TITRE-TANZANIE-BURUNDI

01.11.2011

Après 2 heures de retard pour un vol de 15 mn qui nous mène de Zanzibar à Dar-es-Salaam, le congé des clients est rapidement pris et je me retrouve aussi sec dans un taxi pour le centre de la capitale, cap pour une chambre sordide dans un quartier qui ne le semble pas moins.

PHOTOS-DEBUT                                  

02.11.2011

La décision n'en est que plus facile, je quitte les lieux à 5 heures après une courte nuit. Je récupérerai plus tard. Les bus sont ainsi faits en Tanzanie qu'ils démarrent souvent entre 5 et 7 heures.

Me voilà ainsi sur le départ, dans une gare routière qui n'est pas franchement la bonne, mais un "garçon-bussier" me largue où il faut, où je suis ensuite «remis à qui de droit».

Le trajet pour Kilwa Masoko s'annonce rude. 6 h de route, nous sommes une bonne vingtaine dans un minibus, et je me retrouve coincé entre la porte arrière et une grosse "doudou" qui ne tient pas vraiment sur le siège, si bien qu'elle m'écrase la jambe droite.

Fort heureusement, elle ne fait qu'un bout de chemin avec nous.

La suite n'est pourtant pas plus envoûtante, des portions de route manquent et le chauffeur emprunte la piste sans sembler noter la différence. Nous si !!!

Après un dernier changement de bus pour bifurquer vers la côte, j'arrive à Kilwa Masoko. Je prends la première chambre que je trouve, après avoir croisé le propriétaire à la banque et me voici dans les bras de Morphée. Un sommeil réparateur.

En soirée, le maître des lieux me raconte son histoire. L'établissement est celui de sa retraite, de surcroît une sorte d'héritage pour sa progéniture. Il a fait carrière dans la marine marchande, après avoir eu la chance d'obtenir une bourse par deux fois, l'une pour la Norvège, l'autre pour le Royaume-Uni.

 

03.11.2011

Centre administratif, Kilwa Masoko en soi n'a pas grand-chose à offrir, c’est le centre de l’actuelle ville et signifie littéralement «Kilwa du marché".

Mais tout près de là, Kilwa Kisiwani a abrité un sultanat durant les prestigieux siècles passés. Kisiwani signifie île en swahili, et effectivement l'on s'y rend en bateau, non sans avoir obtenu un permis au bureau attitré, qui assigne alors un guide...ou je rentre à la casbah.

Kisiwani, salle d'audienceLe mien en l'occurrence se prénomme Djamila et elle est agréable, ne m'assommant pas de détails que l'on n'oublie dans la 1/2 heure qui suit.

L’île, dont les ruines sont inscrites sur la liste du patrimoine de l’Unesco en 2001, est occupée du IXe au XIXe siècle, atteignant son apogée aux XIIIe et XIVe siècles.

Quelques secteurs n’ont pas encore été fouillés, mais l’on peut visiter certains vestiges.

Kisiwani, mosquéeAinsi, la grande mosquée, édifiée au XI siècle, la prison de Gereza, construite sur les ruines du fort portugais, le palais d’Husuni Kubwa, construit au début du XIVe siècle, avec sa grande piscine octogonale, plusieurs mosquées, et un ensemble urbain comprenant places publiques, nécropoles, maisons, salle d'audience, tribunal … 

Les Portugais sont alors passés par là, remplacés ensuite par d'autres Arabes, venus d'Oman.                                                           

Kisiwani, maçonneDjamila s'occupe également de mon transport pour demain, à 5 heures. Je continue ma route vers le Mozambique et devrais ainsi atteindre Lundi avant 8 heures.

 

04.11.2011

Départ à 5 h 02, je suis épaté, les rues sont désertes mais quelques silhouettes s'agitent pour charger les bagages...opération qui se termine de toute façon à la ficelle, les immenses paniers des mamas africaines dépassant largement le châssis du véhicule.

Aujourd'hui, je suis à l'aise, assis sur la banquette avant côté fenêtre, c'est l'avantage d'acheter le billet en avance. Ma voisine, Eilati, est mignonne à croquer, assise sur les genoux de sa mère. Nous partageons gâteaux, de mon côté, chewing gum, du sien !

Lindi, poisson fuméLindi (42 000 habitants) est sur la côte sud, donc l'une des activités est forcément la pêche, comme partout apparemment peu rentable, à en juger par la tenue des pratiquants.

Ville importante à l’époque du sultanat de Zanzibar, pour sa position privilégiée au bord de l'Océan indien, à l'extrémité d'une route commerciale fréquentée par les praticiens de l'esclavage, dont la fin a accéléré le déclin. A cela s’ajoute la fondation de Mtwara en 1946, dotée d'un port en eau profonde.

Le centre est plus...tanzanien...des rues à l'américaine, quadrillées mais avec des noms, poussiéreuses, odorantes, ou l'étranger de passage, s'il a un but, n'atteint celui-ci qu'avec difficulté, à moins de se promener en tchador, abordé qu'il est par un local intéressé, ou intéressé !                    

PHOTO 78-79Un policier rencontré à l'arrivée, auquel je rends visite un peu plus tard (il me faut vraiment aller si loin pour copiner avec des individus pareils (!), me permet de me rencarder pour la suite de mes pérégrinations.

J'aurai aimé passer la frontière sur la côte, vers Mtwara, mais ce serait probablement une perte de temps, la frontière semblant fermée à cet endroit là.

Je la franchirai donc plus à l'ouest, à Masasi. Il me faudra ensuite aviser et certainement regagner la côte une fois de l'autre côté. En tout cas, je prendrai mes renseignements pour ne pas flirter avec les mines restant de la guerre civile de 15 longues années, achevée en 1992.  

05.11

Ça y est, direction la frontière mozambicaine. Je vais laisser les bégaiements des lieux tanzaniens, les Ngorongoro, Nanganga, Ndanda et autres Chingugu, et me diriger vers des consonances lusophones qui, si je ne pratique pas le portugais, seront peut-être plus faciles à identifier!

De Lindi à Masasi, ce ne sont que 3 heures, qui pourraient pourtant être allégées si n'étaient les contrôles policiers très très réguliers sur le dernier tronçon. Le paysage plat se ponctue ici de quelques petits massifs qui surplombent villages et palmiers, c'est le plateau makonde. La contemplation, la lecture, la musique distraient mon esprit des effluves de poisson en provenance du grand panier assis à mes côtés!

A Masasi, après le petit-déjeuner, café et chapatis, que j'améliore de quelques gouttes de grand-marnier, c'est tout d'abord l'attente pour que se remplisse le bus. On observe le marché et se gausse du spectacle donné par l'arnaqueur aux 3 jetons (un principe connu avec 3 cartes) qui laisse deviner aux "pigeons" où se trouve le jeton marqué différemment et allège ainsi la bourse de certains.

L'on prend également contact entre voyageurs, tandis que s'amoncèlent marchandises et passagers dans le véhicule.                                                              

Masasi, bus2h30 plus tard, c'est le départ pour un trajet chaud, aux arrêts fréquents dans des villages où ce passage signifie l'attraction de la journée. Parents et commerçants en attente de marchandise se regroupent à l'arrêt et les gamins accourent en criant de joie et faisant de grands signes.

A l'intérieur, l'on discute, un couteau traverse le bus, accompagnant le manioc qui va tenir lieu de snack dans ce festival de robes et boubous colorés, doublés parfois par ceux de la progéniture juchés sur le dos ou les genoux de la mama.

Dernière pause à Masunguru où l'on se déleste d'une grande partie de la marchandise. La population est là-aussi au rendez-vous, tandis que des jeunes sont affairés autour de la table de billard.                                                                                

Masunguru, billardUne minute avant l'arrêt au poste-frontière de Mtambaswala, c'est la crevaison, arrivée en beauté donc dans un nouveau trou du cul du monde.

Celui-là cependant s'avère particulier. Alors que généralement ces endroits fourmillent de commerçants et bandits en tout genre, ici, même pas "d'agents de change", la croix et la bannière pour troquer quelque monnaie, et encore uniquement des dollars !

Le logement est tout aussi précaire, mais nous pouvons déjà être satisfaits d'avoir un lit. Nous, ce sont outre Mezigue, Simon et Suleiman, deux ingénieurs en téléphonie envoyés dans ce trou afin de parer aux problèmes constatés par les utilisateurs de leur compagnie, et leurs compagnes, Mary et Rachel. Un musulman et trois chrétiens, luthérien pour Simon, mais ce n'est pas un problème, la cohabitation est pacifique dans le pays.

Mtambaswala, pont de l'AmitiéLe village dispose maintenant de son pont, celui de l’Amitié entre Tanzanie et Mozambique, qui enjambe la rivière  Ruvuma.                                           

06.11

Je suis un peu tard sur le lever, semble-t-il, en ce dimanche car je prends la route de Muedo, au Mozambique, à l’arrière du pick up. Les premiers arrivés sont les premiers servis, et la place en cabine à côté du chauffeur est bien sûr déjà occupée.

Un premier arrêt au bureau de l’immigration tanzanienne, pour sortir du pays, et ce sera...le dernier pour mois, dans ce sens. L’officier m’emmène en effet consulter son homologue mozambicain à 2 kms de là, afin qu’il me confirme ce que le premier soupçonne : contrairement à l’information donnée par l’ambassade parisienne, aucun visa n’est délivré au poste-frontière. Aucune discussion n’y remédie, il me faut aller en retirer un à Dar-es-Salaam ou, autre solution, prendre là-bas un vol pour Pemba, au Mozambique, où là, la délivrance du visa est possible.

Retour à la case départ sur cette longue route, quand toutefois elle existe, sinon piste qui, selon le siège, secoue les boyaux, à donner l’impression d’être en stage de prétendant à un vol pour l’espace. Vive l’Afrique !!!

Mes compagnons de route ne sont pas surpris outre mesure de mon retour.

Un peu plus tard dans la matinée se présente pour moi une opportunité de reprendre la route, dans un pick up qui vient de prendre de l’essence. Eux ont encore un peu de travail, ils gagneront Masasi plus tard.

Me voilà donc adossé à un autre passager derrière 4 barils. Je sors rapidement un bout de drap de mon sac, que je noue sur la figure en me tournant côte piste. Entre poussière et relents d’essence, le choix se fait rapidement.

Je n’y reste pas jusqu’à Masasi. A la moitié à peine du trajet, changement de place, ils me font passer dans la cabine. Privilège du mzungu que je suis, peut-être.

La course est beaucoup plus rapide qu’à l’aller. J’observe maintenant la route à l’avant. A chaque village ou forme animée dont la silhouette se profile à l’horizon, le chauffeur appuie à fond sur son klaxon, et c’est la débandade, les vélos sont lâchés, puis dans un effort désespéré, traînes en bord de route !!!

A Masasi (443 000 habitants pour l’ensemble du district), c’est encore dimanche, même topo qu’à Mtambaswala mais en plus grand. J’entends par là, un trou du cul du monde, mais plus large. Certes une ville mais pas de café Internet aujourd’hui et le change s’avère une expédition, se déroulant chez des marchands indiens, dont on voit la position qu’ils s’estiment par rapport à leur main d’œuvre africaine ! Même le coup de téléphone à Simon doit être arrangé avec un privé à la station de bus.

Ici, la vie de nombreux agriculteurs dépend du prix qu’ils tirent de la noix de cajou. La balance entre prix de production et prix de vente qui rendait leur condition difficile a donc amené six villages environnants à se grouper en une coopérative qui permet de trouver des marchés, redistribuer  les bénéfices et investir dans de nouveaux projets.

Je retrouve mes deux comparses le soir même pour quelques bières, seuls. En fait, ils sont mariés et les deux «sisters» les accompagnaient pour le week-end.

Je ne connais pas de mot en swahili pour trinquer mais nous avons le nôtre : «mtambaswala». Ils ne connaissaient pas l’endroit et il les a marqués également.

 

07.11

Départ à 6 h 00. Journée longue. Même si le bus ponctuel et les arrêts plutôt efficients, minimum requis pour soulager la vessie avant que ne surgissent les amygdales et pour se boucher la panse, nous permettent d’atteindre Dar en fin d’après-midi, il nous faut encore 2 à 3 heures pour rallier le terminal de bus, le trafic étant intense.

Je prends une chambre près de chez Suleiman, ce qui nous permet de prendre encore un verre en soirée.

Dar es Salaam (2,5 millions habitants) anciennement Mzizima (« ville saine »), doit son nom actuel de « demeure de la paix » au sultan Seyyid Madjid de Zanzibar du XVIIIe siècle.

Sa croissance est favorisée par son rôle de centre administratif et commercial de l’Afrique de l’Est allemande, qu’elle conserve ensuite sous domination britannique.

Même si elle n’est plus capitale du pays, transférée à Dodoma, plus centrale, elle reste la ville la plus importante.

 

08.11

Je suis indécis quant à la suite de l’aventure. Le Mozambique m’a refroidi.

Et il continue après ma visite à l’ambassade. L’administré, sympathique au demeurant, ne semble pas être au parfum et prend ses renseignements par téléphone à l’aéroport de Dar. Apparemment, aucun visa n’est délivré non plus à Pemba. Il s’obtient ici en 2 ou 5 jours, selon le tarif...où je change de cap, ce qui me tente de plus en plus. Un couple d’Allemands croisé là, qui est en voiture depuis l’Europe, n’a pas rencontré ce problème depuis le départ, sauf entre le Nord et Sud Soudan qui, politiquement, présentait certaines tensions, compréhensibles au moment de leur passage.

Voguant entre diverses pensées, je pose la question à mon voisin de bus sur la possibilité de gagner l'île de Mafia en bateau à partir de Dar. Que n'ai-je déclenché là ! La faune du bus, la partie avant en tout cas, est maintenant occupée à discuter le plan. Un jeune homme me couche ensuite tout cela sur papier.

Je passe la soirée avec Suleiman, et sa femme, aux petits soins pour lui. L'Afrique est de toute façon, plutôt machiste. Lorsqu'il veut du feu pour sa cigarette, c'est une serveuse ou Reema, l'épouse, qui se déplace. Idem pour les repas.

Il m'a avoué en fin d'après-midi que Rachel venait passer une semaine à Dar es Salaam le mois prochain. Suleiman, si amoureux de sa femme. C'est juste culturel.

Lui, à son tour, est aux petits soins pour moi et s'enquiert, avec Simon depuis Masasi, de mon bien être affectif. Si j'ai besoin de compagnie, il ne faut pas hésiter à leur communiquer ma solitude, on y remédiera !

SuleimanDans son quartier général, bar quasiment mitoyen de ma guest, le groupe du jour, du soir en fait, qui joue en live, vient de Tanga, au Nord de la capitale. Du rythme...et des popotins qui s'agitent, comme eux, ou surtout elles, savent le faire.               

 

09.11

La décision est prise. Le Mozambique se passera de moi, pour l'instant en tout cas. J'étais attiré mais il reste d'autres endroits qui me tentent, assez pour ne pas devoir affronter des fonctionnaires encore plus mous du genou que certains des nôtres.

C'est l'Afrique, avec son quotidien de joies et de déceptions, d'enquiquinements et de sympathies. Le voyage se construit souvent sur des situations délicates qui en attirent d'autres inattendues et réjouissantes.

Et l'Afrique n'est pas en reste pour les surprises ! Une partie (pas toujours mais régulièrement) du plaisir réside dans le fait de m'endormir le soir sans toujours savoir la décision que me réserve le lendemain. Même si elle vient de moi, elle se présente par le biais d'éléments ponctuels qui me la dictent. Très différent d'un voyage professionnel au cours duquel je dois veiller au bon déroulement du circuit, de la façon la plus fidèle possible à ce qui est annoncé dans le catalogue. La spontanéité en prend bien sûr un coup.

Je quitte donc, probablement, Dar demain matin pour l'ouest, jusqu'à Kigoma, par étapes je pense, vers la frontière du Burundi. En bus, le prochain train avec place disponible étant en fin de semaine prochaine. L'idée est d'emprunter le cheval de fer, alors je tenterai cela pour le retour, en achetant rapidement mon ticket une fois rendu là-bas, avant de vaquer à une autre péripétie.

 

10.11

Je commence, après le petit-déj classique, chaï et 2 chapatis arrosés de grand-marnier, par une petite crise d'autorité. C'est le moyen de conserver sa place réservée à l'avant du bus, près de la fenêtre. La vie ici est un apprentissage à suivre, sinon, comme trop de petites gens abusés, on se fait bouffer.

Tout rentre rapidement dans l'ordre, après qu'ils ont essayé de me refiler un siège à la fenêtre derrière ou devant côté couloir. « Couloir » est exagéré pour un bus tanzanien, car il est souvent lui-même occupé.

Pour le départ, le vendeur des billets, qui doit être un chef, nous précède à pied jusqu'à la route. Il doit craindre pour son bus, marqué "islam" en gros caractères.

Et finalement, un siège à l'arrière n'aurait aujourd'hui pas été dramatique, la route étant bien asphaltée et le chauffeur pas un fangio.

Morogoro, vueMe voici donc à Morogoro à l'heure du déjeuner, riz et sauce légumineuse, où je m'amuse ensuite un moment avec trois gamines, Samila, une coquine, Leima et Jamila.

Cette ville de 210 000 âmes, centre agricole et universitaire n'est ni envoûtante ni repoussante, elle est ceinte des monts Uluguru et présente la particularité d'abriter un centre de recherche où l'on éduque des rats à détecter deux types de maux. D'une part des mines anti-personnelles, pour lesquelles l'aboutissement pourrait être l'envoi de ces professionnelles inattendues au Mozambique ou en Angola par exemple. Leur avantage est la légèreté, contrairement aux chiens et l’odorat très fin. C'est pourquoi, on les embauche d'autre part pour détecter le virus de la tuberculose qui atteint à nouveau de nombreuses gens dans les pays du tiers-monde. En outre, faciles à nourrir, ils sont récompensés par des aliments tels que cacahuètes lorsqu'ils rencontrent le succès, uniquement. Ce qui les motive.

 

11.11

Je poursuis ma route vers l'ouest. Mpwapwa m'aurait intéressé, rien que pour le nom mais ce n'est pas sur le chemin.

Je me suis procuré une carte sim tanzanienne pour mon portable, ce qui devrait me permettre d'avoir quelques contacts plus instantanés avec le Vieux Continent. Bon marché de surcroît, même si c'est un peu aléatoire, surtout les sms.

Les compagnies de téléphone font ici aussi leur blé. Même de vieilles femmes, pieds nus dans les bus, annoncent leur arrivée imminente quand pointe l'arrêt attendu.

Je suis hésitant à faire un arrêt à Dodoma, la capitale (elle y a été transférée après avoir été à Dar), et il s'en faut de peu. Après avoir raté de peu un minibus, en fait je l'avais mais l'un des "garçons-bussiers", appelé conductor dans le pays, ayant cherché à m'entuber, la question est tranchée. Je prends un bus de Mohamed trans. Mais Mohamed a pris du retard, 2 heures, il se pointe au moment où je commence à étudier la possibilité de passer une nuit ici.

Direction Manyoni.

PHOTO 88-90Le paysage se transforme, de plus en plus plat et éparse, alignant ici des monticules de pierre formant des mini-collines.


Manyoni
(206000 habitants pour l’ensemble du district) est une ville ferroviaire et le centre d'une région de culture du tabac.                                           

Je suis lâché en bord de route, l'endroit n'est pas un arrêt spécialement prisé, et je dois prendre un moto-taxi pour rejoindre le centre. La bande de caoutchouc, vieille chambre à air reconvertie ou peut-être un pneu (ils en font également des sandales épaisses avec lesquels on doit pouvoir faire un tour du monde avant de les user), qui maintient mon bagage à l'arrière, lâche rapidement. Je n'ai pas de cristal à l'intérieur, fort heureusement. Voilà mon chauffeur qui tente de reficeler l'ensemble mais sa lanière rétrécit au fil de ses tentatives !!!


Je passe une nuit au Pentagon, guest house proprette, avec eau chaude (la première depuis le début de cette épopée) et petit-déj.

Manyoni, lingeLe nom ne me surprend plus. Même si l'anglais n'est finalement parlé ici, dans ce pays africain anglophone, que par certaines personnes et généralement par bribes, on sent une influence bien américaine !!!

Le style télévisuel de certaines chaînes, la musique (et j'espère que cela ne va pas empirer) qui se transforme pour partie en un mélange américano-africain (dans le meilleur des cas latino-africain), qui n'emprunte cependant pas au Nouveau-Continent le meilleur de ses sources ! Soupe mièvre de R'N'B, ajouté à des effets sonores "poudre aux oreilles" sur fond vidéo, quand il y en a, de belles voitures américaines avec poupées Barbie et Ken en dépuissance !!! Au secours, Mory Kante, Alpha Blondie et autres Bob vont y laisser leurs dreadlocks.

Et, depuis 2 ou 3 ans j'imagine, la Obamania. Combien de pancartes, publicité arborant le nom de l'actuel président américain, et même de jeunes hommes se faisant prénommé Obama !                                              

PancarteMon dîner ne change pas des derniers jours, poulet et frites, pour lesquelles j'insiste toujours pour qu'ils les laissent un peu plus frire qu'à LEUR accoutumée...dorer serait  exagéré ! Il ne faut pas venir dans ce pays pour l'art culinaire. On peut certes manger correctement mais dans les lieux touristiques. Le quotidien tanzanien est beaucoup moins varié et fin.

J'accompagne le tout d'une bière. Le choix des marques est, lui, plus étendu et certaines rappellent bien ou l'on se trouve : Safari, Kilimanjaro, Serengeti...On les ouvre généralement à l’ouvre-bouteille mais j'ai vu une jeune femme procéder à l'opération à l'aide de ses dents.

Je me méfie d'ailleurs lorsqu'une jeune personne du sexe opposé me demande de lui en offrir une. Peut-être a-t-elle soif mais c'est généralement une tactique approche du mzungu.

Ce dernier vocable désignant les étrangers me tape d'ailleurs lentement sur le système. Signifiant à l’origine « quelqu’un qui erre sans but», il était utilisé pour décrire les premiers explorateurs européens. Et je ne l'entends qu'une bonne cinquantaine de fois par jour.

Même si ce n'est pas obligatoirement emprunt de dédain, de jalousie ou d'agressivité (dans de nombreux pays, le blanc dispose de son propre qualificatif - gringo en Amérique latine, toubab en Afrique de l'Ouest, farang en Thaïlande, lao wai en Chine...), j'imagine les foudres, voire le procès, que l'on s'attirerait en Europe à distinguer systématiquement un nègre d'un blanc bec.

Parfois, cela devient vraiment pesant, lorsque prononcé par des gens peu instruits qui ricanent bêtement au passage du mzungu comme le feraient d'autres incultes à l'arrivée d'un extra terrestre dans le fin fond du Quercy ! Et là non plus, aucun moyen de tenter une approche, manque d'instruction d'une part, et barrage de la langue de l'autre, car même si le dollar sonne bien à leurs oreilles, c'est bel et bien le swahili qui se parle ici.

C'est le prix à payer, je l'ai voulu, si l'on cherche à pénétrer le pays en s'éloignant des sentiers touristiques. J'ai du apercevoir une dizaine de wazungu (le pluriel) dans les 10 derniers jours. Ainsi, bien sûr, j'apprends à connaître les gens tels qu'ils sont réellement, même si cela comporte des revers.

Lindi, bus coloréParmi la catégorie la plus difficile à pratiquer, les professionnels du transport, drivers et conductors, autrement dit chauffeurs et rabatteurs. Des bandits du quotidien qui, bien sûr, veulent optimiser leur profit et n'hésitent pas pour cela à entasser les voyageurs comme du bétail, des voyageurs d'ailleurs bien trop dociles à mon goût. Il faut parfois savoir lever le ton pour s'affirmer. Peut-être mon état de mzungu y est-il pour quelque chose mais je n'en suis pas complètement convaincu. Je crois que comme souvent, la crédulité des gens peu éduqués est abusée. En Afrique de l’Est, l’union de ces professionnels de la route en syndicats pèse son poids.

 

12.11

Un petit tour, avant de reprendre la route, me permet de constater davantage l'étendue du bled, traversé par la voie ferrée. Chacun vaque à ses occupations, passant régulièrement de l'autre côté, avec vélo et marchandise...souvent sans un passage approprié pour cela.

"Affrontement" journalier avec les rabatteurs qui me font faire un détour par le Nord, en l'occurrence Nzega, mais je souhaite progresser et peut-être est-ce le parcours le plus fréquenté.

L'arrêt déjeuner et changement de bus à Nzega s'avère d'ailleurs plutôt drôle. Après avoir essayé d'abuser un peu le prix pour le mzungu, le vendeur s'amuse du fait que je pratique maintenant un tant soit peu les chiffres en swahili...et les choses rentrent dans l'ordre.

Je passe l'après-midi on the road, ce ne sont plus que pistes, bientôt transformées, là encore, comme souvent, par des contremaîtres chinois. Seules les villes de dimension plus importante sont en partie goudronnées.

La nuit à Tabora se révèle relativement confortable, plutôt surprenant, compte tenu de la fenêtre de ma chambre qui donne sur la salle du restaurant...occupé aujourd'hui par une foule célébrant la fin d'un cycle d'apprentissage, avec accoutrement et beats de circonstance, dont les basses traversent allègrement les murs.

Tabora (128000 habitants), fondée par les Arabes entourée de manguiers et de collines de granit, est sinon pratiquement dépourvue de relief.

Pendant longtemps elle a été un facteur de sécurité dans l'histoire Est africaine, sécurisant la communication entre la côte et les grands lacs.

Dans ses faubourgs, on cultive maïs, tabac et patates douces, dont le rendement reste cependant faible à cause du réseau d'irrigation vétuste.

Elle est aujourd’hui le chef-lieu de la région la plus étendue du pays.

 

13.11

Un Congolais, de la République Démocratique s'entend, anciennement Zaïre, est venu accompagner son "frère et ami", à comprendre frère par alliance donc beau-frère, qui s'en retourne au pays. Petite discussion qui me permet de pratiquer un peu ma propre langue. Même si d'ordinaire, ce n'est pas ma quête, aujourd'hui cela m'est plutôt agréable, d'autant plus que l’accompagnant est professeur de français et maîtrise bien son sujet.

Par contre, tous deux sont bien africains, ils s'amusent du fait que je ne sois pas marié, et annonce 5 enfants pour l'un, 6 pour l'enseignant, auxquels on se doit d'en ajouter deux supplémentaires, ceux de sa maîtresse !

Le bus s'attarde, un petit vieux monte et descend continuellement, à la recherche d'un enfant égaré alors qu'il est parti uriner. Il débutera le trajet, avant de descendre au premier arrêt, le premier contrôle policier.

C'est aujourd'hui un long trajet qui m'attend et les 2 premières heures sont inconfortables et...étroites. Je n'ai obtenu qu'une place certes à l'avant mais côté couloir, sur une rangée à 3 sièges, moins larges que beaucoup d’arrière-trains, surtout pas celui de mon voisin !

Je me réjouis de sa descente un peu plus tard, mais la surprise est de courte durée. Il est vite remplacé par une mama, jeune, dont il serait en dessous de la vérité d'affirmer que ses bras sont plus gros que mes cuisses !!! Mon Congolais de voisin, écrasé côté fenêtre, en rigole, elle-aussi d'ailleurs. L'embonpoint est ici un signe de bonne santé, financière en tout cas.

Je saute peu après sur l'occasion d'une place libérée de l'autre côté, à la fenêtre de surcroît, mes 2 voyageurs "mitoyens" en sont également fort aise, mais il me faudra, là encore, lever le ton lorsque l'un des conductors me demande à regagner la place d'origine. Et bizarrement, à ce moment-là, j'obtiens même des sourires de l'équipe régnante qui restait jusqu'alors plutôt de marbre.

C'est une caractéristique que je remarque souvent en Afrique, et il me semble qu'ils ne sont pas bien rancuniers. Après une altercation, ils se révèlent souvent au moins autant aux petits soins que précédemment, voire davantage !

Ce qui rehausse régulièrement l'ambiance du voyage, ce sont les sourires des gamins. Certains restent certes coincés, insensibles aux miens, apeurés peut-être par cette créature venu d'un monde inconnu, mais d'autres rétorquent, voire prennent l'initiative d'une risette qui illuminent leur face et du coup la mienne, ou les barrières de la nationalité, de la langue et de la couleur sont transgressées, faisant place à une spontanéité toute enfantine, emprunte d'une certaine naïveté très positive !

Le paysage se pare à nouveau de nouveaux habits, la végétation devient plus luxuriante, l'herbe plus verte, plus lumineuse, plus haute aussi. Il semble que la région soit plus humide.

Des rangées de maisons apparemment neuves, aux briques fraîches se fondent dans ces larges espaces, tandis que progresse le bus à vive allure, rien de propice à un cœur mal accroché.                                                    

Fabrication de briquesEt au bout du trip Dar-Morogoro-Dodoma-Manyoni-Singida-Nzega-Tabota-Uvinza-Kasulu, enfin, Kigoma !

 

14.11

Je m'éveille à la lueur d'une panne d'électricité, due probablement à la pluie qui s'agglutine sur la guest house où j'ai pris mes quartiers. Et elle semble vouloir s'étendre quelque temps. D'où probablement cette verdoyante région, constatée à mon arrivée.

Kigoma, lac TanganyikaUne bonne opportunité pour me reposer des derniers jours passés à voyager, et organiser les jours à venir.

Le ciel reprend ses esprits au cours de la matinée, et je peux aller rendre visite au lac dans l'après-midi.

Kigoma (164 000 habitants), le plus grand port tanzanien sur le lac Tanganyika supplante Ujiji, à 6 km de là, tardivement, au début du XXe siècle, lorsqu'elle devient le terminus de la ligne de train en provenance de Dar es Salaam.

Le deuxième lac le plus profond au monde, derrière le lac Baïkal, a abrité la rencontre lors de laquelle Henry Morton Stanley a prononcé cette phrase historique : "Docteur Livingstone, je présume?".

Formé il y a 20 millions d'années, il couvre une superficie de 32 900 km².

Son nom, Etanga'ya'nia, signifie « lieu de mélange » en kibembe.

C'est également le plus poissonneux, avec, entre autres le fameux (ici tout au moins) daga, petit poisson gros comme le majeur et à peine aussi large. Il est très salé...le sel, c'est d'ailleurs tout ce que j'en ai goûté. Peut-être la manière dont il est préparé, entier et raide comme du bambou. L'accompagnement, par contre, est plus à mon goût, les ndizi, bananes cuites qui, bien préparées, ont un peu le goût de la pomme de terre.     

D'une manière générale, le pays se prête au végétarisme, si l'on ne fréquente pas les sites touristiques.              

Kigoma, dagaIci, bien sûr, on croise encore plus de Congolais, car le lac tient lieu de frontière avec la république « démocratique ».

Par contre, l'activité portuaire me semble réduite à son plus simple appareil. Je vois quelques pêcheurs mais, me renseignant sur les bateaux pour les alentours, nord ou sud de Kigoma, il s'avère que le prochain mouvement n'a lieu que dans 9 jours !

Relativement isolée jusque dans les années 1990 par rapport aux centres décisionnels du pays, Kigoma a vu exploser le commerce transfrontalier « grâce » aux conflits régionaux du Burundi, du Rwanda et du Congo qui a provoqué un afflux de réfugiés.

PêcheursEn outre, la proximité du sanctuaire de chimpanzés de Gombe, créé à l’initiative de Jane Goodall, contribue à la venue de quelques touristes.                                       

15.11

Je décide d'aller me rencarder à la frontière, à une heure d'ici, quant au passage pour le Burundi. Les bruits disent que c'est possible mais mon épopée vers le Mozambique m'a échaudé et je préfère en avoir le cœur net.

Le poste se trouve à Manyovu, la route est bonne et je reviens dans la matinée avec une confirmation...positive.

Là-bas, il semble d'ailleurs que la banane (denrée la plus commercialisée au monde) fasse fureur, à en juger par les monceaux qui couvrent le bord de route, côté tanzanien tout au moins.                                                      

Marché de bananesEntre les deux administrations, dans le no man's land comme qui dirait, je croise un Chinois. Il semble qu'une nouvelle route se dessine...

A Kigoma, je me rends chez mon tailleur qui m'a façonné une chemise (je suis modeste cette année...je ne savais pas ce qui m'attendait) avec un tissu acheté à Dar.

Il a été rapide, un jour, ayant même terminé dans la matinée alors qu'il avait annoncé 16 heures. Et là, je suis sûr d'avoir compris.

Il faut préciser, à ce sujet, que les Tanzaniens ont une base de temps qui leur est propre. Héritage swahili semble-t-il. Ils commencent par 7. Ainsi, s'ils annoncent un départ de bus à 1 h du matin, c'est en fait 7 h qui est sous-entendu. 2 h devient donc pour nous 8 h etc. Il faut arriver à piger le truc et surtout bien s'entendre sur quelle base la conversation a lieu !!!

Les gens me sont plus sympathiques ici, j'ai certes croisé quelques touristes, 5 ou 6 en fait (à peine moins que lors des 2 dernières semaines), mais l'on n'entend le vocable mzungu que 20 fois par jour.

Prendre le numéro de portable est devenu le réflexe qui a remplacé l'ancienne carte de visite. Certains se manifestent même un peu plus tard.

Je mettrai un bémol sur un ou deux employés de la gare ferroviaire. Je prends quelques renseignements hier déjà auprès d'une charmante dame pour une première classe en direction de Dar, et aujourd'hui, en voulant confirmer, je m'entends dire sèchement qu'il n'y a que la troisième classe de disponible (la première est occupée par le personnel ferroviaire…à quoi bon donc afficher des prix ?), autrement dit siège dur pendant quelque 48 heures puisque le train met deux fois plus de temps. Quitte à être inconfortable, autant donc prendre le bus.                                                                             

Kigoma, gareJe dois juste étudier mon trajet de retour, peut-être passerai-je par un autre poste-frontière pour sortir du Burundi.

Je passe du temps avec Tatu, la réceptionniste de ma guest. Encore une accroc du portable, elle dort carrément avec. Elle travaille ici 6 jours sur 7, je pense qu'elle ne compte pas franchement ses heures, et tout ça pour un salaire mensuel de 70 000 shillings tanzaniens, soit quelque 32 euros !!!

                                              

Mabanda, transport de bananes16.11

Comme hier, mon chemin me mène à Manyovu pour la sortie de Tanzanie. Côté Burundi, c'est Mugina pour le coup de tampon. Rapide et en douceur, avec des douaniers courtois et agréables. Le paiement, lui, se fait cependant à une trentaine de kilomètres de là, à Mabanda.

Jusque là, c'est le chemin de la banane. Des bananes à pied, en vélo, en montée, en descente. Des dizaines de personnes s'agitent, transpirent, tirent, poussent, supportent le fruit jusqu'au marché, où les acquéreurs devront ensuite passer à la cuisine. En chemin, une femme s'accorde une brève pause pour donner le sein, avant de recharger un régime sur sa tête.

Ensuite, j'obtiens officiellement le visa, de transit cependant, valable 3 jours. Cela veut dire qu'il me faudra prolonger, et repayer, une fois dans la capitale ! Ils ont le sens du commerce ici.

La route à partir de là est en soi goudronnée, mais elle a pris quelques coups et, de surcroît, il semble qu'une pluie forte hier en ai remis une couche. La tôle ondulée qui sert de toit à une église s'est même envolée !

Apparemment, je n'en ai pas vraiment terminé avec l'appellation de mzungu. Ici, on parle certes la langue de Molière, mais également le kirundi, parent proche du swahili. Et pour certains, j'ai la vague impression que cela s'arrête aussi là, à en croire ce qu'ils me bredouillent autrement, qui relèverait plutôt de l'anglais.

Quoi qu'il en soit, un soldat et un autre co-passager se débrouillent assez bien pour que nous puissions sympathiser. Et, je dois l'avouer, je suis bien content cette fois de pouvoir parler à nouveau ma propre langue.

Autres retours : l'heure, ici, recule à nouveau d'une unité, et on roule à droite, même si le volant n'est pas toujours à gauche.

De Mabanda, nous mettons le cap sur le lac Tanganyika, que nous remontons alors au rythme de la pluie, forte par moments, et des diverses courses effectuées par le bus. Nyanza-lac, Kigwena, Rumonge, Magara, Kabezi, jusqu'à Bujumbura.

Bujumbura, lac TanganyikaBuja (pour les intimes) est une capitale de plus de 500 000 habitants, pour 60 000 en 1962.

A l’origine terrain acheté au chef local par des missionnaires allemands en 1897, Usumbura devient chef-lieu du district du Rwanda-Urundi 4 ans plus tard. Se développant rapidement sous la tutelle belge, de 1922 à 1962, elle est faite capitale du Rwanda-Urundi. Elle est alors peuplée surtout de non-Burundais, la permission d’y résider étant assujettie à la condition d’y avoir un travail rémunéré.

C'est après l’Indépendance en 1962, qu’Usumbura se transforme en Bujumbura.

Mélange de quartiers aux visages très différents, la ville abrite plus de soixante nationalités différentes, rwandaise, congolaise, indienne, omanaise…                

PHOTO 95-97Trouver une chambre n'y est pas une mince affaire mais je finis, après un coup avorté -un chauffeur de taxi m'a amené dans un diocèse qui loue certes, mais à des prêtres et autres professionnels du business (est-ce que j'ai une gueule d’curton ?)- par obtenir une cellule proche du centre-ville.

Ce dernier s'articule autour du marché, construit au début des années 1990, conséquent et animé, avec de petites boutiques aménagées à l’intérieur, et des rangées qui ont leur spécialité, savons, alimentation (…). Entretemps il est devenu exigu et des vendeurs s’installent à l’extérieur, de manière assez anarchique.

La circulation, elle, ne diffère pas du pays voisin, rapide, nerveuse, chaotique, mais étonnamment peu sujette aux accidents, proportionnellement aux risques encourus

 

17.11

Pour avoir mon visa de séjour en poche, je règle dès aujourd'hui cette formalité, ainsi je ne serai pas tenu de repasser obligatoirement par Buja.

Le moto-taxi qui m'emmène au bureau en charge de cette formalité, me refile à un collègue en cours de route...apparemment, il ne savait pas trop où il allait !

Pour procéder à ce visa, il faut bien sûr quelques photocopies mais pour cela, il faut me rendre à l'extérieur dans un petit "photocopie shop". Mais...pas de courant. Donc je vais un peu plus loin. L'Afrique quoi.

Cette action va donc prendre une bonne partie de la matinée. Mais que je ne me plaigne pas, le fonctionnaire a été bien gentil, car, en théorie, j'aurais dû revenir l'après-midi.

Je patiente en me mettant à l'aquarelle, et là, je me fais aborder à plusieurs reprises pour savoir si j'ai un atelier.

La dernière fois, à l'extérieur du bâtiment, en repartant, par un policier, déçu d'apprendre que je n'habite pas le Burundi. Il voulait prendre des cours !

Pour gagner la gare de bus à partir de mon hôtel un peu plus tard, encore un taxi-moto qui ne connaît pas la géographie de la capitale. La première gare où nous atterrissons est la mauvaise, et là, discussion, attroupement, bref une affaire d'état !!!

Enfin, je finis par quitter Buja en direction du sud-est, pour Rutana.

Ici, on parle certes français mais français-belge, je m'en suis vite aperçu en les attendant compter...septante cinq, nonante-huit...

De plus, leurs frites sont meilleures que celles de Tanzanie. Bien plus croquantes !

Sur la route, nous alignons les contrôles de sécurité routière, avec le même rituel, des signes automatiques, connus des deux parties, de façon à ce que le chauffeur, allume ses phares, fasse fonctionner ses clignotants et ses essuie-glaces.

Ceci dit, il est un autre domaine dans lequel ils devraient s'affairer, en l'occurrence la vitesse dans les bleds traversés. Car mes statistiques quant à la faible proportion d'accidents par rapport aux risques encourus prennent une claque aujourd'hui. Une voiture, pare-brise éclaté, n'a pu éviter un cycliste. Ce dernier est déjà enveloppé dans un drap sur le côté...des pieds à la tête !

A partir de Mugamba défilent les champs de thé, brillant au soleil, lorsqu'il remplace les averses. Nous sommes en saison des pluies, rien de plus normal.

Je sens que je m'avance dans une province quelque peu retirée. A l'arrêt de Rutovu, le dernier avant le terminus, les gamins s'affolent, de joie, de peur, de curiosité, à la simple vue d'un téléphone portable, et d'autant plus à celle de ma caméra. Scène très cocasse, et pour les enfants, et pour les passagers du véhicule.                         

GaminsC'est l'équipe du bus, très sympa, je dois réviser mes propos sur ces travailleurs de la route, qui me trouvent une guest ici, m'amenant jusque dans la cour avec le véhicule !

Rutana, 60200 habitants, est située quelque 1500 m d’altitude. L’agriculture (manioc, patate douce, banane, haricot, maïs, sorgho, arachide), principale activité, occupe plus de 90% de la population, n’assurant pas cependant des conditions de vie descente à tous, d’où l‘exode massif de jeunes actifs ruraux.                                    

Rutana, vueL'air est plus frais, la région est semi-montagneuse et bien campagnarde. Les lieux, les odeurs me font songer aux vacances de mon enfance en Bretagne, dans la maison de mon arrière grand-mère.

Juste avant d'atteindre mon logis, nous passons devant un groupe de tambourinaires en entraînement, ces joueurs de tambour fameux dans le pays.                              

Mon repas du soir change de l'ordinaire : steak (un peu coriace) à la sauce provençale du Burundi, accompagné de bananes frites et lenga lenga, épinards locaux. Excellent et bienvenu, ou plutôt bien venu.

 

Tambours18.11

Le caractère un peu excentré de l'endroit se confirme ce matin. Alors que je suis sur le départ pour une virée, j'assiste à l'émerveillement de deux jeunes de l'hôtel devant la perforeuse utilisée par le réceptionniste qui doit classer quelques factures !

Je pars pour une chevauchée qui doit me mener plus à l'est, tout proche de la Tanzanie. Chevauchée car c'est en moto qu'elle doit s'effectuer, les voitures n'ayant plus d'accès à partir d'un certain point de mon itinéraire.

Rutana, failles des AllemandsEt Cyriaque, mon chauffeur, est excellent, si bien que nous transformons cet itinéraire en une boucle, évitant de revenir sur ses pas, ou dirai-je ses roues. Quelque 100 kms dont 70 de piste ou chemins sinueux et pierreux.

A commencer par Shanga, où l'embranchement mène d'un côté vers les chutes de Karera (rien à voir avec Porsche), instituées en aire protégée en 1980, certes mouillées mais ne justifiant pas les 10000 francs burundi (6 euros) réclamés aux étrangers (aucun garde ce jour-là). Deux des chutes convergent sur un deuxième palier pour former la troisième cascade qui se déverse sur la vallée.                                             

Rutana, chute de KareraSi l'on emprunte l'autre côté, on arrive à la faille de Nyakazu (ou faille des Allemands), dénommée ainsi suite à la fuite de l'armée teutonne pendant la Grande guerre. D'origine tectonique récente, étendue sur 600 ha, elle surplombe la plaine jusqu'à la frontière tanzanienne. Autour d'elle, une zone de conservation des arbres de haute altitude jouit d'un microclimat particulier.

Là encore, à plusieurs reprises nous faisons sensation en débarquant ainsi alors que les gamins s'en retournent de l'école.

Ce sont, dans la région, et au Burundi d'une manière générale, même si certains tentent de soutirer quelques piécettes à l'étranger de passage, de nombreux saluts et sourires qui compensent les regards plus furtifs et méfiants.

Nous traversons un chapelet de villages, disposant souvent de leur four à briques pour la construction des maisons traditionnelles, longeons champs de maïs, rizières et bananeraies et doublons femmes et enfants portant pelle sur la tête, ou hommes torse nu, s'affairant à monter une côte avec un vélo chargé, je devrais dire surchargé, de sac de bois ou riz, voire de briques.

Cyriaque emprunte ainsi la route de Kayero, puis celle de Kiheko et Gihofi afin d'effectuer une boucle.

Dans cette campagne de Rutana, un seul accès internet certes mais à la bibliothèque du lycée, que je parviens à rejoindre à ma seconde visite, après qu'une responsable a réussi à obtenir les clefs. Et une rangée de portables est à la disposition des élèves.

C'est d'ailleurs ici que je laisse la boîte à pharmacie que je me languissais de déposer, afin d'alléger mon bagage, ainsi que ma moustiquaire amazonienne qui ne m'a pas servi ici, les chambres d'hôtel en ayant été toutes équipées depuis mon départ.

 

19.11

Depuis mon arrivée, je voyais des militaires et des policiers, y compris dans la guest, des importants, avec le portable collé à l'oreille, le costard qui me rappelle les Barios, clowns de mon enfance, l'escorte et tout et tout. Je comprends maintenant. Je suis, temporairement, voisin, du président de la République, Pierre Nkurunziza, venu pour deux jours participer aux travaux de développement communautaire aux côtés d’une population locale engagée.

Rutana est l'une de provinces les plus étendues du pays (la ville l'est moins), mais pas la plus développée. Il me semble que de nombreux projets humanitaires ont lieu au Burundi, et particulièrement ici, en provenance de pays divers et variés, mais qu'ils doivent être difficiles à mener à terme. En tout cas, les pancartes indiquant les projets me paraissent bien vieillottes, témoignant plutôt d'un abandon.                                

PHOTO 38-127Le président se rend cet après-midi au stade pour un match de football. Je m'y rends avec Nestor (et oui, les prénoms africains ont cette particularité que nous ne les employons souvent plus chez nous !) qui se réjouit toujours d'une possibilité de converser avec un étranger. Il s'occupe de divers projets avec des enfants démunis. Ceci dit, je rencontre de nombreuses personnes aux activités responsables et multiples qui, en fin de compte, essayent de me taxer de l'argent ou boisson gazeuse.

La saison a bien commencé et mon parapluie s'avère maintenant bien rentable, par étapes heureusement.

Le match est précédé d'un autre et nous ne tenons pas au-delà de la première mi-temps du premier jeu. Je ne verrai donc pas « Pierrot » jouer.

Nestor me parle un peu de son pays qui, on ne le sait peut-être pas assez, a subi, dans une moindre mesure certes, les mêmes événements que le Rwanda dans les années 1990. La situation est plus ou moins la suivante.

Dans le pays voisin, à la destinée alors tragique, les Hutu étaient au pouvoir et en ont été chassés par les Tutsi. Ici, c'est l'inverse qui s'est produit, et les Hutu gouvernent aujourd'hui. Ils représentent 85 % de la population, pour 10 % de Tutsi et 5 % d'une troisième ethnie, les Twa.

A la guest, Claude, mon "serveur", a trouvé cet emploi en attendant mieux. Il est professeur de formation. Mais, au Burundi, m'explique-t-il, un job se trouve principalement par piston. L'administration ne fait pas exception, mieux vaut les palabres et les connaissances adéquates qu'un bon diplôme reconnu. Reconnu de qui (?) est donc la question.

 

20.11

Je quitte Rutana pour Gitega en taxi collectif, encore un qui a le pied leste sur l'accélérateur, à mon avis, dans les villages.

Nous avons le droit à nos quelques contrôles, l'un des policiers se paye le luxe d'un sursaut d'importance en me demandant mes papiers d'identité (est-ce qu'il sait lire, je l'ignore), et le chauffeur en est pour une amende, problème de bougies, qui se règle un peu à l'écart, derrière un arbre...

Nous passons Kibuye et, en une heure à peu près, je rejoins la deuxième ville du Burundi. Il faut le savoir. Je l'aurais qualifiée de gros village.

Gitega, marchéGitega, 47.000 habitants, a pourtant été capitale royale, autrefois résidence du mwami, dirigeant d'une monarchie établie au XVe siècle.

Les Allemands en font leur capitale en 1912, à la place de Bujumbura, cette dernière récupérant son titre lors de l’indépendance en 1962, en raison de ses équipements et de ses infrastructures importants.

Le président avait émis en 2007 l'idée, avortée, d'en refaire la capitale. A part la position plus centrale, je n'en vois personnellement pas l’intérêt.

Ceci dit, on peut changer des euros (aujourd'hui dans un magasin, tenu là encore par des Indiens) et c'est apparemment l'unique endroit à part à Buja.

La mendicité y est plus développée que ce que j'ai vu jusqu'à maintenant en Afrique de l'Est, et le nombre de wazungu bat des records!!

Le musée national vaut le coup d'œil. Un conservateur intéressant qui, en outre, parle bien français.                    

Gitega, musée nationalLes outils les plus anciens découverts dans le pays ne remontent pas au-delà de 55.000 ans.

On y voit quelques vieilles photos prises du temps de la colonisation belge. Entre autres, des devins, sorciers locaux, consultés pour les travaux agricoles, les maladies ou les mariages et les procès.

Dans une vitrine, des amulettes sont exposées, destinées à protéger les enfants, mais le don respecte un rituel bien précis. Ainsi, selon la position du nouveau-né dans l'ordre des natalités, il aura un bracelet, une cloche, une serpette ou autre talisman. Ce, jusqu'au 11e. Pour le 12e, tant pis, il n'avait qu'à arriver plus tôt. Il a pourtant bien adopté le rythme africain !

Après que les Allemands ont lâché leurs colonies d'Afrique de l'Est (Tanzanie, Burundi et Rwanda), suite à la première guerre mondiale, ce sont les Belges qui ont récupéré les deux derniers, en plus de l'actuelle république démocratique du Congo.

Ainsi sont affichés les portraits des régnants depuis 1850. En l'occurrence 2 rois, dont le second plutôt fantoche puisque représentatif, et une succession de dirigeants depuis 1966. En tout 2 héros (de l'Indépendance et des événements des années 1990) et 8 présidents dont l'un à 2 reprises, le précédent laissant souvent sa place suite à un putsch.

L'on connaît officiellement 2 sources au Nil, celle de l’Ouganda, avec le lac Victoria, et celle sise en Éthiopie.

Ici naît une nouvelle source, la plus méridionale, qui se situe à la rivière Ruvyironza qui gagne ensuite le Ruanda et plus tard le lac Victoria. Un Autrichien y a même construit une pyramide dans les années 1930, un clin d'œil à celle d'Egypte, où le Nil va se jeter en Méditerranée.

Je prends mes repas dans un boui-boui tenu par des musulmans, qui sont pourtant en minorité, le seul qui ressemble un tant soit peu à un local de distribution culinaire. Riz, isombe (feuille de manioc broyées), haricots blancs...je vire au végétarisme, vu la viande ici. La note est, comme souvent, griffonnée sur un papier et déposée discrètement face contre table.                                                                       

Gitega, marché, termitesLes Africains sont débrouillards. Ainsi, je me fais graver un CD maison, en format mp3, avec, comme je le souhaitais, des musiques en provenance du Burundi, de Tanzanie, du Rwanda, du Congo (Kinshasa) et du Kenya. Je ferai le tri à la maison.

 

21.11

Prochain arrêt, Muramvya, au Nord Ouest de Gitega.

Pour une fois, un chauffeur plutôt tranquille, qui n'essaye pas de jouer aux quilles avec les passants des villages. D'autant mieux que, comme souvent, les bords de route sont également peuplés de jeunes enfants qui parcourent parfois des kilomètres pour se rendre à l'école.

Je passe finalement Muramvya, qui ne casse pas trois pattes à un canard et m'arrête à Bugarama, l'embranchement, actuellement dans le brouillard, d'où je pourrai me rendre à Bukeye, un village à 20 mn au Nord.

Mon repas est pris dans un boui-boui nommé Mama la Préférence, tenu par une jeune femme nommée Kado. L'établissement semble bien fréquenté par les gars du coin. Il faut dire que les autres, si toutefois ils servent quelque chose, ne proposent que de la viande. Et étant donné la tronche de la viande !

Bukeye, théierBukeye est vraiment un village, mais j'avais envie de faire une halte dans l'un d'eux, et celui-ci dispose d'un hôtel, le Foresta.                                                 

Je sors de suite prendre la température du village et me fais accoster illico presto par un ou deux gamins : "Salut mon Chinois !"

Je dois dire que cela s'est déjà produit il y a quelques jours et je n'étais pas sûr d'avoir bien compris, pensant que les sons d'une langue ressemblent parfois à ceux d'une autre.

Mais là, j'en ai vite le cœur net. Je leur mime un Chinois...et un Français. J'apprends alors que des Chinois sont actuellement là pour construire un barrage. D'où l'exclamation des gamins. Il m'est également expliqué que les Africains ne font pas la différence et que je pourrais bien être Chinois.

La petite histoire provoque un attroupement et je vais mettre du temps à poursuivre mon chemin, devant répondre à l'interrogatoire classique d'un jeune intéressé par l'extérieur et parlant bien le Français.

Poursuivant en descendant la grand-route et faisant quelques photos, nous sommes interpellés par un personnage qui se donne de l'importance, voulant savoir si je dispose des autorisations nécessaires.

Mais l'étudiant a dû lui répondre ce qu'il ne fallait pas, car après que j'ai assuré avoir mon visa en bonne et due forme (j'avais en fait dans l'idée de lui rabattre son caquet et lui demander s'il voulait se rendre à la police pour vérifier), je vois le jeune disparaître bien vite. L'autre a simplement sorti une quelconque carte de surveillant de l'éducation, le genre de type qui aurait fait fureur pendant la seconde guerre mondiale. Je n'ose pas imaginer où il se trouvait pendant les derniers événements du pays !

M'enfonçant alors dans la campagne environnante, je croise des femmes s'en revenant des champs dans leurs robes bariolées, pelle ou seau sur la tête, d'autres qui puisent de l'eau à la fontaine, des gamins ramenant un jerrycan d'huile de cuisson...

Je me retrouve au final dans le village de Cefabu, où je rencontre le directeur de l'école qui me montre les salles de son établissement, 6 au total, m'expliquant que d'autres sont en construction, car l'ensemble est bien trop peu pour les 634 élèves inscrits. Et, de fait, la population me semble bien jeune.                                                 

Bukeye, école de CefabuDe retour, je suis d'ailleurs escorté pendant un bon moment, au rythme de "Chantons sous la pluie", que je fredonne après avoir ouvert mon pépin, une averse de plus, à la joie des enfants.

 

22.11

Un réveil encore à l'aube. Ici, le contraire semble de toute façon difficile car même si l'on ne se réveille pas de soi-même, et on l'est souvent de par le peu d'attractions nocturnes, les Burundais se chargent de le faire par leur intonation haute, discutant entre eux ou au téléphone!                                                                                   

Bukeye, ruelleUn autre petit tour hors du village m'amène aux écoles de Bukeye, primaire, secondaire et lycée, où je me retrouve une fois de plus cerné de gamins et jeunes hommes.

Ici, dans l'ensemble, malgré l’inévitable mzungu et quelques tentatives de me soutirer quelques francs (burundais bien sûr), je trouve les gens plutôt agréables.

Les femmes, mises à part quelques exceptions, n'ont pas au Burundi des visages qui me transcendent. Nombreuses sont celles à la coupe de cheveux courte et affublées de lunettes d’un design qui les font sauter quelques décennies, passant directement de l'enfance à l'apparence d'une grand-mère...mais pas une du XXe siècle.

Je prends le bus pour Ngozi, la troisième ville burundaise, en passant par Kayanza.

Ngozi, 41 000 habitants, me paraît mériter davantage son statut de cité que Gitega, sans grand charme cependant.

NgoziSon point positif, son université privée, qui vient depuis quelques années appuyer l’université publique. En effet, l’accroissement des effectifs du secondaire risquait sinon de déboucher sur une impasse dans l’enseignement supérieur, en raison d’une capacité saturée (4000 places pour plus de 7 000 étudiants).                                   

23.11

Muyinga est la dernière ville avant le poste-frontière. Autrement dit, je retourne en Tanzanie. Et pas mécontent. Le Burundi a été une étape intéressante mais beaucoup plus de mzungu mzungu entendus dans la rue que je ne l'avais escompté. Et les paysages, très verts, sont cependant peu variés.

En outre, je pense qu'un blanc doit dégager une certaine chaleur car son apparition déclenche automatiquement la soif chez les locaux. Mais aucun regret d'y être allé, car cela est plutôt propre à l'Afrique.

On considère ici que la réussite n'est pas un mérite personnel mais le fait d'un talisman, de la chance ou autre combine. Ainsi aucune gêne à quémander chez celui qui possède davantage. Les Africains qui ont percé dans leur domaine se retrouvent confrontés au même problème...et se font taper par la famille dans son entier.

Le trajet s'effectue dans une japonaise dans laquelle nous sommes entassés à une vingtaine, un classique en fait. Mon sac est dans le coffre et ne peut s'envoler, avec les popotins qu'il soutient !

Je quitte donc le Burundi à Kobeko, ou je prends un frugale petit-déjeuner, assisté de Gordien, rencontré dans le taxi collectif, agronome de formation et aujourd'hui inspecteur sanitaire qui contrôle les entrées et sorties végétales.

La conversation est intéressante. Il m'explique en effet que les problèmes ethniques ici se sont prolongés jusqu'au milieu des années 2000. Lui étant Hutu a ainsi passé 11 années dans diverses prisons du pays. Il n'était pas condamné aux travaux forcés, m'affirme donc qu'en tant que prisonnier politique, il y était peut-être plus en sécurité.

Depuis 2006 il est à nouveau libre, a réussi à s'acheter une modeste demeure dans laquelle il dispose de l'eau courante. Pour l'électricité, il doit patienter encore.

Nous abordons également le thème de la présence ponctuelle des Chinois, et il estime que si eux avaient colonisé le pays, ils y seraient encore. Il argumente en disant que ce sont des étrangers curieux des us et coutumes locales qu'ils goûtent sans mot dire.

Son beau-frère, le douanier qui tamponne mon passeport, à ma question sur la facilité à migrer entre Burundi et Tanzanie par rapport au Mozambique, me répond que ces deux pays font partie de la communauté est-africaine, avec Kenya, Rwanda et Ouganda. Logique.

Benako, station-serviceJe gagne maintenant la Tanzanie en taxi-moto. Kabanza s'appelle la localité où j'obtiens un nouveau visa après un peu d'attente. Ils semblent quelque peu frustrés, pas vraiment motivés par un salaire certainement peu mirobolant.

Ensuite, je gagne, après un changement à Ngara, Benako, sur l'axe Ruanda (à 20 km)-Dar es Salaam.                                                                               

L'ambiance y est bonne mais l'attente un peu longue avant que le véhicule pour Kahama ne soit plein.

Benako, alentoursDeux heures plus tard, la musique bat son plein, en partie bonne, jouée par une clé USB. Et oui, même dans le tiers monde, téléphonie, internet, télévision et musique ne font pas forcément défaut !

La route actuelle est plus au Nord que celle empruntée pour me rendre à Kigoma, et le restera jusqu'à Nzega.

Quelques arrêts, pour faire le plein...de passagers. A Nyakahura, où les vendeurs d'arachide se bousculent gentiment ; ce semble être un arrêt stratégique, à en croire par le nombre de camions gares. Puis à Runzewe, en début de soirée, où l'ambiance est de mise, avec un prédicateur chrétien (catholique, ou l'un des nombreux dérivés du protestantisme, adventiste, pentecôtiste, baptiste...) déchaîné, auquel succède une danse chorégraphique de ses brebis.                                                                

RunzewePuis c'est une succession de terres cultivées, ou pas, parfois sur brûlis, quelques chiens et chats écrasés (constat malheureusement plus ou moins quotidien), bus retourné (le deuxième aujourd'hui mais le premier était en outre bien aplati), rizières, cocotiers et autres bananeraies.

Le trajet s’éternisant, je me retrouve à Kahama de nuit et les vautours sont au rendez-vous à l'arrivée, là où je dois prendre mon ticket pour poursuivre ma route le lendemain.

Kahama, (36 100 habitants), connaît un développement récent grâce à l'activité minière, notamment la mine d'or de Buzwagi.

Également positive, la connexion de la ville aux eaux du lac Victoria, ce qui a représenté un problème persistant pendant des décennies.

Je mange un morceau et prend un verre dans un boui-boui, assisté de quelques habitués. L'un d'entre eux boit du konyagi, nom dérivé du cognac...mais je crois qu'il n'y a que le nom qui dérive...ou peut-être le buveur après l'ingurgitation !

 

24.11

Départ au petit matin, 6 heures, ma place n'est pas libre ! Mais j'en obtiens une qui m'arrange d'autant plus, devant, côté fenêtre !

Une retardataire nous rejoint au bout de quelques minutes en taxi.

Le bus file sous la pluie une bonne partie de la journée, sans essuie-glaces. Lors d'un arrêt, il balance simplement de la poudre à nettoyer sur les vitres ! Il fait plutôt froid, le véhicule n'étant pas complètement étanche. Heureusement, le climat s'adoucit dans l'après-midi.

Les pauses toilette sont vite...torchées. Tous les nécessiteux descendent brièvement, tandis que le moteur tourne, et tournent le dos au bus. D'où la nécessité, pour les femmes, de disposer d'un pagne qui cache l'affaire.

La route est longue, 800 km, mais le rythme est constant et je retrouve Morogoro en à peine 12 heures.

Là, je parviens à trouver le DVD d'une musique du Botswana bien agréable, entendue la veille dans le véhicule qui m'amenait à Kahama.

 

25.11

De Morogoro, il existe des bus qui vont directement à Tanga, ce que j'ignorais, au Nord de Dar es Salaam. C'est ma destination suivante, et peut-être la dernière pour cette fois. Le bus est vétuste et ma place devant, côté fenêtre, s'avère cette fois plutôt étroite. Je sens mon coccyx et mes jointures au niveau des genoux se plaindre des déplacements répétés !

Tanga, plageTanga (225 000  habitants), ville portuaire, était un poste militaire de l'Afrique orientale allemande, dont l'économie reposait sur la culture du sisal, ce qui lui fit connaître une croissance rapide. Elle devint ainsi le terminus de la ligne de chemin de fer Usambara.

Son nom de vient du mot ferme ou terres cultivées.

Malgré sa population importante, elle paraît paisible par rapport à des villes comme Moshi ou Arusha.

Sa position au bord de l'océan Indien et sa proximité de la frontière avec le Kenya en font une plaque tournante pour les produits d'exportation tels thé, café, coton ou sisal.

Après un plat de frites, je gagne mon habitation en compagnie de Joseph, un guide touristique qui n'en est pas un, je dirais plutôt rabatteur, qui, ainsi obtient quelque menue monnaie.

En tout cas, il me permet de loger en bord de mer, ma chambre, pas mirobolante mais le nécessaire est là, m'offre une vue sur la plage en contrebas.

En descendant l'escalier de 10 mètres, je peux me baigner. Et à 2 mn, une plage privée, plutôt fréquentée par des locaux, dispose d'un restaurant.

Un endroit pour terminer cette aventure en douceur.

 

26-28.11

Quelques journées plus reposantes à écumer, un peu, le centre-ville de Tanga -je m'y fais tailler une nouvelle chemise-, et à visiter les grottes d’Amboni, à l'entour.

Tanga, grottes d'AmboniAmboni est un dédale de plus de 200 km, dont on ne visite qu'un km, parfois étroit, où un guide indique nombre de formes bizarroïdes dans lesquelles il voit animaux, bateau, montée du Kilimandjaro...et même un coït, avec juste les ustensiles, à savoir, pénis, utérus, vagin, tout le processus en fait, et la femme est même indisposée ! Amis de la poésie...

Certaines racines de figuiers sauvages descendent dans cette grotte aux nombreuses légendes. Elles mèneraient à Dar es Salaam, à Mombasa et même au Kilimandjaro.

Certains Bantous y déposent encore des offrandes aux esprits.

Le chemin menant à l'endroit passe par une route en construction, encore une fois sous direction chinoise.

Sinon, je reste oisif, enfin comme je peux l'être, à peindre, lire ou regarder des films emmenés par mes soins, en bonne partie dans mon hamac.

Si l'on ne regarde pas au détail, le bord de plage n'est pas des plus soigné, la vue reste imprenable.

L'ordinaire, quant à lui, s'améliore beaucoup, par rapport aux coins bien moins touristiques où j'étais ces derniers temps. Cuisine indienne ou italienne également au menu.

 

29.11

Je quitte l'endroit quelque peu fâché. Ayant donné quelques affaires à laver, j'ai oublié de retirer de l'argent d'une poche secrète...qui perd de son mystère lors du nettoyage. Et le commis-laveur en a profité. Un peu ma faute malgré tout.

Le trajet jusqu'à DAR s'éternise, 6 h 30, contrairement aux 4 h 30 annoncées, qui me paraissaient de toute façon plutôt justes. Et cela, malgré l'assistance de Joseph, le Sauveur, retrouvé à la gare routière, qui ne manque pas d'essayer de se faire une piécette.

A DAR, je gagne rapidement le ferry, retourne en ville, au change le plus proche, puis retour au port pour la traversée de 10 mn qui mène à Kigamboni.

Kigamboni, plageKigamboni, 37 000 habitants pour la circonscription, a l’avantage de la rapidité d'accès à partir de Dar et le contraste qu'elle offre par rapport à la métropole. Je connais peu de capitales (même si elle ne l'est plus officiellement) qui peuvent se vanter de partager une telle position.

Bien sûr, il y a un revers, je me retrouve dans un resort, donc une sorte de complexe hôtelier, mais que du bois, ce qui signifie qu'il est fréquenté par autant de wazungu que j'en ai vus en un mois. Mais cela se tient dans une certaine limite et certains y sont en séjour prolongé, en l'occurrence pour raison professionnelle.

L'un d'entre eux s'appelle Michaël, Britannique, volontaire de la cinquantaine passée, ici afin de chercher des crédits pour les projets d'une ONG locale, dont l'activité est liée à l'agriculture...sans pesticide précise-t-il. En venant, il a accepté de percevoir un salaire équivalent à 14 % de son revenu de Grande-Bretagne. Motivé donc le garçon.

Lucy, une ancienne petite amie d'il y a 30 ans, lui rend visite pour une quinzaine. Elle a été guide pendant 8 ans, roulant sa bosse ici et là, et s'est lancée dans l'hôtellerie voilà quelque 20 ans. Son compagnon, homme d'affaires apparemment aguerri, mais resté simple, l'a épaulée au départ (sinon difficile de débuter), et elle est aujourd'hui à la tête d'un hôtel de 150 chambres...toutes équipées pour handicapés, le plus grand d'Europe, à 40 mn d'Amsterdam. Anglaise de naissance, elle parle donc également flamand, très bien français, allemand, et se fraye un chemin en italien et espagnol. Pas mal pour un sujet de la Reine !

 

30.11

Michaël doit travailler, et je passe la journée avec Lucy, très sympa, les atomes sont bien crochus, et nous refaisons le monde, discutons voyages, elle me parle de sa relation assez particulière à Mart, son ami, et nous gagnons le bled, pas très étendu, où se trouve pourtant un pépiniériste et, comme je l'ai vu à plusieurs reprises, se construisent des portes assez massives.

Puis vient l'heure du départ, la fin de cette nouvelle aventure africaine pour moi. Un dernier trajet à moto, un dernier plat de frites à l'africaine, le ferry, puis un ultime sauna...dans le bus collectif qui me mène à l'aéroport.

La Tanzanie est grande comme la France et l'Allemagne réunies. Mais elle est moins moderne. J'y ai donc passé un brin de temps à rouler, parcourant, en incluant le Burundi, quelque 4400 km en 105 heures de bus.

Assez éreintant à entendre en outre tous les mzungu mzungu débités sur mon passage. Et bien sûr, le rythme africain ! Il me faudrait retourner dans un pays francophone pour confirmer, mais j'aurais tendance à trouver l’Afrique de l’Ouest un tantinet plus facile.

Restent les animaux et là, le pays dispose probablement d'un des plus beaux spectacles au monde.