
Centre administratif, religieux et culturel sous l'Ancien Empire avec, pour sanctuaire principal, le Temple de Ptah. (17) (18) (19)
LES OASIS DU DESERT LIBYQUE (Siwa, Baharieh, Farafreh, Dakhleh et Khargeh) Photo 26
A l’origine utilisées comme forteresses contre les attaques des tribus du désert, elles permettent aux Egyptiens de surveiller les frontières et contrôler les richesses des chemins caravaniers. Elles sont aujourd’hui reliées par des routes asphaltées. (24) (25)
L’âne, bête de somme depuis l’époque pharaonique, est progressivement remplacé dans les caravanes par le dromadaire, introduit en 525 av. JC. en Egypte.
Baharieh (20 000 habitants, 95 kms de long, 40 de large)
La plus proche de la capitale, 360 kms, mais la moins touchée par le modernisme, malgré une importante mine de fer et des sources chaudes. Les champs de canne à sucre y sont importants et l’agriculture représente 20% du territoire (palmiers, olives, fruits).
En 1999, on y découvre 200 momies de l’époque gréco-romaine.
Farafreh (10 000 habitants, 125 kms de long, 56 de large)
La plus petite des oasis, avec un village seulement. A 30 kms au Nord, le désert blanc, à l’aspect lunaire, consiste en blocs de calcaire érodés par le vent.
Dahleh (150 000 habitants, 24 kms de long, 45 de large)
Elle compte 16 villes ou villages, avec plus de 700 sources, étangs et lacs, dont l’eau doit être désalinisée. Ses habitants y sont un mélange de Berbères et de Bédouins, qui exportent dattes, mangues, abricots, citrons et légumes.
El-Qasr
Cité fortifiée au Moyen-âge sur les fondations d’un village romain, c’est l’un des plus anciens sites habités de l’oasis, avec une mosquée aux briques en relief. (31) (33)
Balat
Deuxième localité de l’oasis (la troisième est Mout), elle abrite la nécropole du lieu-dit Qila el-Dabba, où se trouve 5 mastabas dont celui d’un contemporain de Pépi II.
Khargeh (70 000 habitants, 185 kms de long et 30 de large)
Elle contient la majeure partie des vestiges archéologiques. Dans l’Antiquité, des sources d’eau importantes rendent la terre fertile, et elle voit les stations caravanières se développer ainsi que la vie culturelle et l’économie. Cette prospérité prend fin au Moyen-âge avec la détérioration de l’eau. La population, nubiens et Egyptiens d’origine berbère, vit des dattes, de fruits, légumes, riz et céréales et, nouvellement, l’exploitation des phosphates. (38) (39)
En raison du terrorisme égyptien des années 1990, les déplacements des touristes se font en convois encadrés par la police.
Temple d’ibis
Le seul d’époque perse aussi vaste, construit par Darius I (521-486 av. J.-C), il dispose d’une allée de sphinx, 4 portes monumentales et un kiosque à huit colonnes, et est dédié à Amon d’Hibis.
Al Bagavat
Le christianisme, se propageant rapidement, entraîne la disparition de la structure sociale pharaonique, mais la pratique du culte des morts perdure, comme en témoignent les 120 chapelles nestoriennes, élevées entre les IVe et VIIe siècles dans la tradition copte. Les opposants au pouvoir sont relégués dans les oasis, comme Nestorius, exilé là en 431. (35) (36) (37)
THÈBES
Foyer spirituel, intellectuel et économique de l’Egypte ancienne, par deux fois capitale du pays, elle réunit la Basse et la Haute Egypte au Nouvel Empire. Sa position centrale permet de contrôler l’ensemble du territoire. Prise entre les sommets des déserts libyques et arabiques, Thèbes est divisée par le Nil.
Thèbes orientale (140 000 habitants)
Les pharaons du Nouvel Empire y bâtissent des temples à la gloire du dieu Amon Rê. La cité s’articule autour des temples de Karnak et de Louxor, reliés par une allée bordée de sphinx au corps de lions (gardiens par excellence), et à tête de béliers (symbole de puissance physique).
Les temples de Karnak
Seuls y pénètrent les serviteurs du dieu lors de cérémonies mystérieuses car c’est là que choses et êtres furent appelées à l’existence, lorsque furent cumulées la puissance du démiurge (Amon) et du dieu solaire (Rê). (40) (42) (43) (45) (49)
Le lac sacré est destiné aux ablutions des prêtres qui, approchant le dieu constamment, ont l’obsession de la propreté. Ils portent des vêtements de lin fraîchement blanchis, sont circoncis, se rasent le corps tous les trois jours et se lavent deux fois chaque jour et chaque nuit.
Le temple de Louxor
Construit au Nouvel Empire par Aménophis III, Amon Rê y réside lors de la fête d’Opet (pour la fertilité de la terre), entouré par les prêtres, ses serviteurs. Les épisodes de cette fête de 24 jours sont représentés sur les murs du temple. Le pharaon doit y assister au moins la première année de son règne pour confirmer qu’il est bien le fils d’Amon Rê. (52)(53) (55) (58) (60)
Des deux obélisques (symbole de Rê, où le soleil se pose dès son lever) à l’entrée du temple, l’une est offerte à la France au XIXe siècle, qui trône aujourd’hui sur la place de la Concorde à Paris. (61)
Thèbes occidentale
La nécropole, les temples funéraires et les ateliers de momification s’y trouvent. Pour les anciens Egyptiens, naviguer vers l’ouest, c’est gagner le chemin du royaume d’Osiris, le couchant avant la traversée du monde souterrain pour renaître au matin. Ces deux aspects de la renaissance, osirienne et solaire, sont présents dans tous les édifices funéraires.
La vallée des Rois (64)
Les tombeaux des souverains et hauts dignitaires de la XVIIIe à la XXe dynastie sont creusés dans le roc et comprennent un escalier d’accès, muré après l’inhumation, un couloir descendant et une galerie intérieure. Au bout, la chambre funéraire avec le sarcophage abrite la momie royale.
En 1922, un archéologue entêté du fait d'un manque de règne entre Akhenaton et Horemheb, découvre la chambre funéraire de Toutankhamon, avec un sarcophage enfermé dans trois coffres.
Deir el-Bahari
Temples de Montouhotep Ier, Hatchepsout, dont les bas-reliefs relatent l’expédition commerciale menée au pays de Pount (Somalie), et Thoutmosis III. (65) (67)
Ramesseum
Temple funéraire de Ramsès II où l’on retrouve des représentations du fait d’arme du souverain : la bataille de Qadesh (en Syrie) contre les Hittites, au début de son règne.
La vallée des Reines
On n’y visite que quelques unes des 80 tombes de ce site où reposent les princes et princesses à partir de la XVIIIe dynastie, et reines à partir de la XIXe dynastie.
Les colosses de Memnon (Aménophis III) (70)
Ces deux grandes statues en quartzite sont les restes du temple d’Aménophis III, représenté siégeant sur son trône où figure le symbole d’union de la Haute et de la Basse Egypte.
ESNA (35 000 habitants)
Aujourd’hui centre copte, le lieu prend de l’importance au Moyen-âge en tant qu’étape caravanière. Son temple dédié à Khnoum, le dieu de la ville à tête de bélier, qui créé les êtres sur son tour de potier, date de la dynastie des Ptolémée et des Romains.
EDFOU (40 000 habitants)
Son temple d’Horus, 237 av. J.-C, sous Ptolémée III, est un des mieux conservés d’Egypte. Horus, fils d’Isis et Osiris, faucon protecteur de l’image divine et la fonction royale, incarne le bien. C’est à Edfou qu’il aurait livré son plus grand combat contre son oncle Seth. Dans l’Antiquité, son épouse, Hathor, lui rend visite une fois par an sur une barque qui remonte le Nil et elle reste 15 jours. Fête de la “Bonne Réunion”, elle garantit le renouvellement annuel de la royauté d’Horus. (77) (78) (80)
LE TEMPLE D'HOREMHEB
Horemheb, officier de l'armée débute en tant que scribe royal et développe son influence politique sous le règne de Toutankhamon, l’aidant dans sa réforme, en devenant secrétaire particulier.
Nommé ensuite à un rôle apparenté à celui de ministre des affaires étrangères, il devient l'homme providentiel qui préserve le pays des menaces externes et des troubles internes. Il se fait édifier à Saqqarah un monument funéraire qui retrace son prestige.
À la mort de Toutankhamon, la couronne est ceinte par Aÿ, autre ministre influent, qui ne règne que 4 ans, et Horemheb, évinçant le fils d’Aÿ, monte sur le trône d'Horus. La durée de son règne est estimée à 27 ans (aux alentours de -1323 à -1295) mais certains documents suggèrent près de 60 ans.
Il agit en tant que restaurateur de l'ordre, développant la politique de restauration de Toutankhamon.
Sous son règne, Thèbes redevient le centre religieux du pays.
Au Gebel Silsileh, Horemheb fait creuser un temple lié aux cérémonies annuelles de la crue du Nil
Dans les niches sont sculptées des représentations du roi et des divinités adorées ici, et sur les murs des reliefs retracent les événements de son règne, comme les expéditions en Nubie.
Après un premier mariage, il épouse à son couronnement Moutnedjemet, probablement sœur de Néfertiti, puis, sans fils légitime, il nomme comme successeur son homme de confiance le général Pa-Ramassou, auquel, selon certains égyptologues, il aurait donné sa fille comme épouse. Celui sera couronné plus tard sous le nom Ramsès Ier, faisant ainsi passer le pouvoir des pharaons «civils» aux pharaons «militaires». (90) (91))
KÔM OMBO
Ville située à 165 km au Sud de Louxor, dans l'ancienne Noubit.
Le temple de Sobek et Haroëris (94)
Un double mur d'enceinte et un dédoublement du sanctuaire des portes et des passages indiquent la bipolarité de ce complexe, fait inhabituel. La partie Nord est dédiée à Haroëris, à la tête de faucon couronné du disque solaire et de la couronne blanche de Haute-Egypte, la partie Sud à Sobek, le dieu crocodile. Ce dernier, dieu des eaux, est adoré aux bords du Nil, et son mariage avec Hathor l'associe à la fertilité. La présence de crocodiles dans le Nil à l’époque annonçait pour les Égyptiens l'arrivée d'une crue propice aux récoltes. Ainsi, le crocodile, sacré, était-il parfois embaumé. Ceci dit, d'autres régions, par exemple à l'île d'Éléphantine, il était au menu des habitants. (95) (96)
Haroëris est probablement lié au dieu Hor, Horus en grec, donc caractérisé par le soleil et la lune. Par son effet bénéfique, les deux astres ne se croisent pas. Dans les textes, il est le fils de Rê, donc frère de Seth, contre lequel il sort vainqueur. C'est le bien contre le mal, et il est adoré en tant que Hor Noubti, «Horus vainqueur de Seth». (97)
Le marché aux chameaux de Darau
La région est la limite linguistique entre arabe et nubien, et est encore un point de rencontre, à la sortie du désert et donc d’un chemin caravanier, où les bêtes sont négociées, chameaux mais également chèvres, vaches, ânes… (99) (102) (103) (105) (107)
ASSOUAN (250 000 habitants)
Cité la plus méridionale d'Égypte, elle est longtemps l'une des principales entrées et sorties de l'Afrique noire, sur la route des caravanes, d’où son nom, commerce, en ancien égyptien. (126)
Barrages
Après le premier construit par les Britanniques en 1908, qui produit encore de l’énergie hydroélectrique, Nasser initie le haut barrage, inauguré par le président Sadate en 1971. Ce barrage créé le lac Nasser, qui stoppe les crues dévastatrices, améliore la navigation, et permet la production d’électricité et l’exploitation de nouvelles terres. (135)
Pourtant il noie également de nombreux temples nubiens et se révèle peu favorable au maintien écologique, car une fois les crues canalisées, le fleuve continue à charrier le limon qui se dépose dans le lac au lieu d’enrichir les berges du Nil. De plus, la profusion d'eau amène les agriculteurs à prêter moins attention aux quantités qu'ils utilisent.
Philæ
Ancienne île dont les temples menacés d'engloutissement définitif par la mise en service du haut barrage en 1970 ont été déplacés et remontés entre 1974 et 1976 sur l'île voisine d'Aguilkia.
Le temple d’Isis est l’un des mieux conservés de l'Égypte antique. Sa construction, entamée par Nectanébo I, l'un des derniers pharaons égyptiens, est terminée par les Romains, et au VIe siècle, il est transformé en église copte sous l’empereur Justinien. (129) (130) (131)
L'obélisque inachevé
Vestige de l’exploitation des carrières de granit de l’Antiquité. (136)
LE DÉSERT ARABIQUE
Région minière exploitée depuis l’Antiquité, il abrite les carrières dont on extrait les matériaux de construction de nombreux édifices antiques. Durant notre ère, il est le refuge d’esprits en quête de communication avec Dieu dans le désert. Dans les parties les plus hautes (2187 m au maximum), quelques pluies favorisent la croissance d’une steppe qui permet un élevage nomade. (138)
Marsa Alam
Ville de 6 000 habitants qui fut un village de pêcheurs à la jonction entre mer Rouge et Edfou dans la vallée du Nil. C’est aujourd’hui une petite ville à vocation exclusivement touristique. (139)
LE SINAI
Point de jonction entre Afrique et Asie, riche en minerais de cuivre et de turquoise, il s’étend dans la mer Rouge, entre le golfe de Suez et le golfe d’Aqaba, reliés par le canal de Suez depuis 1869. (142)
Dahab
Le nom de la mer Rouge, aux superbes fonds marins, viendrait des reflets roses et pourpres du levant sur la mer, ou en raison d’une algue bleue qui vire au rouge en fin de vie.
Dahab, or, a été baptisé ainsi par les Bédouins en raison de la couleur de ses plages de sable fin.
Les routards s’y sont installés à l’époque de l’occupation israélienne. (143) (144)
Le monastère Sainte Catherine (1570 m)
Au pied du mont Moïse (2300 m), il est fondé par l’empereur Justinien en 527 pour protéger les moines réfugiés des pillards, à l’endroit où Moïse a vu le buisson ardent. Au VIIIe siècle, les moines retrouvent le corps de la martyre alexandrine Sainte Catherine (tuée en 395), transporté par les anges sur le mont Sainte Catherine (2637 m), d’où le nom de la basilique où le corps est conservé.
A l’origine dépendants de Rome, ils s’en séparent en 1439 et suivent l’Eglise orthodoxe. (146) (147)

Après avoir pensé changer de pays après mon tour professionnel, j'opte finalement pour... le Pérou.
L'Amazonie encore une fois mais cette fois, la zone centrale, plus méconnue. L'idée est d'aller rendre visite à des Indiens ashaninka.
En fouinant, j'ai obtenu le nom de la ville : Satipo.
Reste à m'y rendre. De là, je devrais être à même de pouvoir organiser mon trajet d'une manière moins floue.
ZONE CENTRALE

09.11.2010 - 19 h 00 - Je quitte mon groupe à l'aéroport de Lima et gagne la station de bus qui m'emmène à Satipo, à l'Est de la capitale, dans la selva centrale. Je suis en pleine heure de pointe et le trajet dure mais j'atteins mon but. Ce sont alors 11 bonnes heures de voyage, contre les 10 annoncées mais il faut bien achalander la marchandise commandée par les différentes "tiendas" dans les communes précédant Satipo.
Me voilà arrivé à destination quand-même, satisfait car j'ignorais encore avant mon départ pour le Pérou il y a à peine 3 semaines que j'allais me rendre ici, et hier encore je ne savais pas exactement comment procéder. De nombreux Péruviens, à ma question sur le mode de transport pour Satipo, me répondaient : "où est-ce?", voire "dans quel pays cela se trouve-t-il?"

10.11 - Après un petit-déjeuner composé d'un café et d'un plat de nouilles, je prends mes quartiers à l'hôtel Majestic. De majestueux, il n'a que le nom, mais la chambre est propre et spacieuse même si elle me rappelle le bloc de l'Est où les voitures de marque Seat, rapport à la simplicité. J'en ai l'habitude donc cela me convient, de plus la terrasse commune offre une vue sur la Place d'Armes de la
ville (1).
Satipo, 15700 habitants, correspond à l'image que je supposais, une ville classique amazonienne, avec toute son activité en tant que commune centrale pour nombre de minorités environnantes.
Au bureau touristique juste à côté de mon palace, je me rencarde sur la région auprès de Raoul qui y a pris ses fonctions voici 2 jours. Il connaît cependant bien son affaire apparemment, et je retourne le voir en fin d'après-midi, accompagné d'une bière grand format. Je dispose maintenant de quelques connaissances sur les formalités (permis à obtenir, prises de contact avec les chefs de village...) propres à la zone et les endroits qui peuvent m'intéresser.
11.11 - Aujourd'hui pas de défilé ici, le son de trompette et grosse caisse que l'on entend sont les répétitions pour Noël apparemment..."Douce nuit, sainte nuit" et autres Georges Michael !
Je commence la matinée par l'obtention d'un des 2 permis qui devraient me faciliter l'arrivée dans les villages du rio Tambo. Pour cela, la Centrale indigène de Satipo. J'y suis un peu tôt, le directeur est là mais pas la secrétaire. Il me demande de repasser à 9 h. Ensuite, on me renvoie au centre pour faire une photocopie du passeport (j'en fait tout de suite quelques unes). Pour terminer, l'employé qui tape mon permis à l'ordinateur (à la manière policière...avec 2 doigts, en cherchant les lettres sur le clavier) oublie un chiffre de mon passeport. Pas de problème m'assure-t-il ! S'il le dit !!! On se sentirait presque à la maison
Je gagne ensuite Paratushiali, à une dizaine de kilomètres au sud de Satipo. Un bled qui ressemble à un village du far-west, avec son allée centrale, bordée de boutiques, habitations et saloons...sauf que là 2, 3 bâtisses et voilà. Les autres doivent être dispersées comme celle où je me rends.
Don Romulo est connu, même le taxi m'a indiqué le chemin à suivre. Sinon, j'aurais pu douter! Une fois l'église passée, un rio à franchir, 2 ou 3 habitations paysannes et sinon juste une sente de jungle pendant une petite demi-heure. Mais à un croisement effectivement une flèche pour la pension de Don Romulo.
En fait son fils, lui s'en est allé vers les étoiles en 2006...sa tombe se trouve à l'entrée de la propriété, en tout quelque 17 hectares, où sont cultivés mangues, ananas, café et cacao. Côté touristes, il n'y pas foule, les principaux étant des bourgeois de Lima qui viennent de temps à autre se ressourcer. Le confort est sommaire mais la place bien aménagée, un classique en jungle, avec une sorte de véranda centrale, la chambre des propriétaires des lieux attenante et autour, quelques bungalows. Une piscine s'y trouve également pour les allergiques au rio, naturel (11).
A 20 minutes de là, la catarata de Trizilla, une cataracte composée de 5 chutes d'eau, invite à la détente...mais il faut transpirer quelque peu pour qui veut gagner la dernière. Et attention à la glissade! (12)
Tout près de Paratushiali, mon hôte me montre une pétroglyphe, pierre antique où de lointains ancêtres ont laissé quelques gravures (13).
12.11 - Après avoir parlé avec Raoul pour qu'il contacte quelque autorité à Puerto Prado, sur le chemin du rio Tambo, pour l'obtention de mon second permis pour les villages indigènes (car demain, c'est samedi), je prends la route de San Martin de Pangoa, à 40 minutes au sud-est.
C'est là, à 11 km dans les hauteurs que se trouve la chute d'Imperitaja, que l'on gagne en voiture touristique ou mieux, en moto-taxi, alternative prisée au classique moto-carro (rickshaw) pour les chemins difficiles (21) (17).
A l'entour, c'est un champ de café après l'autre, dont la population ne voit que la première "mouture" puisqu'il est exporté vers l'Europe ou les Etats-Unis (18).
Ici, également quelques spécimens de papillons inconnus au bataillon dont un qui révèle son bleu, son ro uge, son noir avec parcimonie, excitant la curiosité du spectateur que je suis (19) (20).
Au retour, nous croisons deu x voitures transportant des touristes, là encore des citadins péruviens qui viennent en jungle.
De l'autre côté de Pangoa se trouve un chapelet de villages indigènes, "natifs" comme on les appelle ici. Je décide donc de rejoindre l'un d'eux, San Antonio de Sonomoro, en collectivo, le taxi en commun (22).
Je me fais donc déposer sur la place centrale et m'avance dans la rue en effectuant quelques prises de vue. Comme souvent, le courant passe tout d'abord avec les mômes, en l'occurrence quelques "chtiotes" qui jouent dans une cabane après la sortie de classe, me faisant des sourires timides et coquins. Il s'agit d'une communauté autre que celles que j'envisage de visiter les jours prochains. Ici, ce sont des Nomatsiguengas, vêtus de tuniques couleur moutarde à marron, en ce qui concerne les enfants. Les adultes, eux, ont davantage perdu cette tradition, à l'instar de ma rencontre suivante (26).
Deux paysans qui, avant de retourner à leur chacra, leur bout de terrain, décident de s'accorder une pause en allant boire une rasade de masato, liqueur locale, dont j'ai déjà ouï l'existence, à base de yucca et patate douce. Elle est servi dans une jarre transparente qui me permet de mirer sa belle couleur rosâtre (d'où la patate douce) et se boit dans une moitié de ce qui ressemble à une petite coloquinte. Sans devenir ma boisson préférée, son goût est plus doux que ce que j'escomptais et du point de vue de l'alcool, même si je n'en ai bu que peu par rapport à mes deux compères, c'est loin du pastaga. L'un des deux avait pourtant l'air d'être tombé dans la marmite dans son enfance. En tout cas, dès qu'un pochtron est présent dans un bled, il est généralement pour moi ! (25)
A Satipo, je retrouve Raoul...les appels répétés n'ont pas abouti et il me fait lui-même une recommandation, il connaît ces villages, et je tenterai demain à Puerto Prado d'obtenir le deuxième permis. Ceci dit, les papiers déjà en ma possession devraient en fait suffir.
Ce soir, coucher tôt car demain départ à 5 heures pour Puerto Prado et de là, probablement Poyeni, ma première étape sur le Tambo...selon l'idée...
13.11 - Le garçon de l'hôtel n'a pas assuré le réveil à l'heure mais mon horloge biologique a fonctionné et, après 45 minutes d'attente pour remplir le taxi, c'est le départ pour Puerto Prado. La brume monte de la jungle sur les collines, éclairée par les premiers rayons du soleil, et nous filons à vive allure, évitant 2 personnes encore rêveuses et 3 chiens imprudents ou dormant sur la route.
Puerto Prado, l'un des trous du cul du monde, et i l en a ! L'heure du bouiboui où je déjeune s'est arrêtée, le temps ne semble de toute manière avoir que peu d'emprise sur ce port en bordure du Tambo.
Je rencontre Arturo Berrospi Durand (oh ! un Français est assurément passé par là!) dans le collectivo, ingénieur péruvien en charge d'un projet agricole avec les communautés natives, de Betania à Alanaya. Il dispose sur place d'un peke, bateau pour relier les villages entre eux. J'accepte son offre de l'accompagner pendant ces quelques jours. Ainsi je change l'ordre de mon plan mais pas le cap (27).
Nous achetons du ravitaillement ici car il semble qu'il y ait peu, voire rien sur place. Le problème reste l'évaluation des besoins car nous voguons vers l'inconnu, lui autant que moi, et qu'un repas peut rapidement signifier que toute la famille se joint à nous.
J'abandonne l'idée de demander une autorisation supplémentaire ici...la vague impression que cela pourrait n'être que superflu (28) (29).
Sur le bateau (pas de hamac ici, contrairement à la zone au Nord de Puccalpa, mais des bancs), je suis s urpris par les connaissances que mes compagnons de route ont de l'étranger. Ainsi me parlent-ils de la Révolution française ou de Dracula et de sa Transylvanie natale!
J'apprends que les touristes sont surnommés les mochileros, ceux au sac à dos.
Un jeune couple me fait partager un poisson acheté lors de la halte à Poyeni.
A Betania, la rencontre avec le chef du village (auprès duquel nous devons nous présenter selon la tradition) est laborieuse mais elle se fait finalement, brièvement car il est sur le départ...et encore ce n'est que le vice-chef (32).
Aucune autorisation, soit dit en passant, ne nous sera demandée.
C'est aujourd'hui samedi, et c'est plutôt jour de masato. L'activité marche au ralenti. Même le radio ne se révèlera d'aucune utilité pour annoncer notre arrivée dans les villages suivants. La batterie semble à plat. Mais j'ai ensuite la vague impression que les messages transmis parviennent rarement jusqu'au chef (33).
Notre hébergement pour 2 nuits se fait dans la pièce allouée aux ingénieurs, digne d'un - 3 étoiles. Un lit constitué de diverses planches dont l'une est lâche, cela pique, l'ensemble très moyennement propre mais nous avons un toit.
Le repas se prend chez une dame concernée par le projet. Nous lui amenons une partie de nos provisions et elle nous sert systématiquement autre chose, à base de riz, accompagné de yucca ou platano (banane) et éventuellement un morceau de poulet.
Les Ashaninkas vivent maintenant en communautés de plusieurs familles, les villages, ce qui n'était auparavant pas le cas, la cellule familiale ayant longtemps primé sur tout.
Le chef est élu pour deux ans et est rééligible. Il gère les affaires intracommunautaires ainsi que les rapports avec l'extérieur.
C'est majoritairement l'agriculture qui constitue le moyen de subsistance des Ashaninkas. Riz, maïs, petits haricots rouges, bananes, yucca à toutes les sauces, généralement sans sauce), et café et cacao dont ils ne voient cependant que la couleur!
Côté vestimentaire, les traditions se perdent ici aussi et ils sont au quotidien vêtus à l'européenne, de la saison estivale étant données les températures qui règnent par ici (de plus, après les premiers jours à Satipo, ce ne sont que soleil et chaleur). Pour les hommes, ce sont d'ailleurs short et t-shirt de sport qui priment. J'ai parfois l'impression d'être entouré d'équipes de football !
Il en va de même des légendes qui se racontaient jadis. Ainsi, on parlait aux enfants ashaninkas du boa, animal mythique qui viendrait les chercher s'ils ne prêtaient pas attention à la nature. Car les Ashaninkas en sont très respectueux et il était hors de question de prendre plus que nécessaire. Seuls les Anciens se rappellent aujourd'hui vaguement de cette légende qui ne se transmet plus.
14.11 - Le principe de nos visites est immuable, avec quelques spécificités, selon l'endroit : rencontre avec le chef ou son "vice", réunion des associés du projet, questionnaire (sur la famille -combien de membres, qui aide au champ...-, le pâturage à disposition, le nombre de têtes...), signature pour la finalisation, et prise de vue du pâturage.
Le but, par l'apport de subventions régionales, est de développer l'élevage dans certains pueblos qui en ont fait la demande. 10 villages sur 11 vont être sélectionnés dans le cadre de cette action. Je pense pour ma part que cela peut aider les Ashaninkas à s'intégrer davantage car, déjà venus des profondeurs de la forêt, ils sont sinon condamnés à rester en marge de la société qui, de toute façon, poursuit sa progression (36).
- Vista Allegre (42 familles, 220 hab.) : il n'y a pas que la vue qui soit allègre, les habitants font preuve d'une joie de vivre qui semble un bon atout. Le village est partagé avec des perruches qui ne semblent pas malheureuses non plus. J'aime les voir en liberté ! C'est, je crois, mon préféré des pueblos visités (35) (38).
- Capitiri (105 familles, 480 hab.) : ici, on semble plus méfiant, le comité d'accueil, un vigile armé d'un fusil à poudre, veille au grain, au cas où un intrus voudrait s'immiscer sur la place. Selon le village, la confiance est de mise ou non (40).
- Betania (280 familles, 1800 hab.) : la commune la plus importante sur le Tambo. Elle dispose de son propre collège, ce qui n'est pas le cas de l'ensemble des villages. C'est d'ailleurs sur le conseil de sa directrice que je me rends accompagné d'Asep, un parent d'élèves, aux chutes de Samayreni, à 1/2 heure de là...en marchant rapidement car Asep a au moins mon rythme de croisière (42) (43).
Au village, on appelle l'endroit la piscina. Et, de fait, à l'arrivée on peut se baigner, ce que nous ne manquons pas de faire, puis, en poursuivant un peu plus en amont, on arrive à une succession de petites chutes latérales de toute beauté. C'est toujours un peu surprenant de s'enfoncer en jungle et d'arriver soudain dans des lieux pareils.
C'est ici également que se trouve la quebrada, d'où part l'alimentation en eau du village, ou la douche ou la cuisine, où elle est normalement bouillie.
Une mauvaise expérience au retour, après avoir pris congé d'Asep : un jeune avec une tête de fœtus qui aurait poussé sur un corps d'homme me cherche un instant les noises, m'accablant de questions sur ma présence ici, m'affirmant que j'"abuse" de sa communauté...lui a abusé du masato.
Je note quelques palabres en ashaninka, le b.a.ba :
- bonjour : taïteri
- merci : pasonki
- au revoir : khata khana
- belle femme : chinani cametza
15.11 - Nous quittons aujourd'hui Betania pour poursuivre notre descente du Tambo.
- Shevoja : nous débarquons comme d'habitude au petit matin, il est 6 h 30 et comme d'habitude, personne ne semble au courant de notre venue, et il faut attendre pour réunir le plus grand nombre d'associés (44).
Pendant que nous conversons avec le chef, le drapeau est hissé au collège (ici, comme à Betania, il y en a un, fréquenté également par des jeunes des villages environnants), c'est le cas les lundis et vendredis, puis un discours tenu par le directeur (45).
S'ensuit la corvée de nettoyage, le village est passé au peigne fin et le résultat est probant.
Je manque de me crever un œil en allant voir le champ, en accrochant un fil de fer barbelé. C'est fort heureusement l'arcade sourcilière qui a pris un peu.
- Shevoriato : village ? Je dirais hameau. Un trou. Paumé de chez paumé ! C'est donc repos avec Manuel, el motorista (le préposé au bateau), en attendant l'ingeniero parti voir le pâturage à perpet !
- Maranquiari : l'accueil ici est plutôt sympathique, à commencer par la famille du chef. Nous attaquons par l'almuerzo (déjeuner), nous n'arrivons à chaque fois pas les mains vides, ce qui facilite la tâche, après, en guise d'apéritif, s'être rempli la panse de papayes directement "tombées" de l'arbre et, ma foi, fort juteuses !
Nous sommes soudain surpris par le débarquement d'une bande armée de fusils, machettes, arcs et flèches. Nous saluons poliment, la coutume le recommande dans ces cas-là (!) puis continuons à mâcher (46) (47).
Nous sourions peu après en apprenant le pourquoi du comment de cette visite impromptue et la question de nos visiteurs dès leur intrusion : "qui veut du cacao?".
En fait, une gamine m'ayant montré la noix de cacao qu'elle suçait comme un bonbon, j'ai émis le souhait d'en goûter une. En apprenant cela, la "milice" s'est alors inquiétée du chef.
- Santa Rosita : c'est ici que nous passons la nuit suivante. L"hôtel" peut à peine être pire que le précédent et, en effet, nous atterrissons à l'infirmerie. Arturo prend la table d'opération, Manuel et moi optons pour la formule sol et raffia, plus à notre goût pour dormir (51).
Ici aussi, l'ambiance est au beau fixe et nous allons boire notre café du soir chef le vice-chef. Le village, à l'instar de la plupart des endroits que nous parcourons, est construit sur un modèle quadrillé, à l'américaine mais celui-ci est particulièrement facile d'orientation. Seule le chemin depuis le port est laborieux, 20 à 30 minutes de marche avec notre barda. En soirée, seuls les jerrycans d'essence restent au port.
16.11 - La réunion se fait au petit matin, le village est présent, la majorité des chefs rencontrés, même si souvent il s'agit de projets associatifs et non appartenant à la commune, insistent sur la consultation de l'ensemble de la communauté. Je prends les clichés tandis qu'Arturo présente les faits. Ici, j'ai même le droit de dire un mot sur le tourisme, les natifs étant souvent aussi assez curieux de mon nom et ma nationalité (53).
En nous rendant au champ, j'arrive même à concrétiser mon challenge...faire rire la siñora Rosiña qui ne rigole que lorsqu'elle se brûle. Il faut dire qu'en dessous de son regard noir, la dame affiche quelques cernes qui ne sont pas sans trahir un certain penchant pour le masato. Je lui explique qu'en criant "piti...piti...piti" avec ses biscuits, elle va faire venir le boa. Le résultat, outre un rire audible et franc, est qu'elle me propose même un biscuit par deux fois. Là c'en est trop!!! (52)
Le départ se fait une fois le peke vidé de l’eau accumulée pendant la nuit par les bons soins de Manuel (49).
- Chauja (45 familles, 210 hab.) : un passage assez rapide ici, il s'agit principalement de rencontrer le professeur, principal, unique (?) sociétaire ici. Il est certes occupé avec sa classe mais ainsi facile à trouver.
- Boca Chembo ( hab.) : dernière étape avant de gagner Atalaya. D'ici, on gagne Alto Chembo mais là, le roi Arthur y va tout seul. C'est à une bonne heure de marche et je renifle depuis ce matin. Je vais donc me consacrer à la carte des lieux à l'aquarelle et à jouer avec les gamins (59).
J'ai même le droit, sur une demande de natifs, pour à une séance de shooting dans leur tenue traditionnelle. C'est beaucoup mieux lorsque le vœu vient du sujet lui-même ! (61) (62)
Nous atteignons Atalaya en début de soirée, juste à la tombée de la nuit. La ville a ce parfum typique des villes de passage. Carrefour entre la partie Sud, le rio Tambo, et Puccalpa, à quelque 3 jours de bateau (selon le poids et la hauteur du fleuve), un peu moins étendue que Satipo, elle permet surtout de récupérer après un passage dans la selva. Une bonne douche, et
un passage de mes fringues chez la lavanderia -qui n'en est pas vraiment une, simplement une jeune fille désireuse de gagner quelque monnaie- car en plus des isanguos et autres mosquitos, j'ai dû me choper une puce en prime (63).
Nous arrosons notre retour à la civilisation au Fuente de soda, en face de l'hôtel.
17.11 - Je ne vais pas à Los Angeles de Cima aujourd'hui. J'ignore si cela tient aux 2 bières d'hier (oh l'aventurier...si je me perds un jour sur une île déserte, ce ne sera pas une bouteille d'alcool que je jetterais à la mer) ou à ma propension au mal de tête parfois le matin mais je me réveille...mal. Et arrivé au port, je rebrousse chemin, direction la cama, le lit en bon français. Et c'est là que je me maintiens une bonne partie de la journée. Le dîner du soir, là je vais généralement mieux, nous permet, à Arturo et moi, de prendre congé. Peut-être nous retrouvons-nous dans quelques jours si je passe à la Merced.
18.11 - Aujourd'hui, c'est réveil tranquille, avec le temps consacré au lit hier, je n'ai dormi que très tard, petit-déjeuner plus à l'européenne, internet, et achat de quelques vivres pour les jours suivants.
L'idée est maintenant de remonter le fleuve jusqu'à Puerto Prado, avec un arrêt à Poyeni, puis de retourner à Satipo. Je pense alors passer par La Merced (prendre le bonjour Arthur) pour rejoindre Puerto Bermudez...ou peut-être me laisser tenter par Pozuzo dont m'a parlé et reparlé l'ingeniero, une sorte de colonie austro-allemande...un mélange bizarre !
19.11 - Après une journée assez remplie du point de vue des précipitations, celle-ci semble plus sèche déjà. Mon peke part quasi à vide, nous sommes cinq, trois Ashaninkas viendront s'ajouter peu avant Poyeni.
Trois heures plus tard, nous arrivons à destination, enfin en ce qui me concerne. Je commence par me renseigner sur le pinkatsari (chef), justement il est au port car c'est vendredi, jour du notsameheïti, le travail commun pour la commune, en l'occurrence aujourd'hui débroussaillage des abords du port et de l'école majoritairement. Et il y a de la main d'œuvre à disposition avec 1870 personnes pour 238 familles (65).
Pour gagner le village, il faut une petite colline, pour cela, le pinkatsari m'adjoint un porteur chargé de m'emmener chez son frangin. Sur les hauteurs, un poste de garde permet de contrôler les arrivées et les départs. La vie est assez rythmée par le fleuve et son débit de voyageurs, commerce tourisme ou visite familiale. A chaque embarcation qui fait une halte, les vendeuses s'empressent pour refourguer un "plat" au poisson, le même que m'avait partagé ce couple lors de mon précédent passage, un noix de coco, des aware, fruit local rouge laborieux à éplucher et...sans goût vraiment (...). J'y retourne l'après-midi pour viser un peu l'ambiance, un peu tard mais je constate l'arrivée de sacs emplis de provisions et en m'approchant, je constate qu'ils sont destinés à un programme de malnutrition infantile, quelque 25 bébés m'apprend-t-on.
Le logement qui m'est alloué sous la "responsabilité" de l'hermano du chef, responsabilité qui consiste principalement à encaisser mon obole, est l'ancien dispensaire (un centre de santé plus important a été construit depuis), en fait une cabane pas vraiment salubre. Je loue donc un hamac que je fais installer dehors, j'y rajouterai la moustiquaire acheté à Satipo pour la nuit et cela fera la rue Michel ! (71) (72)
C'est également ici que je prends mes repas et que j'assiste à la préparation du masato. Le yucca est tout d'abord cuit dans une marmite, puis pilé à grand renfort d'huile de coude (la jeune fille en charge de cette recette pourrait bien, un jour, être médaillée olympique dans une épreuve de force). Vient ensuite l'étape que j'avais certainement volontairement refoulée dans mon inconscient, et qui se pratique aussi pour la chicha (bière de maïs) : la mastication. Quelques cuillerées de la pâte obtenue est mastiquée puis recrachée, la salive jouant le rôle de ferment, sans quoi le mélange ne serait pas alcoolisé. Ensuite sont ajoutées les patates douces et plus tard de l'eau pour liquéfier l'ensemble. Santé !!! (79) (80)
Comme dans de nombreux villages du fleuve, la campagne régionale a battu son plein il y a peu et sur les cahutes, on retrouve souvent le sigle du vainqueur, un crayon peinturluré en grand et qui se mémorisait très facilement pour ainsi ne pas se "tromper" le jour du vote !!!
En fin d'après-midi, j'assiste à l'exercice militaire du village, en l'occurrence mon porteur du matin qui supervise la marche et la présentation d'armes, factices, en bois, fabriquées maison (il y a même un bazooka) d'une bande d'adolescents en mal d'armée, mais, pire encore, un peu plus tard, de la gente féminine du quartier qui semble y avoir pris goût, suivre de deux ou trois minots dont l'un braille en queue de convoi ! Un peu éberlué, je me dis que, même sans la télé à la maison, les Rambo, Schwarzenegger, et autres fadas de Willis pénètrent l'inconscient collectif dans chaque trou perdu (74) (75).
L'électricité ici pénètre l'antre familiale entre 19 et 21 heures, et est-ce l'arrivée soudaine de la lumière du néon (?), le petit pleureur de toute à l'heure est pris d'une nouvelle crise de larmes comme je n'ai jamais entendu. Je crois que c'est génétique, il ne doit plus avoir d'eau depuis le temps !
20.11 - C'est aujourd'hui jour de voyage et je quitte le rio Tambo, après avoir été réveillé par les messages diffusés par le haut-parleur du village ! J'attends le bateau au port et les premiers peke s'en reviennent déjà de la pêche.
Je n'ai rencontré, ces jours-ci, aucun touriste, peut-être en ai-je aperçu 1 ou 2 à Atalaya mais je n'en suis pas sûr, et trois Néerlandais sur le bateau la semaine dernière, avec motos. Donc peu de fréquentation venue de l'extérieur. L'extérieur ici, ce sont les Péruviens non "natifs", donc non Ashaninkas. A part à Atalaya, que certains n'ont jamais quitté par peur de la selva. Pourtant, les Ashaninkas savent ce que représente cet extérieur et certains, à Poyeni par exemple, se montrent parfois intéressés...mais malheureusement pas au bon sens du terme. Cet intérêt se porte davantage sur ce qu'ils pourraient tirer de "l'étranger" plus que sur un échange culturel. Difficile dans des villages où des bras qui travaillent sont plus importants qu'une instruction qui parle moins à leur conscience. J'ai malgré tout souvent entendu, de la part des associés au projet conduit par Arturo, alors qu'il les questionnait, que leur progéniture ne participait au travail des champs que pendant les vacances, les études ne le permettant pas pendant le reste du temps.
Ceci dit, pour ce qui est de la gente féminine tout au moins, je ne pense pas que ces études soient poussées très loin, lorsque je constate l'âge de nombreuses poitrines exhibées pour donner le sein ! Je dirais, pour certaines, maximum 14 ans !
D'un point de vue purement photographique, j'ai parfois l'impression, en parcourant ces villages, de me retrouver dans le village d'Astérix, avec ses huttes, spécificités, ses caractères, ses antagonismes, ses réunions communales...
4 heures de bateau, 2h30 de taxi et encore 2 heures de collectif plus tard, me voici à La Merced, ville carrefour importante de la selva centrale. Je retrouve Arturo, en train de faire son rapport pour que les crédits de l'état soient rapidement versés à la région et qu'un ingénieur puisse aller dès mars 2011 superviser le projet auprès des Ashaninkas. Nous mangeons un morceau en conversant. Le but de mes pérégrinations suivantes est décidé, ce sera Oxapampa, et de là Pozuzo.
21.11 - Une belle journée s'annonce. Après un petit-déjeuner, composé de jus d'orange, thé, sandwich au chorizo et œuf frit à l'anglaise (j'entends cette expression pour la 2e fois au Pérou...j'ignorais jusqu'alors que l'Angleterre puisse être une référence en matière culinaire), je prends le chemin d'Oxapampa (83).
Accompagné de trois femmes, nous nous bidonnons à entendre la narration du chauffeur de taxi quant à sa rencontre avec des Françaises qu'il a emmenées un jour dans un endroit où il fallait monter. Arrivé, il les a accompagnées et, étant à l'arrière, il a alors appris que les femmes chez nous ne portent pas de sous-vêtements...du moins c'est l'image qu'il s'en est faite!
L'arrivée à Oxapampa, région de Pasco, est surprenante. Cette ville de 8950 habitants a été créée par les Austro-allemands en 1891, après avoir commencé à occuper la région à Pozuzo, et on reconnait le style tyrolien, avec ces chalets en bois... je n'ai cependant encore entendu personne iodler. A suivre (84).
Le paysage est un mélange de sierra et selva (campagne montagnarde et jungle) et l'air y est un peu plus frais. Je suis à quelque 1800 mètres d'altitude, faut dire (!) et il y a plein de vaches... il va me falloir goûter le fromage du terroir !
J'entame mon exploration de la région par le Sud-ouest de la ville, à quelques kilomètres de là se trouve le lieu-dit, Huarapo, très fréquenté en ce dimanche après-midi car on y produit du huarapo, boisson à base de canne à sucre. Il existe la version jus de fruit, pas mauvaise, et la version alcoolisée. Celle-là, servie dans une bouteille de bière, format 650 ml, est moitié moins onéreuse que la cerveza (bière). J'en prends une que je m'empresse de partager avec un jeune père de famille qui, fort heureusement, a la descente plus allègre que moi ! (86) (87)
Je fais le retour à pied, pour mirer cette végétation toujours luxuriante mais mieux rangée que sur le Tambo. Je passe un élevage de truites, un perroquet est perché sur le toit de la maison et, oh surprise, d'un coup il prend son envol. Heureux de le voir libre, les ailes entières, même s'il est probablement lié à cette habitation (88).
Je suis gentiment emmené en voiture sur le dernier kilomètre par...des ingénieurs. Il doit y avoir un nid dans cette zone centrale d'Amazonie péruvienne. Ils s'occupent également de ranchs mais là, en l'occurrence, ils participent à un programme de reforestation financé par une entreprise française (89).
22.11 - Oxapampa dispose d'une place centrale, appelée place d'armes, comme chaque bled du Pérou, bizarrement cernée cependant. Bordée certes par quelques boutiques, dont mon hôtel, elle procure pourtant une sensation de vide. Dès que je cherche quelque magasin, boui boui ou autre débit de nourriture, mon regard se perd à chaque enseigne et je rame. A 6 heures du matin, lorsque je veux prendre mon petit-déjeuner, cette impression s'en trouve d'autant plus accrue, et c'est finalement au marché que j'engloutis deux œufs au plat à la cubaine (encore un nouveau concept), c'est-à-dire accompagnés de riz et banane. Mon voisin de table est cireur de chaussures, je vais ensuite user de ses services, très gentil, qui commence par me parler de Dieu. Il comprend rapidement que nous n'allons pas nous éterniser sur le sujet mais échangeons quelques accords sur le point de vue de la spiritualité tout au moins. Il me parle du Sentier Lumineux, groupe extrémiste communiste qui a sévi dans les années 80, jusqu'en 1992, et qui semble avoir quelques soubresauts. J'ai d'ailleurs vu la bande annonce d'un reportage sur des enfants soi-disant liés à cela il y a deux jours.
Un passage à la mairie, où se trouve l'office du tourisme, me démontre qu'ici aussi, les fonctionnaires commencent la journée par papoter pendant une demi-heure. Puis je file à l'est de la ville où, de la route, je gagne à pied la cataracte locale, alimentée par le rio Grande, 20 mètres de haut, dont le sentier est en train d'être apprêté à la pioche par des travailleurs afin d'en rendre l'accès pus facile. Un pont, ils ont la manie des ponts par ici, suivra plus tard (92).
Ma deuxième excursion de la journée me mène à Tsashopen, communauté native de la région, appelée Yanesha. Il ne s'y passe pas grand-chose mais dans le collectivo qui m'y mène (nous sommes 10, dont 3 enfants certes mais aussi 2 femmes gordidas, ainsi sont nommées les grassouillettes) se trouve Atilio, artiste qui travaille le bois et chez lequel je passe un moment à siroter une limonade et manger une grenade. Sa femme, très sympathique également, semble animée, à l'instar de son époux, par le goût pour l'art, et ils habitent dans un coin, certes infesté de moucherons ou autres parasites, mais assez idyllique, peuplé de ces articles à vendre (je pense) et autres sculptures qui m'intéressent davantage.
Pour le retour, j'attrape un taxi moins peuplé puisque nous ne sommes que 9. Cependant, ma voisine égale quasiment les 2 gordidas de l'aller. La piste, malmenée à l'instar des véhicules, est pleine de trous que quelques bonnes volontés rebouchent régulièrement. Pour cela, les chauffeurs s'arrêtent de temps à autre pour leur glisser une petite pièce.
Je change de comedor pour le dîner sur le marché, ma préparatrice étant absente en soirée. Sa voisine est tout aussi attentionnée, et entretemps, la vache est arrivée pour le lait dans le café. Ce dernier, à propos, est servi ici concentré. Une tasse d'eau chaude, du sucre et, dans un flacon, le café passé que l'on ajoute à l'eau (97).
23.11 - Un petit cirage de pompe avant le départ. L'ouvrier est en forme aujourd'hui...sa bible dans la poche de chemise, il prêche tout en astiquant. Après que je l'ai calmé pour ce qui est de me convertir, il reporte son dévolu sur une cliente d'un certain âge et je les laisse tout à leur verve catholique (98).
Direction Pozuzo. Là non plus, pas de route asphaltée, il y en a peu dans la zone centrale, et ce sont 3 heures de route qui secouent bien. A l'arrivée, c'est le Tyrol. Plus précisément le Sud de l'Allemagne, à Prussia, et le Tyrol à Pozuzo. Car il y a, à l'arrivée en 1859, deux clans, les Rhénans et les Tyroliens, ceux qui ont résisté aux deux ans qu'a duré le voyage au départ d'Antwerpen. Car, une fois au Pérou, il fallait atteindre et dompter la région alors inhospitalière qui leur avait été allouée. Ce sont les descendants de ces Schuler, Egg et autres Köhel que l'on rencontre aujourd'hui.
Le nom de Pozuzo, vient du yanesha et signifie "eau salée". C'est maintenant une commune de presque 8000 habitants, situé à 800 m d'altitude...donc, grosso modo, 10 cm par personne (100) (101).
J'habite chez l'un des fils Köhel, les familles ont toutes, plus ou moins leur auberge, et je prends mon petit-déjeûner chez les parents. J'ignorais jusqu'au nom de l'endroit avant de venir, et c'est Arturo qui m'en a parlé. Il a travaillé à un projet de pisciculture ici.
C'est ainsi donc que j'en viens à rencontrer Atahualpa et manger un magret de canard accompagné d'une bonne purée de pommes de terre à sa table, et de son frère, pas Huascar, non, Erispoë. Il s'agit, respectivement, du dernier chef inca avant l'arrivée de Francisco Pizarro en 1527, et du fils du premier chef breton au IVe siècle (113).
Ici, en l'occurrence, ce sont les enfants de Stéphane, ami d'Arturo, qu'il m'a recommandé. Breton émigré à Pozuzo, il a rencontré Lorena, sa femme, du bled, à Majorque. Ils y travaillaient tous deux en cuisine. Le monde est petit, comme on dit. Il a passé, gamin, quelques années à Querrien, en Bretagne, d'où est issue une partie de ma famille côté maternel, et l'une de ses sœurs vit à Maisons-Alfort, où j'ai vu le jour et grandi...tant que je pouvais.
Stéphane a fait construire une maison, dispose de quelques rentes en France, rien de mirobolant mais qui lui permettent de ne pas être pris à la gorge, et bricole ici. Un peu de pisciculture, il a monté récemment un petite charpenterie, et envisage une buvette à l'avenir. Pour tout cela, il a du terrain. Au-dessus de la maison, au-dessous... et il vient d'acquérir, à deux heures d'ici, quelque 200 hectares de forêt primaire. Des biens familiaux de sa femme. Il faut dire qu'en Amazonie, il suffit, ou suffisait, de poser ses marques, mieux encore de travailler la terre, et on était propriétaire ! (109)
24.11.2010 - Le musée Schafferer retrace l'épopée de ces colons venus au XVIIIe siècle, espérant une vie meilleure. Schafferer, prêtre arrivé en remplacement de son Autriche natale, a finalement définitivement posé ses valises à Pozuzo. Avant le séminaire, il avait fait divers apprentissages, de forge et de menuiserie, que sa santé l'avait obligé à abandonner. Mais le monsieur avait encore de bons restes et il était polyvalent ici. Il faisait même office de médecin à ses heures perdues (104) (105).
Les écriteaux, les visages les maisons ne laissent pas supposer que l'on se trouve au Pérou. Ils ne rigolent, pour certains, que lorsqu'ils se brûlent (ceci dit, vu de cet angle, ils n'ont peut-être pas choisi le mauvais pays) et il ne semble pas y avoir le feu si souvent, caramba ! (114) (115)
Les prénoms entendus ici, sont, eux aussi, plutôt originaux, ou, tout au moins, anodins. Les Hans, Johann, Ludwig sont en adéquation avec l'ambiance, mais il existe également des Lincoln, Roosevelt ou Clifford. Mention à part pour Benito, et même, une première dans mes rencontres, 2 Adolf. Le premier est un Allemand en retraite né pendant la guerre, il n'y peut rien, l'autre un bébé condamné à rester à Pozuzo s'il ne veut pas avoir la vie trop dure.
Village tranquille, qui pourtant a son lot d'action, entre les frangins travailleurs dont l'un est ficelé et pour lequel est exigée une rançon (l'argent était gardé à la maison puisque la banque est toute récente), cadavre sans bras ni tête (probablement pour supprimer les tatouages qui auraient rendu une identification possible), gamin electrocuté alors qu'il jouait à 2 mètres de sa mère...
25.11 - Une branche de la famille Egg produit la Dorchen, bière complètement locale. Le nom vient de quelques individus échoués ici et qui ne savaient trop quel chemin leur vie devait prendre. Quand on a dû baptiser cette bière, Ludwig, un Köhel, a eu l'idée de faire référence à ces individus, donnant ainsi une histoire à la marque (110).
Aujourd'hui, Stéphane doit se débattre avec un cousin de sa femme, dont la fille va fêter sa promotion début décembre. La promotion, courante au Pérou, marque la fin d'un cycle scolaire, maternelle, primaire, collège...Pour cela, il veut acheter de la bière, qu'il vendra certes mais pour laquelle il ne peut avancer l'argent. Stéphane doit ainsi se porter garant. Mais les livraisons, aléatoires, dépendent de l'état des routes et le cousin, compliquant le tout, s'est mis dans la tête qu'il voulait acheter aujourd'hui ! C'est un gros problème des populations natives, qui ont une certaine tendance à se laisser volontiers assistées dès qu'une bonne âme fortunée traîne dans les parages !
La seconde partie de l'après-midi est un moment bien particulier de mon voyage. Je monte au Guacamayo, lieu-dit où, en compagnie de la charmante Bethsabé, ce qui ne gâte rien, je peux observer une quinzaine de gallinas de la roca, emblème animale du Pérou. Mon guide, qui a grandi ici et ne veut quitter le lieu, m'explique que les mâles sont les plus beaux, ce qui n'est pas toujours le cas sur cette planète ! Sur la place, leur plumage a une forte tendance orangée alors que plus bas dans la selva, il tire davantage sur le rouge. Les femelles ne pondent que deux œufs à la fois et les petits sont tout d'abord marron avant de troquer leur robe infantile pour celle qu'ils garderont leur vie durant (116) (119).
26.11 - Journée transport. Presque 3 heures de Pozuzo a Oxapampa pour commencer. Il a beaucoup plu et on se renseigne sur la piste, mais un combi est déjà arrivé d'Oxa alors...Reste que les chauffeurs affectionnent la musique forte en conduisant, et que leurs goûts se portent généralement sur la cumbia (qui n'est pas la salsa ou autre tonalité latine) ou sur une espèce de soupe romantique. Une impression d'écouter les mêmes morceaux en boucle. Je poursuis ensuite en 1 h 1/2 jusqu'à Villa Rica, qui produit du café classé une année le meilleur du monde. Mais il est déjà récolté, travaillé et empaqueté pour cette année, et plus cher qu'à La Merced ; c'est, donc là, 1 h 1/2 plus tard, que je l'achète. Je ne reste sinon que le temps de monter au marché pour me fournir en caimitos, fruit délicieux, onctueux comme une crème anglaise. Voilà 12 ans que je n'en ai mangé et on en trouve, paraît-il, là-haut. Et, de fait, ils m'y attendent tranquillement à l'étalage. Bien qu'il ne soit plus très tôt, j'enchaîne malgré tout déjà sur Huancayo, mon prochain but, et j'évite ainsi de dormir à La Merced (82).
Le trajet est pesant. Il doit durer 4 heures mais un idiot s'aperçoit 20 minutes plus tard qu'il a oublié quelque chose et, j'ignore pourquoi, on l'attend au lieu qu'il prenne le bus suivant. De plus, je suis tout à l'arrière et le chauffeur semble ignorer que les derrières humains y sont davantage sensibles aux bosses. Pour couronner le tout, nous avons repris de l'altitude en chemin, ils sortent tous bonnet et pull, je suis en chemise et la fenêtre n'est pas franchement étanche, l'air passe. Les aléas du voyage.
Il est 23 heures et je me trouve une chambre rapidement pour cette nuit. On avisera demain.
Huancayo, à 3200 mètres d'altitude, est plus importante que je ne l'avais imaginé et, de prime abord, n'a pas le charme escompté.
27.11 - En venant ici, je me suis rapproché de Lima, pensant être plus tranquille pour gagner l'aéroport dans quelques jours. Et entre Huancayo et la capitale, il ne semble pas y avoir grand chose de transcendant. Peut-être Tarma pourrait-elle être une alternative (121).
Je prends en tout cas aujourd'hui, mes quartiers dans un hôtel plus confortable, pour une fois, avec toutes les commodités, eau chaude, TV, téléphone et wifi et me rends tout près de là, à Chupaca, où a justement lieu une fête des danses à laquelle prennent part divers groupes de la région, de la sierra et de la selva. Les couleurs sont chatoyantes et l'ambiance joyeuse. Certains, c'est samedi, tiennent debout tant bien que mal...je m'étonne même qu'ils ne s'affalent pas sur le bitume (125) (127).
De retour à Huancayo, je vais jeter un œil au parc de l'Identitad, un espace adéquat pour les sorties familiales qui me rappelle, toutes proportions gardées, le parc Guël à Barcelone. Dans le combi qui m'y mène, je fais la connaissance de Teobaldo, un artiste peintre sur le point s'exposer a Lima. Son thème de prédilection actuel : l'Amazonie et ses mythes.
Même si je ne trouve pas les environs renversants, la population n'est pas désagréable, et plutôt serviable, me semble-t-il (130).
28.11 - La journée s'annonce bien. Aujourd'hui dimanche se tient sur la place de la Constitution un défilé militaire (!), on en est assez friand dans le pays. C'est le tour des militaires, qui sont en alternance avec la police. J'avais assisté au même événement à Iquitos.
C'est également jour de marché, un bazar tout en longueur, avec vêtements, alimentation et artisanat (131).
Un entretien avec une vieille Indienne prise en photo alors qu'elle dort dans son échoppe, me donne la direction pour l'après-midi. Ce sera Cocha Chico, là où habite cette fervente Pentecôtiste qui, cela me rappelle quelque chose (il doit y avoir un nid par là), ne quitte apparemment jamais sa bible. Tout comme son homologue d'Oxapampa, elle s'efforce de suivre les traces de Jésus pour ne pas avoir affaire au diable (132) (133).
Cocha Chico est à une demi-heure de Huancayo mais il faut déjà trouver le bon bus. Ça fleure bon la campagne paysanne, le bus est peuplé en partie de campesinos rapportant fruits, légumes et feuilles que je n'identifie pas (134).
Sur place, un village animé par le match de football dominical ; sinon un chemin, dallé, menant sur la crête et fréquenté surtout par de tout jeunes couples d'amoureux. En haut trônent, à côté de l'antenne du village, le Christ et, à son flanc droit, une autre croix qui aurait pu être dessinée par Gustave Eiffel (135) (136).
Mis à part les paysans, le village abrite quelques artisans dont le travail est vendu à Huancayo, à moins d'obtenir des touristes amenés par un tour opérateur, ou d'avoir décroché un contrat avec un grossiste à l'étranger.
29.11 - Tarma, à 3050 mètres dernière étape avant le retour. La ville, encaissée, est entourée de montagnes. Elle a plus de charme que Huancayo, elle est plus petite aussi. Les gens y sont aimables et, me semble-t-il, plus ouverts que dans de nombreux endroits du pays (138).
J'achète mon billet de bus pour Lima...bien m'a pris de m'avancer car ce ne sont pas les 4 heures de trajet annoncées qui m'attendent mais plutôt 6.
Je passe au coupe-tif avant de partir et la dame est professeur à l'école le matin et coiffeuse l'après-midi. Au Pérou, de nombreuses personnes cumulent les jobs...de plus, c'en est une de plus dont le mari n'est plus à la maison.
Pour le dîner, je me retrouve à la table de Miriem, qui travaille également dans une école mais dans l'administration dans la partie laboratoire... c'est que je comprends en tout cas!
30.11 - Premier réveil à l'aide de musique et voix hautes dans l'hôtel. Je regarde l'heure et ça cloche. Je me lève et vais vérifier sur le balcon de l'établissement. Il fait encore nuit. Mon heure est donc correcte et les clameurs et sons perçus par mes oreilles, avec en prime soubresauts de matelas et objets tombant sur le sol proviennent de la chambre du dessus. Il s'agit d'une péripatéticienne et d'un type qu'elle a levé. Ils quittent les lieux à 3 heures. Je me suis rhabillé rapidement et descends faire part de mon mécontentement au réceptionniste de nuit, mais là je l'exprime d'une manière plus pondérée!
Un dernier petit-déjeuner que je prends au marché où je rencontre le même rituel que dans les autres villes...le téléviseur montre les assassinats en vogue, avec images et témoignages à l'appui ! (142)
Puis je gagne Lima, le trajet s'éternise, avec les travaux en cours et l'entrée dans la ville, mais n'est, dans l'ensemble, pas trop fastidieux grâce à la conversation de Ninfa, une infirmière en retraite. Elle habite Huacho, à 3 heures au Nord de Lima, où elle s'est installée pour se consacrer à une association qu'elle a montée, dédiée aux enfants pauvres handicapés. Et elle a la niaque ! Car les situations s'avèrent parfois difficiles, avec des parents à problèmes qui ne se sentent pas toujours concernés. Elle reçoit de l'aide extérieure, en provenance des Pays-Bas, et également d'Espagne, grâce au curé espagnol avec lequel elle collabore et qui obtient quelques subventions de son pays.
J'arrive à temps à l'aéroport, sans être pour autant en avance.
Le final n'est pas sans contretemps. Jusqu'à Berlin, pas d'accrocs mais, le jour suivant, pour regagner la France, c'est une autre paire de manches... il a neigé pendant la nuit et le décollage s'effectue avec quelque 6 heures de retard. En outre, j'arrive d'Amazonie et n'ai plus le moindre pull-over en stock!
Ce n'était pas mon premier séjour au Pérou, extra-groupe, pourtant ce voyage m'a révélé d'autres facettes du pays.
La zone centrale est plus méconnue, le Nord bénéficie de la réputation d'Iquitos, et elle est, à mon sens, plus éloignée encore de notre quotidien d'Européens.
Le choix s'est opéré relativement spontanément, j'ignorais avant mon départ pour le Pérou où je me rendrai après le tour "professionnel", et la rencontre avec les Ashaninkas représente une expérience intéressante, même si l'enthousiasme reste modéré. Cela ne m'étonne pourtant pas outre mesure, j'ai déjà visité d'autres minorités où l'intérêt que je leur portais était différent de celui qu'elles me portaient.
C'est le risque du Voyage et, somme toute, on fait les mêmes expériences chez soi. C'est ce qu'on appelle l'être humain.
Je conserve également le souvenir de la province de Pasco, avec Oxapampa et surtout Pozuzo, région très anodine pour le pays.
ZONE NORD
Cette partie, appelée la selva, située au Sud-ouest de la cuvette amazonienne, occupe plus de la moitié du territoire péruvien.
Une étroite bande, entre la cordillère des Andes et le bassin amazonien, abrite des cultures de manioc, café, thé. Mais aussi la coca, atout économique aussi bien que politique, le Sentier Lumineux y ayant trouvé un repli dans la dernière partie du XXe siècle en échange de sa protection des narcotrafiquants.
Contrairement au Brésil, l'Amazonie péruvienne est protégée. Formée majoritairement de forêts impénétrables, avec lianes, bambous, plantes parasites (…), elle dispose d'un climat équatorial, à savoir fortes pluies et chaleurs élevées toute l'année.
Constituée administrativement de neuf départements à la densité de population faible, elle concentre son activité sur deux agglomérations : Iquitos, née au XIXe siècle lors de l'explosion du caoutchouc, et Puccalpa, le port fluvial des bois précieux.
Le département d’Ucayali occupe l'est du Pérou, sur une superficie de 102 000 km_ pour 456 000 habitants. Le rio du même nom, découvert en 1557, mesure 1600 km de long et forme, avec le rio Maranon qu’il rejoint en amont d'Iquitos, le grand fleuve Amazone. (31)(42) (43) (44) (45)
Le bassin de l'Ucayali est aujourd'hui peuplé par les tribus Shipibos (à l'artisanat réputé), Conibos, Cashibos et Pisquibos.
PUCCALPA
(200 000 hab., 154 m)
Capitale du département de l'Ucayali, on y accède par avion ou par la route, très aléatoire en saison des pluies. À partir de là, seule la voie fluviale permet de se déplacer.
La ville, fondée en 1888, ne se développe qu'à partir des années 60, grâce au commerce du bois tropical et les ressources du pétrole. Très animée et colorée, elle s’agite classiquement autour de sa Plaza de Armas. (1) (10) (100)
YARINACOCHA
Située à 15 minutes de Puccalpa, elle est connue pour sa lagune, plan d'eau entourée de végétation tropicale, aménagée pour les sorties dominicales, avec pêche ou promenade en canot. (101)(102)(103) (104)
SAN FRANCISCO
Village proche de Yarinacocha qui, à l'instar de ses voisins, est majoritairement peuplé d'Indiens Shipibos, peuplant les rives de l'Ucayali, comme les Conibos, avec lesquels ils constituent une population de quelque 20 000 personnes. (11)(105) (107) (109)
Cérémonie de l’ayahuasca, « diète médicinale ». Mes premiers doutes quant à la crédibilité de l'ensemble se font jour. Mais le maître Alex est là, présence nécessaire pour guider le sujet afin qu'il ne s'égare pendant la séance. Je me laisse bercer par les chants incantatoires du maître qui ne sont pas sans me rappeler « Sacred spirit of Native Americans », album sorti il y a une bonne dizaine d'années, enregistrés chez des Indiens d'Amérique du Nord. (106) (108)
LE FLEUVE UCAYALI
Né dans la région d'Ucayali, de la confluence des rivières río Tambo et río Urubamba, il coule sur quelque 2670 kilomètres avant de rejoindre le río Marañón, avec lequel il donne naissance à l'Amazone.
Dans les embarcations, aux tailles très diverses, s’alignent les hamacs, bordés de quelques bancs. Tout un petit monde s'agite en conversations, balancements et vibrations au rythme des films d'action que diffuse le téléviseur posté sur une table et dépendant du bon vouloir du moteur qui l'alimente. Compagnons animaliers viennent également se mêler à la populace.
(3) (30) (46) (47) (48) (49)
PAOHYAN
Petit bled avec son port… qui n'en est pas un. Le réseau Internet est surprenant, comme en zone amazonienne. Dans un pueblo comme celui-ci, où l'électricité et n'est disponible qu'en soirée, la connexion, grâce à un générateur, se fait rapidement. (12) (13) (14)(15)
Quelque 10 kilomètres mènent à la cocha, énorme plan d'eau où s'attardent les p
êcheurs, avant que l’on enfile son embarcation dans un bras plus étroit, peuplé de nénuphars et jacinthes d’eau à son commencement, obligeant à sortir à la machette, pour extraire les feuilles gênant le passage.
De nuit, la grande famille des moustiques s’en donne à cœur joie, les classiques mais aussi les zancudos, version plus conséquente, et les tout-petits isangos, invisibles mais qui attaquent en masse et perturbent la nuit à force de grattage. (16) (17) (18) (19) (20)
CONTAMANA
Ville plus importante au bord de l’Ucayali, où viennent parader quelques dauphins au coucher de soleil. (22) (26) (27) (28) (29)
Dans l’arrière-pays se trouve la colpa de los guacamayos, lieu d’habitation des perroquets de la région qui peuplent les hauteurs d’un ruisseau de jungle. (23) (24) (25)
ORELLANA
Plus étendue que Paohyan, Orellana est pourtant très tranquille. Les habitants ne se laissent pas impressionner ou perturber par le monde extérieur. Impossible de s’y faire servir un café crème.
Dans l'une des écoles, un instituteur fait le cour à deux classes différentes, le matin et l'après-midi. Il essaye tant bien que mal de venir en aide à certains élèves, dont certains n'ont même pas de petit déjeuner avant de venir. (32) (33) (34) (35) jpg">(36) (38)
De l’autre côté du fleuve, Isla Banos est retiré, vivant au rythme de la jungle, village structuré mais dont la visite ne se mérite qu’au prix d’une petite marche qui donne chaud et soif. (39) (40) (41)
IQUITOS
(400 000 hab., 106 m)
Accessible uniquement par voie fluviale ou aérienne, elle n'est jusqu'au XIXe siècle qu'un refuge pour aventuriers ou créoles désargenté
emes/advanced/langs/fr.js?1248908400" type="text/javascript"> s. En 1864, l'arrivée des premiers bateaux à vapeur provoque un début d'activité, mais c'est le boom du caoutchouc qui bouleverse sa morphologie à partir de 1885.
Pendant une trentaine d'années, elle se développe à un rythme effréné. De larges avenues pavées sont construites, de luxueuses demeures se dressent et de colossales fortunes s’amassent. Les échanges commerciaux se développent, mode, spiritueux (...) arrivent d'Europe tandis que la gomme est chargé sur les quais d'Iquitos.
Mais cette croissance s'effectue au détriment des Indiens qui recueillent le latex dans des conditions épouvantables, s’endettant de surcroît pour se loger et nourrir leur famille. Entre 1900 et 1910, plus de 40 000 Indiens y ont laissé leur vie.
Après la première guerre mondiale, cette ascension économique a trouvé son terme (des plans de caoutchouc avaient été exportés clandestinement vers la Malaisie, à la main-d'oeuvre beaucoup moins coûteuse) et la chute est rude. Pour y remédier, un capitaine de l'armée péruvienne tente, après un coup d'état, d'instaurer un gouvernement autonome, mais il est rapidement défait et contraint à l'exil, et Iquitos s'endort jusqu'au boom pétrolier des années 1970, puis le gaz ces dernières années, et enfin le tourisme, même si ce dernier reste le fait d'une catégorie de voyageurs uniquement, les autres ne s'aventurant pas forcément de par là. (5) (50) (51) (52) (53) (60)
Sur le Malecon Tarapaca, boulevard du bord de l'Amazone, se dressent quelques bâtisses rescapées du temps du caoutchouc, à l'instar de la Casa de Eiffel (bâties sur les plans de Gustave Eiffel en 1889 et acquise par un baron du caoutchouc) ou de la Casa de Fitzcarraldo (du nom de l'aventurier), au coin de la Plaza de Armas. (59)
Le quartier de Belén est fameux pour ses maisons flottantes amarrées aux rives et son marché qui, selon la saison et le niveau du fleuve, peut être flottant lui aussi. (54) (55) (57) (58)(61)
Les environs d'Iquitos
Le parc de Quistococha est aménagé autour d'un lac pour y accueillir une plage artificielle ainsi que des enclos zoologiques où l'on peut voir singes, capibaras, tortues d'eau, caïma
ns, paiche (LE poisson de la région... que l'on peut déguster en hamburger dans le centre de la ville), un anaconda pour la photo, idem pour le dauphin, et des jaguars ou pumas qui font pitié. (75)(76) (77) (78)
Santo Tomas
Petit village tropical au bord d'un lac ou viennent se divertir les habitants d'Iquitos en fin de semaine, dans des bars et restaurants montés sur pilotis.
La Ferme des Papillons
Gérée par Gudrun, une Autrichienne vivant ici depuis 26 ans, elle permet de voir des papillons aux différents stades de leur vie (oeuf, cocon, chrysalide et papillon) dont le célèbre morpho, mais également d'autres représentants de la faune équatorienne amenés là parce qu’orphelins ou en péril. (66) (68) (69) (7) (70) (71) (73) (74)(93) (94) (95)
Les villages de Boras et Yaguas
Minorités les plus proches de l'agglomération d'Iquitos, qui proposent leur artisanat et un spectacle de danse plutôt pitoyable...il serait préférable d'exiger un droit d'entrée, ainsi le visiteur saurait à quoi s'en tenir. Les Yaguas sont ceux qui portent ces pagnes de fibres végétales, occupant la région d'Iquitos à la frontière colombienne. On estime cette population à quelque 3000 individus aujourd'hui. (62) (63) (64)
L’AMAZONE
Premier fleuve du monde, avec 7025 km de long, il est constitué par la réunion du Maranon et de l'Ucayali.
Au début du XIVe siècle, un capitaine inca est envoyé en reconnaissance pour prendre possession des terres d'Indiens sauvages de la selva (appelée Antis par les Incas, d'où le nom Andes), ce pourrait être le premier explorateur de l'Amazone.
Vers 1500, c'est le Portugais Yanez Pinzon, compagnon de Christophe Colomb, qui en découvre l'embouchure sans pour autant poursuivre son chemin vers le Sud, jusqu'au Pérou.
Par conséquence, c'est Francisco de Orellana, parti en 1541 à la conquête de la cannelle et de l'Eldorado avec Gonzalo Pizarro, qui documente davantage sur ce fleuve qui le mène jusqu'à l'Atlantique. C'est d'ailleurs là qu'est née la légende des Amazones, femmes indiennes qui attaquèrent l'embarcation des Espagnols. (87) (89) (90) (91)
INDIANA
Village tranquille en bord de fleuve, la délinquance, si ce n'est la vente de drogue douce, n'ayant pas encore franchi la frontière des grandes villes que sont Puccalpa et Iquitos. Un policier m'explique que le rôle du commissariat est ici, comme dans les autres communautés traversées ces dernières semaines, plutôt administratif ou dissuasif. Il ajoute en outre que, devant le désir matrimonial et maternel de nombreuses péruviennes, particulièrement dans le bassin amazonien, la loi a abaissé l'âge du mariage légal à 14 ans, la petite devant être cependant consentante. Et, dans le village, elles semblent l'être particulièrement, à en croire le nombre de ventres ronds croisés. (8) (79) (80) (81) (82)
MAZAN
Bourgade un peu plus importante, parce que située entre l'Amazone et le Napo. Deux ports donc, selon là où l'on veut se rendre. Son petit bazar, du côté Napo, rappelle, par sa mise en place, les magasins Tati de Paris…ou, en fait, un pays nord-africain ou moyen-oriental. (84) (85) (86)
FRANCISCO DE ORELLANA
Municipalité très propre, au bord d'un bras du rio Napo, tout peuplé de nénuphars et comptant quelque 2000 habitants, 7000 si l'on inclut tous ceux du district, comme on dit ici.
A l’extérieur, derrière le terrain de football, les macaques viennent faire leur marché dans les arbres à la nuit tombée, discrets, progressant au loin de branche en branche. (96) (97) (98) (99)








































