TITRE-INDE

 

 

26.10.2012

Après un vol surclassé (en première) pour ma part, démarré en retard en raison des grèves mais compensé en route, nous atterrissons à Mumbai (anciennement Bombay) en fin de soirée.

AVIGNON-BOMBAY

 

Une fois les formalités effectuées, le harcèlement aéroportuaire se déroule donc déjà le 27...au, très, petit matin.

« Taxi taxi ! »

« No, thank you

Et puis on entame la discussion, pour finalement, après le marchandage habituel, gagner le centre de la ville où nous ne faisons pas de chichi pour l'hôtel...il vaut mieux.

Le trajet, conduite à gauche, est rapide, 1 heure, grâce aux pointes à 80-90 km/h malgré la limitation affichée de 40 km/h et les sémaphores dont le rouge, à la marseillaise, scintille pour notre chauffeur fortement au vert !

Olivier, chauffeur de bus de son état, écarquille les yeux !

 

27.10.2012 

Bombay, porte de l'Inde

Bombay, docks

Nous logeons en face de la gare Victoria et son architecture coloniale, héritage britannique oblige.

Mumbai, la ville la plus peuplée de l'Union, même si elle n'en est pas la capitale, ne m'a pas laissé un souvenir impérissable lors de mon précédent séjour mais s'avérait pratique pour l'atterrissage par rapport au trajet envisagé, à savoir débuter par le Gujarat.

Nous y prenons donc la température du pays, en arpentant les abords de la Indian Gate, animée par rabatteurs pour bateaux, mendiants, « peseurs » armés de leur balance et autres vendeurs de grigris indiens. Nous flânons ensuite à travers les marchés colorés de fruits et guirlandes de fleurs aux vertus religieuses, où errent de ci de là quelques chèvres en quête de nourriture. Puis nous traînons vers les docks où s'affairent femmes et fillettes au tri de monceaux de crevettes ; ici les photos sont interdites, probablement afin d'éviter les tracas avec Amnesty International. Le port y est bigarré, avec ses embarcations vétustes aux multiples tonalités (1) (2) (3).

1

A Bombay, le contraste est saisissant entre résidences aisées et bidonvilles qui, s'ils ne sont pas mitoyens, se regardent d'un côté de la rue à l'autre (7).

Ce soir, c'est le départ pour le Gujarat et, après l'achat d'une chaîne en métal destinée à assurer le maintien de nos bagages dans le compartiment, nous négocions une dernière douche à l'hôtel et rejoignons la gare centrale.

La ponctualité de notre train ferait saliver d'envie un horloger suisse, son modernisme moins déjà. Les draps ne sont pas prévus au programme, on fera sans, mais l'attache des sangles entre couchettes ne garantit pas forcément que la position lit tiendra toute la nuit !

Mumbai

 

Aucune porte ne nous sépare du couloir et nous faisons ainsi connaissance de nos « voisins de paliers », des convoyeurs de paquets postaux, qui, nous assurent-ils, se relaient dans le sommeil pour garder toujours un œil sur les paquets. Tu parles, après avoir dégoisé jusqu'à minuit, ils scient tous trois du bois à en concurrencer même Olivier.

 

 28.10.2012

Ahmedamad (l'abondance d'Ahmed), capitale de l'état du Gujarat, sixième de l'Inde pour sa population, annonce déjà une fréquentation touristique très modérée, si ce ne sont les Indiens eux-mêmes, que nous retrouvons pour une visite guidée à travers les pols de la ville, de vrais labyrinthes comprenant temples, mangeoires à oiseaux, passages secrets, portes (sens initial du terme pol) et maisons sculptées. Certains endroits ont subi des dommages lors du dernier tremblement de terre survenu en 2001 (9).

Ahmedabad, pol

Ahmedabad, lac Kankaria

A l'instar des vaches (vénérées au pays pour le symbole, la fertilité, et l'apport en calcium, le lait) ou chèvres rencontrées au coin des rues, ou en plein milieu de la circulation, nous croisons à plusieurs reprises un éléphant (peut-être est-ce le même), fardé de bleu, vert, rouge, employé à la voirie, pour ramasser le bois obstruant la route ou en transporter à des fins de construction.

Ahmedabad, temple

Ahmedabad, pol

En fin d'après-midi, le lac Kankaria, bien aménagé, nous offre son kitsch prisé par les familles locales. Une montgolfière stationne dans les airs, un petit train déambule sur toute sa circonférence, et la fête foraine bat son plein, le tout sur fond de coucher de soleil, cadre agréable pour terminer le week-end en beauté (12).

Ahmedabad, Gujarat

Cette nuit devrait être plus reposante, suffisamment longue, car nous nous rendons demain à la gare routière pour prendre le bus disponible après notre réveil, ainsi en avons-nous décidé après nos essais infructueux pour réserver un billet à la gare ferroviaire. Alors que le préposé de Bombay nous a expédié l'affaire en quelques minutes, celui-ci nous promène d'un guichet à l'autre où les directives nous renvoient irrémédiablement au sien...peu enclin à nous faciliter la tâche.

J'en profite pour rendre visite au coiffeur situé en face de notre hôtel, un jeune de 25 ans, habile et soigneux dans son travail, avec thé et massage du cuir chevelu à la clef !

 

29.10.2012

Le bus pour Surendranagar, nous nous dirigeons lentement vers le sud de l'état, du côté ouest du golfe de Khambat, est aussi ponctuel que le train de Mumbai. Il nous emmène à travers des plaines agricoles parsemés de temples et d'autels de paille, et le trajet est entrecoupé par les passages bovins qui le rythment comme le feraient les virgules du Ramayana, l'épopée mythologique (15).

Wahdwan, rue

Wahdwan, porte du village

Wahdwan, à 5 km de Surendranagar (où nous logeons, est notre but aujourd'hui. Il s'agit d'un village où le temps n'a eu que très peu d'emprise, si ce ne sont les dommages liés aux aléas météorologiques. Ainsi, sa muraille n'a-t-elle résisté qu'en partie, mais la porte y est restée intacte. A l'intérieur, ce sont ruelles étroites au hasard desquelles nous faisons la connaissance de Chimanlal, un instituteur retraité qui nous emmène déjeuner dans sa demeure.

Sa famille est fan de Napoléon Bonaparte, et il a également lu avec intérêt la période de la seconde guerre mondiale. Ainsi est-il calé en la matière !

Wahdwan, svastika

Les figures de la mythologie indienne ne sont pas en reste non plus, et nous ponctuons la rencontre, il ne perd pas le Nord, Pépère (!) par la visite de la boutique de son neveu, mitoyenne, la caverne d'Ali Baba pour objets en métal. Olivier en ressort avec un Ganesh, la divinité à tête d'éléphant, la préférée des Hindous, et moi avec un petit récipient dans lequel on allume une mèche de coton pour éclairer la divinité que l'on prie. Celui-ci est ponctué sur son tour de svastikas, originaires du pays, et qui permettent que le bonheur illumine la pièce des 4 points cardinaux.

Ganesh, quant à lui, tient sa tête à Shiva, son père qui, longtemps parti hors de son foyer, trouva, au retour, sa femme Parvati dans les bras d'un superbe jeune homme, auquel il trancha alors tout net la tête...avant de s'apercevoir qu'il s'agissait de son propre fils. Pour réparer la petite erreur, il décida d'ôter le chef de sa prochaine rencontre...qui se trouva être un pachyderme.

La douche de l'hôtel se trouve dotée d'un pommeau. Ainsi aujourd'hui pas de broc pour se rincer mais un lavage comme à la maison. La température est simplement celle qui sort du robinet mais pour l'instant, à quelque 30° bien tassés, nous ne craignons pas le froid !

 

30.10.2012

Aujourd'hui, nous réussissons à prendre un train, généralement plus confortable et encore meilleur marché.

Ecureuil

Le quai est déjà coloré, les écureuils courent le long des voies -ils ne sont vraiment pas farouches, nous en voyons régulièrement depuis Ahmedabad-, et le train a juste un quart d'heure de retard.

Il nous faut descendre tout d'abord à Bhavnagar, d'où nous repartons, après un tahli (plateau compartimenté rempli de riz, lentilles et légumes, accompagnés de pain indien) servi par un jeune homme avenant dans un bouiboui proche de la gare.

Nous mettons le cap vers le sud et les champs proprement travaillés, aux lignes bien dessinées, contrastent avec la saleté des artères citadines jusqu'à maintenant.

Pommes de terre, maïs (…) et beaucoup de coton.

Nous enchaînons pour Palitana. Après un rapide coup d'oeil à gauche et à droite, je constate que notre compartiment est très sollicité. Les Indiens sont de grands curieux, jeunes et moins jeunes ; à cela s'ajoutent les enfants avec lesquels nous ne manquons pas de rentrer en contact, et le trajet est ainsi « torché » !

Nous atteignons l'endroit en milieu d'après-midi, où attendent bien sûr les rickshaws, mais nous optons cette fois pour la carriole d'un petit père tirée par un cheval. Il faut faire travailler tout le monde et par là même varier les plaisirs.

Notre bagage déposé à l'hôtel, nous partons explorer le marché de la ville, ainsi que « l'arrière-boutique », en l'occurrence nous repérons, tout au moins nous essayons, le départ de notre marche prévue demain.

 

31.10.2012

Palitana, colline de Shatrunjaya

Palitana, colline de Shatrunjaya

Palitana en soi n'a rien d'extraordinaire, son attrait vient plutôt de la colline de Shatrunjaya (littéralement place de la Victoire), qui la surplombe à 600 m (23).

C'est l'un des cinq monts sacrés des jaïns, ces végétariens (voire végétaliens) extrémistes qui portent souvent un masque devant la bouche afin de n'ingurgiter aucun être vivant, même par inadvertance.

Palitana, colline de Shatrunjaya

Palitana, colline de Shatrunjaya

En période de mousson, ils ne sont pas même censés effectuer le pélerinage, pour ne pas écraser quelque herbe en train de pousser. Ces règles strictes sont dictées par la religion, certains ne mangent pas non plus de tubercules, considérées comme impures, et en partie l'économie, la viande et le poisson étant des ingrédients pesants pour la bourse.

Des jaïns, mais également des touristes indiens et, pour le coup, deux exemplaires français laissent quelques bols de sueur dans l'ascension, au petit matin. Pour qui ne se sent pas d'attaque, des dholi (chaises à porteurs) sont disponibles dès le début de l'ascension. Selon le modèle choisi, ce sont 2 ou 4 porteurs qui se mettent à la tâche. Quelque relent de colonialisme à mon avis, mais les garçons (ou pas...certains ont déjà de la bouteille) sont cependant ravis d'avoir une clientèle, je pense.

Palitana, colline de Shatrunjaya

Palitana, colline de Shatrunjaya

Il faut prévoir 1 h 30 à 2 h pour l'ascension...en 1 heure nous y sommes (29).

Leurs édifices religieux de marbre blanc sont splendides, et ici, c'est le summum. 3950 marches à gravir pour s'émerveiller devant 863 temples. Dans l'un d'eux, une fente que l'on traverse en s'y glissant, permet de se laver de tous ces péchés. Il est fascinant de constater ce que l'être humain peut parfois s'infliger sous prétexte religieux. Tous ces blocs de pierre hissés si haut pour honorer une force dont on ignore tout en fait (27).

Palitana, marché

Pour éviter de redescendre par le même chemin, nous décidons d'emprunter un sentier qui contourne l'ensemble et doit nous permettre d'être de retour encore (!) plus rapidement. La vue est imprenable, nous croisons un berger et son troupeau de chèvres, apercevons d'autres sommets ponctués de temples, nous régalons de faire une belle boucle.
Oui...mais ce trajet n'est pas classique et donc pas vraiment fléché. Donc...nous nous fourvoyons en beauté et, après avoir partagé quelques pâtisseries avec deux petits paysans qui nous accompagnent un bout de chemin, nous retrouvons enfin la direction de Palitana que nous atteignons...3 h plus tard (30).

Un départ de bus pour Talaja est justement prévu dans quelques minutes (il partira d'ailleurs en avance!), qui nous permet 2 heures plus tard d'enchaîner pour Diu, où nous espérons dormir ce soir.

Jusqu'à Talaja, nous sommes assis dans la « cabine » du conducteur, sur sa demande. Olivier est de la partie, il s'amuse donc à observer et échanger des impressions sur l'état du véhicule, le salaire, les routes...

La seconde partie du trajet, sur des routes défoncées, se révèle interminable et rendue certainement plus pénible encore par le code de conduite indienne qui veut que le plus gros ait raison, ce qui sous-entend quelques écarts pour l'un ou pour l'autre, des coups de klaxon intempestifs, et, ici, de la poussière à revendre !

En d'autres termes, en ce jour nous sommes bien lessivés en arrivant à destination.

 

01.11.2012

Nous nous trouvons à la pointe Sud du Gujarat, au bord de la mer d'Arabie. Ancienne colonie portugaise, de 1535 à 1961, Diu est le pendant tranquille de Goa, plus au Sud de l'Union indienne. 

Diu, plage

Diu, plage

Nous entamons cette journée par un petit-déjeuner sans thé. C'est notre boisson quotidienne (aux épices et avec du lait -ici, il faut préciser lorsque l'on ne souhaite que du thé noir) puisqu'elle est beaucoup plus disponible que le café, mais ce matin, nous avons élu un endroit assez révélateur de ce qu'est, en partie, l'Inde. Quelque 8 à 10 employés, affairés à verser de l'eau sur la vaisselle, essuyer cette même argenterie, prier devant l'autel disposé à l'entrée du local, cracher, et prendre notre commande...à deux, par trois fois. 20 minutes pour qu'arrivent les sandwiches végétariens/fromage. Puis, à notre question quelques instants plus tard, sur ce qu'il advient du thé, le responsable en chef est appelé, qui se renseigne et nous annonce qu'une erreur est intervenue dans la commande.

Diu, Gujarat

1,2 milliard d'habitants, c'est une sinécure à gérer.

Après une recherche peu aisée, nous trouvons deux bicyclettes à louer pour un tour sur l'île. L'idée est de visiter en se rendant à l'autre extrémité, 8,5 km de là, afin de repérer une chambre pour vendredi. Nous voudrions coincer la bulle pendant 2 ou 3 jours.

Nous passons donc le fort, l'église, l'hôpital central, quelques plages et temples, en fait la partie Est, traversons un village...pour nous retrouver finalement à l'entrée de Diu, après avoir bifurqué du mauvais côté en retournant sur la grand-route. La virée a valu le coup et ce sera suffisant, les selles ne sont pas des plus moelleusse et nos arrière-trains ont assez pris pour aujourd'hui.

 

02.11.2012

Aujourd'hui, c'est un réveil tardif, 11 h 30, rien de bien étonnant pour mon co-voyageur, s'il n'y a pas urgence dans le programme, mais pour Bibi davantage, et pour cause, je me démène avec l'un des tracas ponctuels de la route, celui qui vous réveille plusieurs fois dans la nuit et vous dit : "Encore, encore, on y retourne!". Féminin certes, mais ce n'est que le genre, et oui la turista qui me laisse les forces suffisantes pour aller récupérer notre linge chez la lavandière et changer d'hôtel.

Ensuite, journée plumard, auquel on ajoute 5 mn de balcon et 10 mn de restaurant, le temps d'ingurgiter un citron pressé pour me nettoyer l'intérieur. On ajoute 3 cuillerées de riz que m'apporte Olivier un peu plus tard et ça fait la rue Michel pour aujourd'hui (31).

 

03.11.2012

Les siestes répétées de la veille ont été profitables, les gargouillements et autres nœuds ventraux lâchent du lest, et j'entends les premières sonneries de portable à l'extérieur, entre 5 et 6 heures. Par contre, à 7 h 30, impossible de prendre un petit-déjeuner.

Je marche donc vers l'hôtel précédent, là où mon acolyte a traîné ses guêtres hier, alors que je me "prélassais" dans la chambre d'hôtel. Je dois être le premier client, et ça l'air de les rendre hilares.

Il leur faut tout d'abord vérifier s'ils peuvent acquérir du lait dans la boutique voisine avant de prendre ma commande. C'est un des paradoxes du pays : d'un côté, l'on rencontre des jeunes femmes (voire jeunes filles) travaillant dur, en sarong, à construire les routes; de l'autre un personnel, nombreux, dans les hôtels et restaurants, très occupé... à ne rien faire (32).

 

04.11.2012

Le matin, les pêcheurs posent leurs filets, qu'ils laissent travailler tout au long de la journée, et viennent retirer le fruit de ce labeur en fin d'après-midi lorsque la mer se retire, une pêche protegée par quelques autels posés sur la roche en contrehaut (34).

C'est le week-end et quelques familles indiennes sont en villégiature ici, en famille ou entre amis, voire un mélange des deux, en tout avec la smala comme à leur habitude. Le concept d'individualité leur est, comme en Chine également, relativement incompréhensible.

Nous quittons les lieux pour la gare routière en milieu de journée. De là, nous voulons gagner la gare ferroviaire de Veraval, ou nous espérons avoir une place reservée en couchette pour Ahmedabad. Nous sommes passés par une agence pour éviter des déplacements inutiles qui s'est chargée de trouver un train de nuit, plus agréable que le bus, et bizarrement meilleur marché.

Le trajet jusqu'à Veraval est agréable, je suis bien entouré, après avoir bataillé à l'entrée pour être vers l'avant du véhicule...à l'indienne, sinon il ne reste que les miettes. C'est ce que me confirme ma voisine, une charmante jeune femme de 22 ans, au caractère, semble-t-il, bien trempé. Elle s'est mariée tout récemment, mais a choisi son mari. En l'occurrence, elle est tout d'abord partie de chez ses parents, qui ont compris cependant, et accepté, ensuite son choix. Il faut dire qu'elle a tapé dans la caste supérieure, cela ne nuit peut-être pas. Elle rend visite à sa belle-sœur à Porbandar, patrie de Gandhi, en compagnie de son autre belle-sœur.

Derrière elles, un père attentionné emmène sa fille à Veraval passer des examens scolaires. Elle est en 11e année, la dernière, qui dure cependant 4 semestres, et tous les 6 mois, une série d'épreuves attend les écoliers. Le bus en abrite apparemment quelques autres.

Quelques types éméchés, ils ont du faire le plein avant de partir car nous avons été contrôlés par un policier, l'alcool étant banni du Gujarat, hormis à Diu. J'en connais l'un d'eux, il m'a dejà abreuvé de sa parole romano-catholique avant le départ, un autre est assis à ma droite, et un troisième se fait virer, à force quelques baffes par le conducteur qu'il a apparemment quelque peu énervé.

Au bord de la route, les arbres sont régulièrement peints à leur base aux couleurs de l'Inde, révélant qu'ils sont propriétés de l'état et ne peuvent donc être abattus impunément.

Veraval est une ville de gare ferroviaire, en d'autres termes de peu d'intérêt, elle nous permet de gagner Ahmedabad dans la nuit, un peu bruyante comme à l'accoutumée. En salle d'attente, un jeune homme est occupé à intervenir sur les téléphones portables de ses oncles et père. L'Inde ne fait pas excepton au progrès technique. Ceci dit, concernant la carte SIM, l'on se heurte à la lourdeur de la bureaucratie indienne, qui exige une adresse fixe en Inde (?), donc difficile d'obtenir ladite carte. De plus, il s'agit de l'Union Indienne, donc un changement de tarif dès que l'on passe dans l'état voisin!

Pour ce qui d'Internet, je suis surpris qu'il n'y ait davantage de cybercafés.

Il faut maintenant parvenir à cogner des pieux. Un jeune homme de Calcutta, en face de nous, après s'être mis en position, est soudain sorti de sa couche par ses voisins qui ont invité des amis à une partie de carte. Ceux-ci s'assoient tout simplement sur sa banquette ! 

 

 05.11.2012

Bhuj, scène de rue

Bhuj,écureuilPar chance, je parviens à notre arrivée au très petit matin à obtenir des billets pour poursuivre jusqu'à Bhuj, où nous arrivons en milieu d'après-midi.

Bhuj, scène de rue

Bhuj, scène de rue

Pour prendre le pouls de la région, nous louons d'emblée les services d'un rickshaw qui nous promène aux alentours de la ville...pour l'instant il s'agit davantage d'un écumage de boutiques artisanales que de la rencontre de la population. Nous verrons demain en nous rendant en bus local un peu plus au nord, l'entrée du désert blanc, ainsi nommé pour la présence de sel.

Bhuj, scène de rue

BhujLa mauvaise nouvelle de la journée est amenée par ma caméra qui m'affiche quelques lignes horizontales, puis tourne au vert et au gris pour ne plus rien afficher. Je vais voir ce que je peux faire mais je crains de pouvoir peu faire. J'ai les abeilles !!!

Bhuj, scène de rue

Bhuj, pique-boeuf


 

06.11.2012

La journée est consacrée aux formalités. A savoir, ma caméra est vue par un médecin...elle nécessite une pièce difficile à obtenir. Il m'en donne les références. La bonne nouvelle est qu'il s'agit d'un cable lié à l'ouverture de l'écran et qu'en ne l'ouvrant pas complètement je dois pouvoir effectuer des prises de vue malgré tout. Ouf ! En espérant qu'elle tienne.

Bhujodi

BhujLa banque, pour le change, et là je n'ai certainement pas pris la bonne décision en choisissant la State Bank of India. Aucune file d'attente mais une bonne heure de paperasses, de vérifications internet etc. Le jeune employé par contre, ne perd pas son temps, entre deux attentes de réponse de la maison-mère, il tchatte sur msn !

Comme il est de coutume en matière d'argent, il est écrit derrière la somme only, soit seulement, ce qui ne manque pas de nous interloquer régulièrement !

BhujodiEu égard à la chaleur extérieure, le vigile armé qui monte la garde de l'établissement dépose une petite bouteille d'eau devant les clients. Délicate attention...probablement le sens de l'hospitalité indien. Il n'est pas rare chez un commerçant, comme de la part de mon vendeur de chaussettes devant l'hôtel, de se voir offrir une tasse de thé après un achat (38).

Nous nous mettons à la recherche d'une motocyclette, pour demain, l'idée étant de visiter le Nord du Kutch, la région dont Bhuj est la capitale, en étant plus libres, les transports pour cette partie-ci étant plutot aléatoires...même si notre quête s'étale dans le temps, elle reste vaine. Deux loueurs hantent la ville dont l'un n'a rien de disponible, et l'autre ne semble pas désireux de faire affaire avec nous ! Nous prendrons donc l'un des deux bus gouvernementaux au départ, celui du matin, 7 heures, et aviserons par la suite. Nous pensons dormir à Dhordo.

Un bon repas pris dans le restaurant à nourriture penjabi (Nord du pays) de notre hôtel, avec un riz plus raffiné qu'à l'accoutumée, une naan au fromage (espèce de crêpe locale délicieuse), et un lassi, mon premier cette année, ce yaourt indien...fait ici avec de l'eau filtrée. Le patron me l'assure et je le crois, père et fils sont vraiment très serviables, aimables et ne poussent pas à la consommation. Ils existent depuis 50 ans et emploient un personnel entièrement nepali.

En fin de repas, habitude du pays, nous est servi un bol d'eau avec un demi-citron pour se laver les mains.

 

07.11.2012

Kalo Dunder

Kalo Dunder

Pour commencer la journée, nous sommes conviés à prendre le thé avant le départ par le chauffeur du bus pour Khavda. Arrivés là, coup de chance, trois bus scolaires en voyage en provenance de la capitale nous embarquent pour Kalo Dunder, qui abrite un temple dedié à Datt, l'une des 33 millions de divinités du petit panthéon indien. Plutôt inconnue au bataillon mais la vue sur les environs et la mer de sel au loin est imprenable (43) (44).

Kalo Dunder

Kalo Dunder

Les enfants sont bien sûr en effervescence, et les photos fusent également en compagnie de leurs professeurs. C'est avec l'un deux, prénommé Jignesh que nous avons sympathisé, et il nous explique qu'ils n'ont pas énormément de moyens financiers et que le coût du voyage est maintenu relativement bas. Ceci dit, il me semble en exister de plus pauvres dans le pays.

Les parents se renseignent sur le bien-être de leur chérubin par portables interposés qui sonnent dans la cabine à intervalles réguliers !

Khavda

Khavda

De retour à Khavda, nous partageons un snack avec la bande de chauffeurs puis, après avoir pris congé, empruntons un bus pour Bhirendiara, où nous devons passer par le poste de contrôle pour l'obtention d'un permis. Là, petit coup de chaleur, l'officier souhaite voir notre véhicule pour Khavdanous en délivrer un. Palabres...nous sortons finalement la photocopie du passeport et les 100 roupies préconisées, et le tour est joué avec, en prime, l'arrêt d'un camion-citerne (de l'eau) pour poursuivre le périple. Celui-ci nous dépose peu après Dhordo, où nous pensons dormir (l'idée commence à se faire la belle), et de là, après 30 minutes de marche et une voiture avec chauffeur empruntée pour les derniers 3 kilomètres à un couple de Japonais, nous voilà aux portes du désert blanc, cette immensité de sel vue d'en haut ce matin (48).

Dhordo

Dhordo

Et, cerise sur le cadeau, mais nous les avons apercu de loin, les trois cars scolaires du matin.

Ce qui nous confirme dans la décision de quitter les lieux, le village présentant pour dormir apparemment surtout un, voire deux, complexes hôteliers, ce qui n'est pas ce que nous recherchions en venant ici.

Retour donc à Bhuj où nous prenons définitivement congé de l'équipe scolaire.

 

08.11.2012

A propos du Kutch, le nom tient à la forme de la région en langue kutchi, celle d'une tortue renversée, dont l'histoire remonte à très loin, puisque l'on y a trouvé des restes de la civilisation de la vallée de l'Indus, datant de 3 000 à 1500 av. J-C. 

Prendre le train, entre autres, en Inde n'est pas chose facile. Entre les places sur liste d'attente, les quotas pour étrangers qui soi-disant existent mais ne sont pas disponibles, et le délai de 24 heures avant le départ qui permet, peut-être, d'obtenir les special ones (!), rien n'est joué. Je ne voudrais cependant pas rester bloqué ici et gagner Mandvi au bord du golfe de Kutch. Aussi embarquai-je les coordonnées d'un agent de voyage qui procédera à la tentative et m'informera téléphoniquement demain. Mon compagnon de chambree, qui s'inquiétait, est ainsi rassuré (!) et se prépare pour m'accompagner finalement au dernier moment. Je voudrais encore pouvoir profiter de la journée la-bas. Nous convenons de déjeuner en arrivant en début d'après-midi.

La liaison est rapide, la route moins défoncée et la végétation déjà plus luxuriante.

Une chambre trouvée, nous gagnons le centre-ville et là, je file, seul finalement, manger un morceau.

Je flâne alors dans le bazar, très étendu, et très fréquenté en cette période de fête, celle de Diwali, sorte de Noël local, qui va avoir lieu le 13. Les différentes ethnies de la région, à l'instar de Bhuj, s'y croisent (51) (54).

Puis je visite les bords d'eau où se trouvent les chantiers navals de cette ville fondée en 1585, qui fut un port célèbre entretenant des liens avec le Sud de l'Afrique, l'Arabie, la Malaisie, la Chine et le Japon. Non seulement les marins étaient réputés mais également les marchands, établis en Inde, en mer Rouge, dans le golfe Persique, au Moyen Orient, sur les côtes africaines et à Zanzibar. 

Grâce à l'union douanière avec l'Inde, depuis l'Indépendance, les chantiers ont reçu des contrats du gouvernement mais aussi des particuliers, notamment Dubaï, une manne pour l'emploi des marins (56).

 

09.11.2012

Modhva

Modhva

Reveillé bien avant l'aube, je me laisse bercer de la terrasse par les incantations des différentes communautés religieuses : hindoue, bouddhiste et musulmane, puis j'embarque dans un rickshaw brossé à neuf pour la matinée. Le soleil se lève doucement et la brume se dissipe sur la végétation deja plus luxuriante.

Modhva

Modhva

Modhva, petit village de pêcheurs au centre restreint, s'étale sur une vaste plage où essaiment quelques baraques. Femmes et fillettes sont occupées à extirper les crevettes de la pêche de la nuit, ignorant les minuscules crabes et petits poissons impossibles à utiliser en friture. Les chats, les mouettes, les grues les épient, en quête d'un morceau à grapiller.

Gundialy

Gundialy

Les pêcheurs se reposent pour beaucoup de leur nuit de labeur. Leurs portables résonnent de chants indiens, l'un d'eux s'est abrité sous sa cahute, qui le protège du soleil.

Gundialy est frappant pour la variété de ses portes, que ce soient les formes ou les couleurs. Une gamine m'embarque en pleine rue pour son école, où la limite géographique entre grands et petits est bien nette. Ma présence les rend bien sûr euphorique, j'y retrouve d'ailleurs deux gamines aperçues près d'un temple, mignonnement nigaudes en me voyant. J'en dirais moins du principal, qui me calcule à peine en pénétrant dans la pièce, probablement débordé, le pauvre homme, quand on connaît le nombre de la population de son pays. Ma petite guide me promène ensuite de temple en temple, il me faut mettre un frein pour éviter l'indigestion, en tant que bon païen ! 

Porte

Ravalpir, temple

Gundialy

De retour au centre du village, je déboule sur une place sur laquelle paît un troupeau entier de vaches, que je croise normalement individuellement ou par groupes de 2 ou 3. Stoïques, elles attendent qu'on les évite, que l'on soit à pied ou en transport. Elles ont d'ailleurs tendance à me fixer du regard, et je ne manque pas de leur rendre la pareille, ce qui peut s'éterniser parfois.

Pour terminer un dromadaire tirant sa charrette, fait également courant par ici, flirte avec les rickshaws.

Porte

Porte

Sur le retour, je marque un arrêt au temple de Dhrabudi, site hindou très ancien, puis à la plage de Ravalpir, à quelques mètres d'un temple et pas vraiment bondé puisque je m'y baigne complètement seul.

Temple de Dhrabudi

Temple de Dhrabudi

A Mandvi, j'apprends que j'ai la chambre pour moi tout seul. Mon covoyageur est reparti sur Bhuj pour éclaircir le trajet à venir. Je m'en suis déjà occupé entretemps - aucune reservation possible (!)- mais je n'allais pas ce matin attendre une fois de plus qu'il se réveille. Le torchon brûle.

Temple de DhrabudiJ'écume à nouveau le bazar, après un repos bien merité.

10.11.2012

Après un trajet sans encombres, j'effectue quelques achats à Bhuj, où j'apprends que je voyage désormais à nouveau en solitairel. Disons que je ne cours pas à la gare pour rattrapper mon ex-covoyageur. Pas de clash, c'est bien, mais je ne suis pas ici pour écouter des jérémiades lorsque le muezzin appelle à la prière, me faire pourrir la journée pour un thé qui a coûté 2 roupies de plus (sinon, il faut demander le prix avant) où me rendre dans un cybercafé pour jouer à un jeu video. Chapitre clos.

Cela va peut-être me permettre de revenir au voyage, comme c'etait d'ailleurs plus le cas hier aupres des pêcheurs.

Pour commencer, je gagne Gandhidam. La queue commence à la gare, mais un militaire a un billet en rab, je le lui rachète donc. C'est une place en classe ordinaire mais je me fais embarquer par une dame et son fils qui rentrent sur Bombay, elle estime que ce n'est pas une place pour moi. Eux sont en couchette, nous sommes en milieu d'après-midi, et de toute facon aucun contrôle.

La question reste : et ce soir. Notre voisin appelle son cousin qui travaille en gare de Gandhidam, et il paraît que je n'aurai aucun souci à me rendre à Jodhpur, au Rajasthan...

Tu parles, Charles ! C'est l'apocalypse. Un chaos monstre, j'essaye de rencontrer un responsable, puis un autre, on me renvoie toujours au même, qui m'expédie au guichet prendre un billet en direction d'Ahmedabad, Jodhpur étant complet -mes efforts côté bus n'ont pas été fructueux non plus, et la ville devrait vite changer de nom si elle est censé faire honneur au mahatma !

La queue est débordante, les resquilleurs aussi, il faut jouer des coudes, et, après information auprès de mes "colistiers', qui pensent se retrouver debouts, je prends un ticket pour Jodhpur.

J'espérais pouvoir convertir mon ticket en couchette, mais là rien. C'est le fourgon à bestiaux, et les places sont déjà occupées. Certains sont assis, entassés sur les sièges, d'autres allongés, va trouver la règle (!), d'autres encore ont trouvé refuge sur les plages destinées aux bagages, des disputes éclatent.

Au bout de quelques kilomètres et pour la 2e fois depuis mon arrivée, un arrêt brutal, en raison, apparemment, d'une personne qui aurait glissé. Et à chaque fois, le même empressement des assoiffés de sang congénitaux, curieux comme des vieilles chattes. Et il y en a des matous !!!

La nuit va être longue. Le ventre plein et la vessie vide, je la débute debout et affronte ce moment où l'on se dit : "l'Inde, c'est la dernière fois !". J'étale ensuite mon sac de couchage en soie à terre dans le couloir pour pouvoir m'allonger. C'est finalement peut-être la meilleure des solutions...si n'était la promiscuité. Je trouve un peu de sommeil entre deux coups de coude distribués ici et là à des pieds en provenance du compartiment voisin, des pieds à l'indienne, noirs comme la dentition, à une bouteille d'eau lâchée après utilisation, ou à un foulard venant me chatouiller les narines, ou encore aux pas incessants des urineurs marchant à l'aveugle malgré la lumière...

Vue ville bleue

Au petit matin, oui, Jodhpur, la ville bleue !!! C'est gagné, je suis sorti de Gandhidam qui virait au cauchemar. Repos.

Maintenant en équipe de 1, je reconsidère l'idée du Rajasthan, belle région certes, mais que je connais déjà. Peut-être pourrais-je tracer, mais il me faut un peu de calme, et le problème video refait des siennes, je suis maintenant au vert, en d'autres termes l'image n'est plus vraiment colorée, quand toutefois je l'obtiens.

L'urgence est donc le réparateur, il semble y en avoir un, mais le frangin de celui-ci est commerçant et je me demande s'il ne me mène pas en bateau. Reste à savoir si c'est pour faire monter les enchères ou parce qu'ils sont incapables d'effectuer la réparation.

 

12.11.2012

La ville bleue, dominée par sa forteresse, a une histoire mouvementée, animée par attaques et défenses entre guerriers rajputes, et avec l'extérieur. Je visite le monument avec Nicole, institutrice tôt en retraite, rencontrée hier au petit-déjeuner. Nous sommes voisins d'hôtel.

Forteresse de Mehrangarh

Forteresse de Mehrangarh

L'on peut y voir le raffinement de l'époque, avec les pointes sur la grande porte pour que les éléphants soient rapidement dissuadés d'y pénétrer, les empreintes de veuves de maharadjahs, le mémorial dedié à un volontaire qui s'est fait emmuré vivant dans la muraille, sacrifié pour sauver sa ville; puis différentes pièces exposent armes, palanquins et autres chaises à porteurs, parfois voilées lorsque ces dames de la haute y prenaient place.

Place de l'horloge

Haveli

Un faste qui s'est depuis atténué, même si le maharadjah dispose encore de son palais à l'opposé de la forteresse.

Fabrique de bidis

Famille pour diwaliAu pied de l'ensemble, où affluent chaque jour bus, jeeps et touristes à pied, vivent quelques familles beaucoup plus modestes. Les préparatifs de la grande fête de Diwali, fête des lumières qui annonce également l'hiver. Outre les belles tenues, on va préparer gâteaux et sucreries, et les maisons sont decorées, les façades lustrées, briquées, retrouvant une fraîcheur qu'elles avaient peut-être perdu dans l'année.

Famille pour diwali

 

Nous mangeons dans une famille, contre une petite rétribution, dans laquelle Nicole a dejà passé la soirée la veille. Famille plutôt pauvre, où l'on ne ressent cependant pas de tristesse mais de l'amour entre ses différents membres. La mère, Siria, et ses deux filles, son fils -qui parle le mieux anglais, et le petit garçon de la fille aînée, venu passer les fêtes ici. Le père est en déplacement.

Pour subvenir, une de leur activité principale consiste à rouler des bidis, ces cigarettes typiques de l'Inde, qu'un patron viendra réceptionner plus tard. Elles se verront rétribuer de 100 roupies (1,50 euros) pour 1000 pièces ! Même si elles ont le coup de main, c'est bien peu !!!

 

13.11.2012

Il est maintenant temps de jeter un coup d'œil à l'arrière-boutique, j'entends les rues de la ville bleue opposées à la zone des repaires des voyageurs.

Tri des poubelles

Ruelles

On sent d'ailleurs parfois que les Jodhpuriens sont surpris... quand ils pensent devoir nous remettre sur le bon chemin. D'autres, au contraire, nous invitent à entrer. Ainsi, nous faisons la connaissance d'une famille "well educated", où le garçon nous fait visiter chaque pièce, avec ses propriétés, ses jeux de lumière, fier qu'il est, mais pas arrogant, de sa demeure, où l'on trouve au moins une toilette à chaque étage, et le tout proprement tenu de surcroît. La famille est dans l'électricité, l'électronique ou les études, les nombreux livres, en sanscrit, et surtout en anglais en témoignent.

Après un thé, ce sont des gâteaux sucrés qui nous sont offerts quelques rues plus tard lorsque nous sommes conviés à pénétrer dans un  haveli, demeure bâtie autour d'un patio, que nous admirons de l'extérieur.

Un peu plus tard enForteresse de Mehrangarhcore, alors que, sur sa demande, ce n'est pas rare, j'ai photographié un grand-père et lui ramène la photographie imprimée (dans une échoppe proche), sa famille nous propose de passer ce soir pour le dîner. Je n'en ferai rien, ce soir je pars pour Delhi. Mais ils sont au taquet, à l'instar de notre petite famille dont nous allons prendre congé, avant le puja, la prière à laquelle Nicole veut à tout prix échapper.

La cuisine est en pleine effervescence, l'on cuisine, roulé, frit, goûte...et nous ne faisons pas exception.

La forteresse s'habille pour mon départ; de la terrasse de l'hôtel, nous voyons les lanternes qui parent peu à peu la muraille.

Alors que le train entre en gare,  j'observe un rat, à la face gauche bouffée, qui va et vient sur le quai, imperturbable, tout comme les voyageurs qui le remarquent à peine.

Il regagne alors son foyer, dans un trou, au pied d'une colonne, où je peux distinguer un, deux, puis trois ou quatre de ses congénères, dont le petit dernier qui tente de temps à autre une sortie derrière Papa pour retourner bien vite au bercail.

 

14.11.2012

Delhi est aussi bruyante et animée que je l'ai quittée voici 16 ans. Mais le métro a été construit entretemps, avec contrôle systématique des sacs sur tapis roulant. Ceci dit, j'observe un des préposés qui pique du nez devant son écran !!!

Le métro me permet d'effectuer quelques allers-retours ce matin pour ma caméra, que je laisse en dépôt, dernier essai, pendant 2 ou 3 jours. Ensuite, le devis décidera de la suite, et je pourrais la récupérer 1 jour plus tard.

En attendant, demain je monte vers les sources du Gange, à Rishikesh en bus pour quelques jours. Ensuite, je pense me diriger vers l'est jusqu'au Nagaland. Pour savoir s‘il faut un permis, c'est une sinécure !!! Ils ne savent pas, ou n'en ont jamais entendu parler, ou demande ce que je veux faire là-bas !!! Enfin, un agent de voyages un peu plus compétent appelle les bureaux concernés, et m'apprend que je dois juste me manifester à la police en arrivant. La question des étapes reste car ce sont 36 à 50 heures de train, et la couchette n'est pas assurée.

 

15.11.2012

Rickshaw

Journée sans grand mouvement. Ce matin, préparation d'aquarelles à venir. Cet après-midi, un tour de métro avec Manu, un Français qui se promène en Asie en jouant de la musique avec un copain, pour aller visiter le marché central où afflue davantage la population indienne.

Sur le retour, je passe prendre chemises et gilets chez "my taylor is rich" de Delhi.

Un petit encas du soir et au lit (!) dans le bus qui me mène à Rishikesh, là où commence le Gange...que je crois.

En fait, c'est sans compter sans les sens de la surprise des Indiens. Je suis censé attendre le bus devant l'agence, mais rien n'arrive. Un rickshaw s'en mêle, il cherche à gagner sa pièce. Après un coup de bigot (heureusement que j'ai deux numéros de téléphone à l'arrière du ticket), j'apprends qu'il me faut attendre ailleurs, en l'occurrence devant la station de métro la plus proche. Ça commence bien. Après quelques tours de pédale avec mon rickshaw (pour la rue du main bazar, les vélos rickshaws sont bien en vogue, en raison de l'affluence), j'y suis enfin. Mais toujours pas de bus. Cela commence à me plaire ! Enfin, vers 22 heures, (au lieu de 21 h, le plus enquiquinant n'ayant pas été le retard lui-même mais la question de savoir si je suis prévu tout simplement), me voici sur mon semblant de couchette...et à l'arrière du véhicule, contrairement à ce qui m'a été annoncé (81).

Je dors donc que très très peu, sentant chaque bosse, et assis à côte d'un petit père ronfleur à tendance gauche. En d'autres termes, sa jambe empiète quelque peu sur mon espace. Nous ne sommes que 3 étrangers et je sympathise avec Manicha, venue d'Ukraine faire un stage d'astrologie.

 

16.11.2012

Il est pourtant tôt lorsque nous touchons au but, 5 h, et nous trouvons un endroit pour un chai (thé épicé au lait), voire deux, en attendant le levée du jour.

Manicha élit domicile dans une guest house avant le pont qui sépare les deux rives du Gange, je poursuis jusqu'à Laxman Jula et prend une chambre avec une petite terrasse directement au-dessus du fleuve.

Une bande de singes, des langours se castagnent dejà de bon matin, jonglant et sautant entre pont, murs et fils électriques. Le boss est bien aise à distinguer, ses parties viriles sont bien visibles.

Au premier "rabord", avec une arrivée nocturne en station de bus, Rishikesh peut laisser quelques doutes quant au bien fondé de la visite. Mais passé le pont, après une bonne douche, prenant un petit-déjeuner avec musique d'ambiance devant le Gange qui sort de sa vallée, le sentiment béni de s'être échappé de Delhi et d'assister à un spectacle magnifique revient à la charge.

En après-midi, nous poussons jusqu'à la belle statue de Siva à Swargashram, où nous assistons au puja (prière) quotidien lors du coucher de soleil mais il semble qu'aujourd'hui nous tombions sur une cérémonie spéciale de mariage à l'indienne de deux Européens.

Manicha berce dans la spiritualité et elle connaît quelques chants, interprètes, formules, lieux (...) qui rendent le moment bien agréable.

 

DSC_7086-(1024x680)

17.11.2012

DSC_7080 (1024x680)

A Rishikesh, les Beatles avaient fait en leur temps une retraite méditative. C'était l'année 1968. En 2012, il reste de cet ashram quelques huttes de béton et de pierre sur lesquelles la nature regagne peu à peu ses droits.

 

Egalement quelques bâtiments plus importants en haut desquels les singes s'aventurent parfois. A proximité, ils sont d'ailleurs en groupe avec d'un côté, les langours, de

DSC_7090 (1024x680)

DSC_7089 (1024x680)l'autre les macaques, plus agressifs. Un saddhu vient les nourrir avec chapatis ou des espèces de cacahuètes.

Nous réiterons notre visite pour le puja du soir auprès de Shiva, et constatons que la même cérémonie a lieu, la présence des Occidentaux la veille n'avait donc rien de plus rituel.

DSC_7170 (1024x680)Ma caméra a besoin d'une pièce neuve, rien de nouveau, ils font leur possible  pour lundi. Je prévois donc un départ d'ici lundi, et de Delhi mardi en direction de Varanasi (Benarès).

DSC_7131-(1024x680)

18.11.2012

DSC_7199 (1024x680)

DSC_7175 (1024x680)

Aujourd'hui, nous décidons d'aller nourrir nos amis les singes, toutes catégories confondues. Manicha dispose d'un bon appareil photo, ce qui permet de prendre de bons clichés. A grand renfort de cacahuètes, nous débarquons donc dans leur quartier pour un bon moment. Nous tentons de partager entre les différentes classes et tranches d'âge, ce qui n'est pas toujours aisé, et quasiment impossible lorsque débarque le chef d'une race.

DSC_7215 (1024x680)

DSC_7205 (1024x680)

Il y a aussi les gestes à ne pas faire, un mouvement trop accéleré, ouvrir la bouche ou montrer ses dents...la réaction est subite et vive. Même le chef est aux aguets, pour ne pas perdre sa position !

19.11.2012

DSC_7241 (1024x680)

DSC_7236 (1024x680)

Ma chambre se libérant du fait de mon départ, Manicha va donc en profiter pour y déménager.

Nous rendons tout d'abord visite à Vicky, qui nous a accueilli pour un thé lors de notre arrivée. Tellement pris que nous sommes, nous n'avons pas encore réussi à le voir!

Ensuite, nous récupérons les billets des divers transports pour pouvoir ensuite passer un peu de temps au yoga, l'endroit s'y prête bien sûr, ma collègue ukrainienne étant bien fait de l'activité et enseignant un peu elle-même.

DSC_7392 (680x1024)

DSC_7356-(680x1024)

Après un appel à Canon, mes plans changent cependant, la camera n'étant pas prête avant 3 jours. J'écarte la première possibilité envisagée de la récupérer, encore plus tard, à Varanasi, et m'asseois tout simplement sur le billet Delhi-Varanasi (les tarifs indiens le permettent davantage, même à contre-cœur).

Ceci m'accorde 2 jours supplémentaires ici, pas désagréable de toute façon, ce qui permet au passage quelques commandes de travaux de couture et un peu de yoga. Manicha memménage dans la chambre voisine de la mienne.

 

20.11.2012

Nous optons en faisant 2 ou 3 courses pour un nouveau débarquement à nos amis langours et macaques et y laissons notre stock de cacahuètes.

DSC_7335 (1024x680)

DSC_7447 (1024x680)

Les courses, comme tout en Inde, prennent du temps, entre tickets de transport, achats divers,  visite chez le tailleur et imprévus. Si bien que nous ne retrouvons nos quartiers qu’en milieu d’après-midi...et il est temps car je ne suis pas en grande forme, ce qui semblait s’annoncer se confirme, mon petit-déjeuner n’est pas bien passé.

DSC_7420 (1024x680)

DSC_7452 (1024x680)

Nous apprécions, enfin, le coucher de soleil du balcon. A Laxmanjula, à l'instar de celui observé à Ramjula, a lieu un puja, à quelques dizaines de mètres, au bord du Gange, il va de soi. Une dévote tente ; non sans mal, de faire voguer une tasse remplie de fleurs ou trône une bougie. Les chants incantatoires, retentissant dans le crépuscule, lui apportent leur soutien et bientôt le récipient trace sa route, tandis que les apprentis gourous font tournoyer les torches, donnant à l'ensemble davantage une allure de spectacle que de prière.

1

A Rishikesh, la ferveur domine, probablement mélangée à du bigotisme ou de l’errance religieuse. J’entends par là les pèlerins pour lesquels le déplacement répond à un besoin vital, ceux qui viennent en touristes (et peuvent s’offrir le luxe du taxi entre les différents quartiers, éloignés de 2 a 3 kilomètres), et les étrangers, pour certains en quête spirituelle, s’attardant alors puisque nombreux sont les cours de yoga proposés ici.

IMG_7175

IMG_7173

Même si l’endroit est source de repos, il ne fait pourtant pas exception à la ronde des klaxons qui en Inde semblent être incorporés au code de la route. 

Je gagne ensuite ma couche pour une nuit qui s’annonce longue et mouvementée, et dont les détails peuvent être tus.

 

21.11.2012

IMG_7186

IMG_7187

Même s’il y a un mieux, je ne suis pas au faîte de

ma forme, inconvénients du voyage qui se produisent parfois, et je passe la journée alité, j’ai gardé la chambre, c’est nécessaire, pour récupérer un tant soi peu avant le bus de ce soir qui me ramène à Delhi, tandis que Manicha prend la route pour un lieu au-delà de Varanasi, retrouver son gourou pour une semaine méditative.

Ce fut une compagne de voyage vraiment agréable. Sereine, après avoir quitté son activité dans la banque, elle a une situation plus aléatoire mais a une vue du monde positive qui la rend plus accomplie et, si elle n'acquiesce pas à tout ce qui l'environne, c'est alors en toute quiétude qu'elle désopine.

Le départ se fait sur les chapeaux de roue, en raison d'une commande chez le tailleur qui se fait attendre et attendre. Vivek (Vicky), venu au-devant de nous, emmène Manicha rapidement à moto à la gare des bus, et je prends un rickshaw pour rejoindre le mien qui démarre 1 heure plus tard.

Je parviens cette fois à être tout à l'avant, seul sur 2 sièges, même si au niveau du sommeil cela n'apporte pas grand-chose (il faut dire que j'ai peut-être dormi mon saoûl depuis 24 heures!), et me retrouve un peu plus tard coincé entre des ballots de je ne sais quoi, qui ont l'avantage de me permettre de maintenir ma position.

 

22.11.2012

A l'arrivée, je me dirige immédiatement vers la gare de New Delhi, au comptoir pour étrangers (cela permet parfois d'accéder aux billets impossibles à se procurer) au cas où je puisse déjà assurer les billets à venir, mais l'on m'annonce qu'il est fermé pour 3 jours en raison d'un festival. L'on m'envoie donc à un autre en taxi, à Connaught place...une belle arnaque (probablement destinée à faire fructifier le marché des taxis, mais j'ai bien limité les dégâts), je m'en aperçois plus tard lorsque j'y fais une seconde apparition en début de matinée "éclairée". Un panneau le signale d'ailleurs, mais à 5 heures le champ de vision est plus étroit probablement.

Certains ont bien compris qu'en Inde, où les choses prennent du temps et coûtent de la patience, l'on peut "désesperer" les étrangers en leur disant exactement ce qu'ils n'ont pas envie d'entendre !

J'obtiens, après une queue d'une bonne heure et demie, deux billets, j'y croyais à peine, l'un pour Varanasi, enfin la banlieue, 20 km, et l'autre 2 jours plus tard pour Dimapur...au Nagaland. Ça y est, j'en prends enfin le chemin.

Ensuite, dans la même matinée, avec le métro (pour lequel, tres écologique, on utilise des jetons que l'on laisse dans la machine à la sortie, donc recyclés) j'accuse réception de ma caméra qui vient de sortir de son lifting. Je l'essaye de suite, elle fonctionne. Pourvu que ca dure !!!

Je reprends du poil de la bête et m'enfile une purée dans l'après-midi, avant de rendre visite à un imprimeur de cartes de visite, avec lequel j'avais pris un thé la semaine passée, mais il est absent pour quelques instants. Je m'installe dans la boutique mais rends les armes au bout d'un moment.

Je suis heureux d'avoir limité mon sejour à Delhi. Elle n'est pas que bruyante, mais également polluée, même si elle n'est pas la seule. On le constate bien le soir en se mouchant !

 

23.11.2012

Le train est parti, une fois de plus, à l'heure...mais il arrive avec 2 heures et demie de retard à Mughal Sarai.

IMG_7189

IMG_7189

Je voyage en compagnie d'un Américain, natif du Viêt Nam, qui se rend une fois par an dans un ashram participer à l'élaboration de différents projet, de deux grosses dondons qui pouffent sans cesse, s'empiffrent, ronflent et crachent, et de deux jeunes qui, employés ailleurs, rendent visite à la famille, et qui se voient priés de changer de place pour que lesdites dondons puissent rester avec leur frère ou mari.
L'un d'eux, Pundit, s'occupe de mon arrivée, ce qui m'évite le harcèlement "rickshawien", et me mène au bus pour Varanasi où je compte rejoindre les ghats, ces marches qui descendent sur le Gange, fleuve sacré, où règne encore davantage de ferveur qu'à Rishikesh.

IMG_7203

C'est là que j'élis domicile pour 2 jours, là où, je pense, je me trouvais lors de mon précédent séjour voici 16 ans.

Je longe à nouveau les ghats au cours de l'après-midi, observant le bain des dévots, le rasage, le linge qui sèche au soleil, les jeunes qui jouent au base ball, lançant régulièrement la balle un peu trop loin (elle doit être hyperbénie avec tous ces bains !), les bateaux à touristes qui passent ou d'autres qui stoppent, effectuant quelque prière pour un défunt, et les singes, macaques, moins farouches ici, auprès desquels je m'attarde bien sur un long moment.

Je rencontre également Mohammed, musulman (à l'instar de 45 % des habitants de la ville, selon ses dires) comme son nom l'indique, qui ne manque pas de me vanter le bien-fondé de sa religion. Je perçois cependant qu'il ressent comme une certaine domination de l'hindouisme, ce qui en soit est logique ici.

BENARES-DIMAPUR

 

24.11.2012

A Varanasi, près des ghats, l'on croise la mort chaque jour...les corps transportés et accompagnés de lituanies jusqu'au lieu de crémation et le ghat de crémation lui-même. Pourtant pour moi qui ne suis pas fanatique des cimetières, aucun impact ici. Je présume une espèce de magie de l'endroit, la mort y est vraiment traitée comme une partie de la vie. De plus, juste derrière un hospice abrite les prétendants au funérarium, qui signifie pour eux la fin du cycle de leurs réincarnations et de par là le nirvana.

J'assiste en fin d'après-midi à une douzaine de crémations (et d'autres sont encore à venir puisque les arrivages défilent). Juste à côte, ou devrais-je dire entre les feux, un taureau essaye désespérement de monter une vache; après chaque essai, il revient aux préliminaires avec quelques lichettes, elle le regarde, attendant la fin de la panne; un autre, attaché à un plot, beugle à en réveiller les clients du funérarium; quelques chiens vont et viennent, espérant quelque reste (ce qui arrive parfois) lorsqu'un bûcher est éteint, et anticipent même en pissant sur le feu; et au-dessus volent les cerf-volants, dirigés par les enfants tout le long des ghats (116)

On pratique ici de 200 à 300 crémations par jour. Les corps sont tout d'abord trempés dans le Gange, fleuve sacré, puis déposés sur le bûcher, où va alors crépiter le bois, pendant trois heures, dont d'énormes tas sont empilés à proximité, toujours renouvelés.

Les linceuls rouges sont  ceux des femmes, les blancs ceux des hommes, et les jaunes ceux des vieillards, les deux sexes confondus.

En soirée se tient un festival de musique, avec quelques sommites qui interprètent quelques morceaux tandis que des femmes en costume dansent ou gesticulent dessus. Je nomme ce festival in.

En effet, juste à côte, je me passionne davantage pour les festivals off, celui d'un chant religieux dont la mélodie m'inspire davantage, d'autant plus qu'il est accompagné du spectacle de macaques qui escaladent les bâtiments et les panneaux, récupérant des brahmanes bananes et autres cacahuètes.

Au retour, il fait dejà bien nuit, un batelier écope encore son bateau, et les bougies défilent sur l'eau.

 

25-26.11.2012

Je pars aujourd'hui pour le Nagaland, un voyage qui devrait durer, au bas mot, 33 heures.

Mais avant, je me lève tôt pour un tour de bateau au lever du soleil. Ainsi je passe les différents ghats, du népal, de l'Inde du Sud, des musulmans (...), et assiste aux premières ablutions de la journée...en compagnie de quelques dizaines d'autres barques. Je suis seul sur la mienne, mais d'autres sont assis à 25, menés par seulement deux ou trois bateliers! Je n'avais pas cette affluence en mémoire, et je crois que la magie du lieu est en passe de se détériorer, à l'instar de certains rituels pratiques uniquement à l'endroit des touristes, alors que les dévots n'en font aucun usage.

Le train Brahmapoutra a 3 heures de retard lorsqu'il entre en gare de Mughal Sarai. Je patiente avec Mathias, compositeur de musique de films, dont certains que je connais, qui se rend à Darjeeling, et de deux Brésiliens, dont le train est annoncé pour 10 heures plus tard alors qu'ils ne vont qu'à 4 heures de là. Après avoir été trimbalés  de demi-heure en demi-heure, ils finissent par obtenir un ersatz de train.

Mon compartiment est occupé par quelques Indiens, dont un gros dégueulasse particulièrement casse-pieds et qui semble imbu de lui-même (je mets les points sur les i assez rapidement, sinon il va nous les briser menus pendant le reste du trajet) et un Loïs, un Breton courtier en art et particulièrement en bijoux qui passe une bonne partie de son temps à voyager lorsqu'il a fait un bon coup.

Nous supputons qu'on nous a ghettoisé dans ce compartiment, étant le peu d'étrangers qui se rendent au Nagaland.

Le trajet se déroule somme toute agréablement bien, occupé à manger, boire, effectuer quelques aquarelles et dormir, même si les couchettes indiennes reflètent la société, à savoir aucun respect pour le confort de l'autre. Ainsi, l'on braille dès que l'on est reveillé, y compris à 2 heures du matin, l'on téléphone, allume la lumière à n'importe quel moment etc etc etc.

L'arrivée à Dimapur est tardive, malgré que le train ait pris encore une heure de retard, en totalisant ainsi 4 en arrivant en Assam et qu'il en a rattrapé 2 en traversant cet état.

Sur des conseils avisés, nous optons pour un lit en dortoir à la gare, que nous obtenons vers 1 h 30, et terminons la nuit commencée en début de soirée dans la couchette.

 

27.11.2012

Nagaland, devenu état de l'Union Indienne en 1963 n'est ouvert que depuis peu de temps au tourisme. Et si sa population de 1,9 million a gagné les grandes villes que sont Dimapur et Kohima, sa capitale, les 16 tribus réparties sur l'ensemble du pays préservent soigneusement leur culture animiste héritée de traditions anciennes.

Dimapur ne présente apparemment que peu d'intérêt, aussi prenons-nous la route de la capitale du Nagaland, Kohima, dès le lever, en taxi collectif.

2 bonnes heures de trajet, avec un arrêt pour se déclarer au poste de police, les paysages, déjà annoncés en traversant l'Assam, se confirment et rappellent beaucoup l'Extrême-Orient. Ce n'est plus franchement l'Inde, tout au moins pas au sens...indien du terme. De par la population non plus d'ailleurs, mongoloïde, donc davantage apparenté au Myanmar voisin ou peut-être à la Chine. Ce sont des Nagamais, dont il existe plusieurs familles puisqu'on comptabilise 16 ethnies.

Vue ville

J'aborde la région de façon très positive.

A Kohima, trouver un hôtel ne s'avère pas chose facile. Ils annoncent complet en nous voyant, alors que des chambres sont visiblement vides. Loeiz va chercher un peu plus loin tandis que je prends un café en gardant les bagages. Par l'intermédiaire de la serveuse, avec laquelle j'engage la conversation, je trouve alors deux singles, après qu'elle ait passé un coup de téléphone...à l'un des premiers hôtels que nous avons visité !!!

Finalement nous optons pour une double, tout près de là, pour quasiment le prix d'une simple, et avec salle de bain, même si nous nous rendons compte ensuite que l'eau ne coule pas. Nous avons recours au seau, comme souvent dans le pays (121).

L'enregistrement officiel à la police ne s'avère pas plus aisé. Il faut tout d'abord trouver le poste, un premier agent nous mène au mauvais endroit, et sur place, personne ne semble connaître le processus à suivre. Et finalement, il nous faut revenir chercher le papier dans l'après-midi, la signature d'un officier absent étant requise.

Les tailleurs semblent tout aussi peu à l'aise en me voyant, et changer de l'argent s'avère tout aussi laborieux. La jeune femme revient du repas à 15 heures...qui s'est s'averé être l'heure de fin de service. En outre, le lendemain est jour ferié, tout au moins pour l'administration, elle dispose de la liste des jours vacants devant elle, ce qu'elle revendique hautement.

Sur les hauteurs de Kohima (dont l'altitude est de 1444 m), le cimetière anglais est un hommage aux soldats tombés lors de la terrible bataille de Kohima en 1944 contre les Japonais, lors de la seconde guerre mondiale (120).

Avilie, patron du restaurant du matin, m'a accompagné dans la démarche et m'explique qu'il travaille aussi pour l'état dans la prévention du sida. Il semble bien engagé dans sa tache, tentant d'informer au mieux ses congénères. 0,78 % de la population serait affecté. Samedi est le jour mondial de la lutte et il me convie à la fête, qui sera suivie du marché de nuit, évènement d'autant plus attractif qu'ici tout ferme vers 17 h 30.

Pour le dîner, il nous attend avec sa femme, après que Loeiz a souhaité goûter des araignées et des sauterelles. Très nutritif. Il fait bien attention à cela, tout comme à son corps, pratiquant beaucoup de sport et s'intéressant aux nouveautés dans le domaine de l'alimentation, avec tout ce qui est planté, graines...

J'y goûte, ce n'est pas ma tasse de thé.

 

28.11.2012

Après un tour au marché, où l'on trouve abeilles, grenouilles, chien (dejà vu dans le bus hier, je m'en suis aperçu à la vue des pattes), anguilles et autres insectes, nous gagnons Kisema, où va se tenir le festival de Nagaland, du 1er au 7 décembre (119).

Sur place, je perds bien vite Loeiz et un peu déçu de l'endroit qui n'a pas ce caractère de village escompté, je m'avance plus loin et apprends que c'est en fait juste un endroit prêté par Kigwema et Phesama, deux villages environnants, pour cette occasion.

Décidant de m'avancer sur Kigwema, je poursuis finalement jusqu'à Jakhama avec Kit, rencontré dans le sumo (taxi), qui travaille à l'informatisation de l'université, que d'ailleurs je n'attendais pas dans un village. Elle est cependant réputée et est frequentée par 2000 personnes, y compris des habitants de Kohima (123).

C'est ici que je consulte pour la première fois Internet au Nagaland, et il me réconcilie, sans que que je sois réellement fâché, avec la population locale, distante, probablement cependant par gêne par rapport à nous. Ils semblent heureux que la région commence à sortir de son marasme, du fait de l'ouverture grâce à l'arrivée au gouvernement indien du parti local, sont pourtant encore depassés par le retard, d'où certainement un certain embarras. Tout reste à faire (124) (125).

 

29.11.2012

L’Inde, et aujourd’hui le Nagaland en fait bien partie (!) est harassante. Changer de l’argent, pour penser à mon retour sur Delhi, exige l’attente de l’employée (même si elle est charmante et n’a au maximum que 15 jours fériés par an) puis celle de la banque centrale qui donne le cours du jour.

Ensuite, c’est “l’agence” de voyage, où le prix du billet d’avion au départ de Dimapur a doublé en deux jours, m’obligeant à partir de Guwahati dans l’Assam; puis moi qui, fatigué me trompe de date (le vol de Delhi étant très très tôt le 06); puis l’agent qui n’a plus assez d’argent sur le compte, doit attendre que son versement soit effectué, ce qui m’amène finalement à prendre tout chez un collègue a lui; entretemps le tarif a encore légèrement augmenté…au lieu de m’emmener directement chez son ami !!!

Les Indiens abusent parfois mais surtout ils usent le touriste !!!

Le musée local, sans être transcendant, présente de l’intérêt quant aux tenues et objets tribaux, et les têtes qui représentaient de réels trophées pour eux, soi-disant jusqu’en 1987, pour la dernière.

 

30.11.2012

 

Il me faut sortir prendre l’air des villages. Notre but, avec Loeiz, est Khonoma, où nous pouvons nous rendre, selon l’hôtel, à 7 heures. Ce n’est qu’à 20 km et je me suis decidé à rester dans la région et explorer quelques bleds, les autres districts étant trop laborieux à atteindre. Il faudrait davantage de temps.

Nous voilà donc à l’heure à la station et…pas de bus avant le début de l’après-midi. En fait , il part de Khonoma en début de matinée et y retourne quelques heures plus tard. Ils m’épuisent ces Indiens, pourtant ceux-là en sont éloignés ! En consultant une carte, il semble que l’on puisse au moins rejoindre Jotsoma, le village précédent.

Khonoma

Khonoma

De là, nous avançons de quelques pas puis, comme à l’habitude, nos chemins s’écartent à un moment donné. Me voici donc en contrebas, où une rencontre avec un jeune homme pertinent me donne la couleur du programme du jour. Je me dirige vers Khonoma, de là un chemin mène à un autre village, Mezoma, d’où l’on peut redescendre sur la route de Dimapur à Kohima. Ça sonne bien et cela permet une boucle, généralement plus agréable.

Je marche une partie du chemin, et suis pris pour une partie par un camion, dans la benne, qui va prendre livraison de pierre, là où les grosses sont broyées en une espèce de gravier. Une canalisation est creusée le long de la voie, sur 93 km pour alimenter des villages en eau, m’assure un contremaitre népalais, en poste ici pour 2 ans (129).

L’arrivée à Khonoma se fait un peu plus tard dans un bus d’écolier en plein chants religieux. Ça swingue, et en canon s’il vous plaît !!!

 

Vue village

 

Le village a du charme, troublé brièvement par une délégation birmane dont les véhicules se font remarquer lorsqu’ils débarquent à la maniere VIP.

Ici, l'on peut même se loger, donc boire et manger…oui, mais pour cela il faut s'annoncer, m'apprends le prêtre de Khonoma qui montre la région à son collègue philippin. Il me trouve pourtant un verre d’eau chaude (bouillie) puis un thé dans une hutte, puis m’invite à manger, à l’église. J’accepte puis décline finalement en me disant qu’ils me serait préférable d’avancer, la durée du trajet restant étant aléatoire, avec les dires des locaux qui varient d’une personne à l’autre (131).

Je retrouve finalement Loïs qui débarque un peu plus tard et nous poursuivons ensemble, après avoir été invité par une dame pour un chai (thé), accompagné d’un morceau de tapioca, et d’une bouteille d’eau pour la route.

134 Rizière

De là, nous gagnons Mezoma à travers les rizières, paysage superbe, et une montée raide en forêt, mais qui raccourcit. Là, nous sommes dirigés tout de suite vers une maison au sommet de ce nid d’aigle, où nous partageons un verre d’alcool de riz avec un nouvel hôte. Voyant l’heure avancée, il nous propose de dormir là, il n’est que 14 heures mais la nuit arrive 2 heures plus tard, mais lorsque nous décidons de poursuivre, il noos indique le sentier à suivre. Dès que l’on sort de Kohima, les gens sont bien plus détendus et agréables (135) !!!

Nous trouvons un autre raccourci, puis après un sumo (taxi collectif) pour la dernière descente, car la nuit approche, un officier du gouvernement qui travaille dans le sport et est allé aux Jeux Olympiques de Londres cette année, nous dépose à Kohima avant la nuit.

 

01.12.2012

Le Hornbill festival, pour lequel chacun nous demande s’il est la raison de notre venue au Nagaland débute à Kisama, nom créé par l’association de Kigwema et Phesama, qui ont cédé les terres où a lieu l’événement.

Chaque année depuis l'an 2000, il permet aux diverses populations (Angami, Ao, Chakhesang, Chang, Khiamniungan, Kachari, Konyak, Kuki, Lotha, Phom, Pochury, Rengma, Sangtam, Sumi, Yimchunger et Zeliang) de présenter les danses qui font partie de leur quotidien, intégrant musique et scènes traditionnelles (138) (139).

Kisama

Kisama

Nous nous y rendons avec Pierre, 68ard, c’est son âge, fraîchement débarqué à l’hôtel. Lui voyage une bonne partie de l’année ; amateur de trek, il tient la forme.

La cérémonie d’ouverture a lieu en présence du gouverneur du Nagaland, celui-là même qui a permis l’ouverture plus accentuée au tourisme par la suppression du permis précédemment nécessaire pour s’y rendre (143) (149).

Les différentes tribus, c’est la dénomination ici, y sont présentées et effectuent une danse qui leur est propre (159) (165).

Kisama

Kisama

Dans l’après-midi, je retourne en compagnie de Pierre à Jakhama, ce village traverse en voiture il y a quelques jours. Bizarrement, certains habitants sont davantage surpris de nous voir ici qu’a Khonoma, pourtant plus reculé (169).

Les portes de certaines maisons sont magnifiques, en bois sculpté, dénotant de l’aisance des propriétaires. Fait curieux, nous ne remarquons aucun cimetière mais des tombes dans les cours des habitations (127).

A Kohima, pour la première fois depuis notre arrivée, la vie dans la rue se poursuit au-delà de 17 heures, c’est le marché de nuit, avec divers stands. Pour certains, la fête se poursuit d’ailleurs tard dans la nuit.

 

02.12.2012

Si le samedi soir fut noir de monde, le dimanche matin est encore plus calme que d’ordinaire. Les restaurants sont fermés, le nombre de bus restreint. Je parviens à prendre un petit-déjeuner dans une choppe indienne, l’une des seules ouvertes.

Pierre  décide de retourner au festival pour la journée des tribus du Nord-est de l’Inde et Loïs est invité à Jotsoma, messe et déjeuner au programme (le premier ne l’enchante guère). Quant à moi, j’opte pour pousser plus au sud, pas trop loin, les transports étant encore plus limités  aujourd’hui.

J’arrive à prendre un bus pour la jonction qui mène à Kisama (lieu du festival). Arrivé là, je retrouve Loïs qui a peiné à partir. Aucun transport public et il ne veut pas affréter un taxi. La tendance s’inverse donc, nous partons séparément et nous nous retrouvons finalement pour le reste de la journée.

Mon idée est d’aller jeter un coup d’œil à la vallée de Dzukou, qui culmine à 2483 m. Nous commençons à pied puis une voiture s’arrête, occupée par Zanio (et Regina), qui essaient d’inonder le marché du Nagaland avec le thé produit par son beau-frère dans la région de Mon, au Nord. La marque est Angh Khulap, Angh signifiant roi dans la tribu Konyak. Le thé consommé ici provient en effet en grande partie de l’Assam. Elle nous fait conduire jusqu'à Jakhama par son chauffeur, et de la nous trouvons un autre véhicule pour la suite.

Le conducteur, Neitho, loupe le coche quand arrive le chemin de Dzukou. Est-ce pour compenser (?), il nous propose de l’accompagner jusqu'à Mao. Les rencontres faisant partie du voyage, nous sommes ouverts et acceptons, le plan de la journée n’était pas fixe. Là, nous voyons des passiflores, une fabrique de jus se trouve juste à côte, mais cette année la production n’est pas grandiose.

Eglise

Ensuite, nous retournons sur Kohima, et au-delà, jusqu'à Rusoma, son village, où est produit du miel, naturel, nous y goûtons avec l’alvéole, et où se trouve une pierre miraculeuse, dont la légende raconte que c’est une femme trompée qui, retournant à son village avec son bébé, a été frappée par le démon et transformée en minéral. Elle étreignait son bébé si fort que les deux pierres ne purent être séparées. Aujourd’hui, elles posséderaient un pouvoir nuisible à ceux qui voudraient les frapper (172) (174).        

Ce moment sympathique se termine dans un bouge, mais un bouge qui ne perturbe pas la tranquillité, devant un verre de zuto, cet alcool de riz propre à la région. C’est alors que nous semblons remarquer que peut-être Neitho ne souhaitait pas uniquement échanger mais faire office de guide. Peut-être est-ce juste une vue de l’esprit mais sa mine nous trouble (122).

En soirée, après notre dîner, à trois, je dois parler trois minutes devant une caméra de télévision de Delhi quant a notre avis sur le Nagaland.

 Chakhesang

 

03.12.2012

Sans grand programme aujourd’hui, je me joins à mes deux acolytes pour une journée danses et chants du Nagaland à Kisama. Intéressant, très coloré, même si cela est bien sûr répétitif pour des non initiés. Cela décrit les scènes du quotidiens, de jadis tout au moins, entre travaux des champs, guerre, funérailles, prière, mariage et jeux divers, pour certains très drôles, flirtant parfois avec le cirque.

Pour ma dernière soirée au Nagaland, nous emmenons Pierre dans le bouge de la veille, mais en soirée. Là, des habitués en partie et quelques étudiants, tous probablement un peu surpris de nous voir débarquer non accompagnés!

Mais cela se passe bien, Loïs se voit même pris à une table à part, dragué par un catcheur. Cela n'a pas l'air de lui déplaire complètement, en tout cas il gère.

 

Zeliang

 

04.12.2012

Un dernier petit tour au festival avant le départ. La première danse du matin me plaît bien, gracieuse et féminine, à la tête de mon top 5 pour les jours auxquels j'y ai assisté.

Ensuite j'enchaîne les transports, taxi collectif trop aéré à mon goût jusqu'à Dimapur puis, après avoir pris à nouveau un lit au dortoir de la gare ferroviaire pour les quelques heures à patienter, le train jusqu'à Guwahati (avec un départ en retard et dans le mauvais wagon, si bien que je dois patienter jusqu'a l'arrêt suivant pour enfin gagner ma couchette, vers 1 heure!).

 

05.12.2012

Vélo-rickshaws

Le jour se lève doucement sur la capitale de l'Assam alors que je me dirige vers le bus qui doit m'emmener à l'aéroport.

A Delhi, je procède aux derniers achats et rend visite à Rakesh à Pahar Ganj, le concepteur de cartes de visite que j'avais loupé la dernière fois. Aujourd'hui, c'est mon tour de lui offrir le thé. Et à 22 h 30, taxi pour l'aéroport international Indira Gandhi, suivi des vols pour Paris, Marseille, et du train pour Avignon où m'attendent Pôpa et Môman. 

 

 

 

 Gujarat Nagaland