SULAWESI

GLOBE-POUR-SULAWESI

CARTE SULAWESI

 

HISTOIRE

Sulawesi viendrait selon certains du sanskrit trisula (trident), l'un des attributs du dieu Shiva et wesi (fer), de par la forme de l'île.                                                   

L’autre version traduit sula par île, donc l’île du fer, en raison des quelques gisements du Sud de l'île, autrement peu nombreux dans l'archipel indonésien.

Vers 2000 avant J.-C., des habitants de la Chine gagnent Taïwan, d’où certains migrent ensuite vers les Philippines, puis les Célèbes et les autres îles indonésiennes.

Pourtant l'occupation des grottes de Leang-Leang, à une heure de Makassar indique une présence humaine datant de 3000 av. J.-C., à l’instar de quelque 400 mégalithes de granite du centre de l’île, datés de 3000 à 1300 avant notre ère. La fonction de ceux-ci est cependant inconnue.

Les Portugais sont les premiers à accoster aux Célèbes en 1525, à la recherche d'or, censée y être produit. Arrivent ensuite les Néerlandais en 1605, puis les Britanniques.

A partir de 1660, les Néerlandais font la guerre à Gowa, principal état de la côte ouest, obtenant en 1669 le contrôle du commerce pour la Compagnie néerlandaise des Indes orientales. Ainsi construisent-ils le fort Rotterdam à Ujung Pandang (Makassar).

L'île est intégrée en 1905 aux Indes orientales néerlandaises, ce jusqu'à l’occupation japonaise de l’archipel pendant la deuxième guerre mondiale.

Des massacres ont lieu aux Célèbes lors de la Révolution nationale indonésienne de la fin des années 1940 avant  que l’île devienne un état fédéral indonésien.

De 1999 à 2001, Sulawesi voit s’affronter chrétiens et musulmans, principalement dans le centre de l'île, sous prétexte de nettoyage ethnique. Malgré un accord, au cours des années suivantes, les émeutes se poursuivent régulièrement jusqu’au milieu des années 2000, date à laquelle les esprits se sont calmés.

 

LANGUE

114 langues parlées sont répertoriées, réparties en 3 groupes, les langues philippines, célèbiques et sulawesi du Sud.

Anciennement dénommée Les Célèbes, cette île indonésienne est située entre Bornéo et l'archipel des Moluques, sur la route des épices, que surveillaient jadis les pirates Bugis et Makassars.

Avec 15 millions d'habitants pour 180 680 km2, soit un tiers de la France, elle n'est pas surpeuplée mais offre pourtant un brassage important de langues et cultures, dont les trois principales, les Makassars, les Torajas et les Bugis.

4 images debut

 

12.11.2014

Makassar (ou Ujung Pandang) en est d'ailleurs la ville principale.

Bruyante et peu emballante à mon avis, les gens y sont pourtant charmants et elle permet de régler quelques affaires sans encombre.

Carrefour de transports, son port fleurit, "gardé" par le fort Rotterdam, une enceinte à l'architecture coloniale hollandaise qui remplaça l'ancien fort gowanais au XVIIe siècle. (1)

C'est le site romantique par excellence, où vient se promener la jeunesse dorée de Makassar, arpentant les allées et les murs. 

Je me fais d'ailleurs photographier à cinq reprises, et sous tous les angles à chaque fois.

 

13.11

Après une nuit sans le moindre sommeil, décalage horaire oblige, je me dirige d'abord sur Daya en bemo, taxi-brousse local, pour ensuite me rendre à Sengkang,

L'une des passagères, Ernie, est médecin de formation et travaille pour le ministère de la santé, chapeautant des programmes divers sur l'île.

Elle est plus particulièrement spécialisée dans la santé mentale et, m'assure-t-elle, elle ne risque pas le chômage dans cette branche!

Son bureau est sur ma route, et en prenant congé, elle me signale avoir payé mon trajet jusqu'à la gare routière !

Au sortir de la grande banlieue de Makassar, le véhicule prend la route de la côte Ouest, le béton fait peu à peu place aux rizières et cultures en terrasses bien vertes qui ponctuent les blocs de roche posés çà et là.

Les maisons, en conséquence sur pilotis, affichent encore davantage de verdure avec de multiples plantes et fleurs en pot. Entre autres, je reconnais des zamioculcas et des bougainvilliers qui, s'ils ne sont tous bien hauts, possèdent des pieds conséquents.

Sengkang, congestionnée par la circulation, présente principalement de l'intérêt en ce fait qu'elle permet une pause sur le chemin de Rantepao.

Son lac, Tempe, n'est actuellement que peu praticable car plutôt sec.

Atelier de tissage de soie

Restent les soieries, à l'extérieur de la ville, où les jeunes femmes, voire jeunes filles, jouent du métier comme du piano, certaines d'ailleurs le casque collé sur les oreilles.

J'ai du sommeil à rattraper et, en fin d'après-midi, après avoir dégusté quelques sucreries du crû en compagnie de la propriétaire de l'hôtel, affairée avec son comptable, je parviens tout juste à quitter mes bottes avant de m'affaler sur le lit, comme si je tenais une bonne cuite !

 

14.11

Mon départ, de par l'attente de remplissage du taxi-brousse, est l'occasion de remplir un peu mon carnet de vocabulaire indonésien, grâce aux vendeuses de la gare routière et leurs bambins.

Coin bicitaxi de Pangkajene

Je dois changer à Pangkajene, où quelques mototaxis se détendent en jouant aux dominos ou aux échecs, puis poursuis en car jusqu'à Rantepao.

Les gens sont toujours souriants, s'ils ne le sont pas au premier abord, alors au "deuxième rabord". Ils fument énormément, peuvent concourir pour la palme d’or dans le monde. Même dans le bus, les clopes scintillent et dégagent leur odeur de clou de girofle, spécialité indonésienne.

 

15-20.11

Le pays toraja est le haut-lieu de la culture à Sulawesi, l'un des éléments-phare qui attirent l'étranger ici.

J'ai de la chance. Je commence mon séjour ici d'entrée par une cérémonie d'inauguration d'église, à Lemo, un village au sud de Rantepao. Johnny, un guide local, m'y accompagne.

Eglise

Il va au but et cela me permet un premier contact avec les environs, que je continuerai à découvrir par moi-même ensuite.

La région est à 90 % chrétienne, majoritairement protestante, alors que l'Indonésie, mises à part quelques enclaves bouddhistes, est principalement musulmane.

Cette religion se pratique pourtant sur fond de croyances ancestrales à la peau dure, puisqu'elles ont résisté aux autres groupes ethniques et à la sanglante répression hollandaise au début du XXe siècle.

Pour cette cérémonie, on sacrifie quelques cochons et un buffle. Le sacrifice de ce dernier témoigne d'un effort particulier. Quand j'arrive, l'opération a déjà été effectuée et les animaux sont déjà au sol, la tête du bovidé en pôle position. Les cochons qui suivent en procession, portés à l'aide de bambous par de jeunes hommes, seront vendus. Mais leurs cris me suffisent, et la vue des plus âgés bavant de stress, n'est pas réjouissante.  (8) (9) (10)

Pour les sacrifices, l'apogée est de fournir du sang de poulet, de cochon et de buffle. Pour un Toraja, les trois éléments qui constituent la vie sont la plante, l'animal et l'être humain lui-même. Et l'on retrouve la symbolique de ces éléments sur la croix devant l'église avec, au sommet, le poulet.  (11)

Suivent des danses, accompagnées au tambour, qui sont déjà plus agréables à regarder, tout comme les habitants, et surtout les habitantes, qui ont revêtu leurs plus beaux atours. Viens alors l'heure de la messe, et c'est le moment où Johnny me signale qu'il serait temps de gagner l'autre but de la journée. Ça m'arrange. (12) (13) (14)

Danse

Plus fameuses encore dans cette zone, les cérémonies funéraires attirent une foule immense, comprenant la famille proche et éloignée, les voisins, les alentours et quelques touristes. Certains proches vivent même dans des îles voisines.

Le défunt l'est parfois depuis plusieurs années. Pour ma première cérémonie, en l'occurrence 7 ans.

Placés alors dans des monuments funéraires temporaires, ils attendent patiemment que la famille dispose des fonds nécessaires pour procéder à une cérémonie convenable. Celle-ci se déroule alors sur une période de plusieurs jours.

Procession

Lors du premier, très intéressant pour quelqu'un de non coutumier du fait, après la messe et les remerciements de la famille, un repas est servi. Il consiste généralement en un papier épais sur lequel on dépose ce qui est amené dans les gamelles, généralement du riz puis, selon les moyens, de la viande et des légumes. Une petite bouteille d'eau accompagne l'ensemble et pour terminer, le balok ou vin de palme. (16) (17) (18)

Le corps, conservé à l'intérieur d'un tongkonan, est alors fixé sur un support de bambou.

Le tongkonan est cette forme architecturale propre au pays toraja que l'on retrouve également près des maisons, bien plus grande encore, et qui sert alors de réserve à grains. Sa forme particulière reflèterait pour certains celle des cornes de buffle, animal prisé, pour d'autres celle des premiers bateaux qui emmenèrent jadis les populations toraja jusqu’à Sulawesi.  (26) (27) (53) (54) (55)

Le corps est alors transporté jusqu'à sa dernière demeure, aujourd'hui en l’occurrence sur un kilomètre à travers forêt et rizières, un trajet ponctué par de multiples arrêts, la pièce se faisant pesante.                                                                                         (19) (20) (21)

Il est également l'occasion de batailles de boue entre les porteurs et les jeunes gens suivant le cortège. Ce sont des festivités joyeuses.  (22)                    

Arrivé à destination, le corps est extrait du tongkonan et placé dans une cavité rocheuse creusée à cet effet par des spécialistes. La porte est refermée et le tongkonan reste sur place. Pour certains, dont les moyens le permettent, des représentations picturales du défunt y sont posées, les tau tau(23) (24) (25)

Les jours suivants, les cérémonies se poursuivent avec danses, chants, et de nombreux sacrifices de cochons et buffles. Pour ces derniers, on assiste parfois à des combats qui peuvent se solder par la mort de l'un des deux mais pas nécessairement. Son prix élevé, peut parfois battre des records, à l'instar les buffles albinos. (28)  (29)

Quant aux cochons, c'est un spectacle révulsant. Ils passent des heures à terre, ligoté aux bambous qui permettent de les transporter ensuite. On ne leur tranche pas la gorge mais ils sont éventrés. L'agonie s'en trouve allongée. Leurs cris transpercent l'âme. (30)

Pour les Torajas, c'est le seul moyen de veiller au bon accompagnement de l'âme du disparu.

Au micro, la longue liste des donateurs, venus de toutes parts, est clamée haut et fort. Les autres, touristes et locaux moins fortunés ou moins concernés, se contentent d'apporter une cartouche de cigarettes.

Rizières

Le reste de mon séjour m'amène aux différents caps de la région, le Nord un peu plus montagneux, le Sud davantage parsemé de rizières. (41) (42) (43) (44) (60)

Je parcoure l'ensemble en Vespa locale, une japonaise automatique. Ici, on roule certes à gauche mais je ne suis pas complètement sûr que la différence soit nette dans l'esprit des conducteurs, surtout les automobilistes. Alors il faut conduire à l'Indonésienne, un habile mélange d'observation et de coups d'accélérateur.

Mais c'est un moyen pratique pour écumer le coin en étant souple et indépendant.

Tombes

Tombes

Je visite ainsi les grottes mortuaires de Londa, qui servent tout simplement de dernier refuge à des cercueils que l'on croise en progressant dans la cavité, tout comme ces têtes de mort, qui prêteraient à penser que l'on se trouve dans des catacombes. (31)  

A Sangalla, ce sont les arbres qui servent de cimetière aux bébés. Ils y sont disposés à la verticale de façon à ce qu’ils poursuivent leur croissance avec le végétal dont l'écorce les recouvre alors. (32)

Et il n’est pas rare, au détour d’une route, de découvrir une roche-cimetière, avec quelques effigies des chers disparus.                                                                            

Tout cela entrecoupé de pause-balok avec un militaire et ses potes de boisson, du spectacle des buffles en train de se baigner, ou de se faire baigner, de quelque échange-pantomime avec des gamins, ou de la contemplation des rizières. (33) (34) (35) (36) (37) (38) (39) (40)

Rantepao, principale ville du pays toraja, quant à elle, est dotée de son marché hebdomadaire, le pasar Bolu, avec étoffes, pains de sucre, noix de coco, poussins colorés et autres herbes à cuisiner. (46) (47) (48) (49) (50) (51) (52)

Vue sur Rantepao

Juxtaposé se trouve le marché aux bestiaux où s’échangent particulièrement les buffles.

Le perchoir de Singki, à plus de 900 m, offre une vue plongeante et étalée sur la commune et ses alentours. (59)

La vie nocturne se trouve beaucoup moins animée, la quasi-inexistence des lampadaires municipaux y joue certainement un rôle. Un bar à l’extérieur de la ville, que m’ont fait découvrir mes voisins de chambre russes, situé entre le karaoke et le bordel. Je ne l’ai vu qu’en après-midi. Et un petit restaurant, ouvert depuis deux mois, que j’ai découvert par hasard, dans lequel des étudiants viennent chanter, gratter de la guitare et jouer du caisson. Donna, une jolie toraja, en profite pour pratiquer son anglais, entre deux chansons et les sms avec ses amis. (56)

Lors de ces pérégrinations, un kuresumanga (merci en langue toraja) amène systématiquement un rire d'appréciation supplémentaire.

Après quelques compères russes il y a quelques jours, je passe les dernières soirées avec Jonas, un Italien travaillant à Amsterdam et rêvant de lâcher sa vie occidentale pour l'Asie. Il pense y parvenir d'ici quelques années avec son salaire confortable d'ingénieur informaticien.

 

21.11

Je quitte Rantepao dans un bus dont à peine un quart des sièges est occupé, un taux de remplissage qui ne changera pas jusqu'à Tentena. Donc un voyage de 12 heures loin d'être pénible, ponctué de diverses pauses et en partie occupé à discuter avec Nadine et Michel, un couple de Grenoblois croisé déjà lors de la cérémonie funéraire de Labo.

Nous arrivons de nuit, j'aurai donc, et j'aime cela parfois (c'est une des composantes d'un voyage), une nouvelle perception de l'endroit demain au réveil.

 

22.11

Perchée à 600 m d'altitude, Tentena se trouve au bord du Danau Poso, avec 32000 hectares le 3e plus grand lac d'Indonésie.

Malgré les 450 m de profondeur moyenne du lac, je ne perds pas pied en m'y baignant à la plage de Siuri.

Musulmans et chrétiens cohabitent dans cette petite ville paisible, et j'y entends de concert la prière des uns et le prêche des autres.

A 15 km de là, les chutes d'eau de Salupa sont un lieu de villégiature apparemment prisé des Indonésiens. Nous y croisons d'ailleurs une famille de 3 générations de Balinais. (62)  (63)

Chutes de Salupa

L'endroit, situé à 20 km de la ville, est facilement accessible en mobylette et, sur le dernier tronçon, bordé de cacaotiers en pagaille. (64)

L'étonnant est que, malgré cette multitude de la précieuse noix, l'Indonésie l'exporte en majorité pour ensuite éventuellement importer du chocolat.

Les quelques bourgs avant l'arrivée surprennent par la présence de petits temples hindou qu'on n'attend pas du tout dans cette zone fortement musulmane voire chrétienne. (65)

Dans la ville même, près du pont qui enjambe le Poso, d'immenses pièges en forme de V sont disposés pour attraper des anguilles pouvant mesurer jusqu'à 2 mètres lorsque celles-ci quittent le lac pour aller se reproduire en mer ou sur leur retour. (66)

Le marché de Tentena, au premier abord classique, recèle pourtant une particularité moins répandue, en l'occurrence la vente de chauve-souris herbivores, dont la vue n'est pas forcément un régal pour les yeux. À côté du stand, un homme se charge de cramer les petits poils de l'animal au chalumeau. (67)  (68)

Marché, chauve-souris

Marché, chauve-souris

On peut retrouver en partie ce produit sur les tables des warung, ces échoppes typiquement indonésiennes, le soir au moment du dîner. 

 

23.11

La chance au niveau des transports se poursuit entre Tentena et Ampana via Poso. Le dimanche n'est en effet pas un jour propice au déplacement et nous trouvons malgré tout une voiture, sans frais supplémentaires, pour l'ensemble du trajet. Deux Indonésiens partagent la première partie, puis nous en jouissant complètement pour la suite, même si pour les 40 derniers kilomètres, nous tenons à l'œil Pépère au volant...qui semble s'assoupir un peu parfois.

Une nouveauté pour nous trois au cours de nombreux voyages : aux pauses café, toilettes, repas ou distribution de courrier, il ajoute la pause plaque d'immatriculation…ou devrais-je dire la pose plaque d'immatriculation. Il s'arrête en effet pour couvrir celle-ci d'une autre dont il dispose dans sa voiture. Il nous explique alors que nous changeons de région et que cela est préférable avec la police.

Les cacaotiers, encore présents sur des kilomètres et des kilomètres, laissent place finalement aux cocotiers qui annoncent une mer du Sud comme celle dont tout à chacun peuple ses rêves.

Et au bout Ampana, d’où un bateau va nous mener aux îles Toggian.

 

24-29.11

Juste avant le départ, je change de l’argent à la dernière banque avant un moment. Comme à Rantepao, un personnel charmant, cela change des hypocrites aux finances de La Poste. La roupie indonésienne a pris du galon ces derniers jours, l’euro non, et il est même possible de marchander le taux. La jeune employée discute l’affaire avec son chef. J’obtiens peu mais le principe est intéressant.

A ma droite, un jeune homme repart avec une sacoche qu’un vigile l’aide à fermer tellement elle est pleine. Il agit apparemment pour le compte de son patron. Il a l’air détendu, l’ambiance est bonne et, de toute façon la criminalité ne semble pas trop élevée à Sulawesi.

Carriole

L’activité portuaire s’agite quelque peu comme à chaque départ pour les îles. Après l’enregistrement dans une baraque, j’achète le billet dans une autre baraque et en voiture Brigitte! (69)

Nadine et Michel sont déjà à bord, et nous ne serons rejoints que par quatre gringos supplémentaires…en bahasa indonesia pas de mot particulier pour nous désigner, contrairement à la Chine, l’Afrique, la Thaïlande et autre Amérique latine.

Le bateau pour Wakai ne sort pas du dernier salon nautique. La marchandise s’amasse au fil de l’arrivée de nouveaux passagers. (70)

Nous nous tenons, assis, parfois debout, à l’avant. Le premier arrêt, 4 bonnes heures plus tard, est le nôtre. Les passagers pour les îles plus éloignées sont à l’intérieur, allongés sur des matelas dans des « salons privatifs ». Les bébés somnolent dans des filets accrochés au plafond. (71) (72) (73)

Le capitaine dispose de sa propre cabine où il a recouvert le matelas avec un drap à l’effigie du Manchester United.

Des poissons-volants nous accompagnent  alors que nous passons les îlots, pour certains inhabités. (92)

A Wakai, l’atmosphère est au moins tout aussi agitée, les départs croisant les arrivées.

Les îles Toggian constituent un archipel de 56 îles dans la baie de Tomini. Volcaniques, elles sont couvertes de forêt, et cernés de récifs coralliens, dont on trouve, fait rare, les trois types : barrière de corail, atoll et récif frangeant. Et la faune sous-marine y est riche.

Nous enchaînons pour l’île de Kadidiri, à 20 minutes en bateau motorisé. (74)

La haute saison, pendant laquelle Sulawesi est étrangement visitée principalement par des Français se trouve être juillet-août. Actuellement, la place ne manque pas et sur les trois possibilités de logement de la plage, seul le nôtre est quelque peu occupé.(75) (76) (77) (78)

Nocturne

Sur les îles Toggian, on parle de resort, selon le terme anglais, complexe hôtelier normalement dans la langue de Molière, mais il n’effraie pas car il s’agit en fait de bungalows confortables mais simples. Selon l’endroit, l’eau peut être distribuée à des horaires précis et on se lave souvent au broc. L’électricité est disponible en soirée. (79) (80) (81)

Le tout pour un prix très abordable, dépendant du standard de la chambre, comprenant trois repas quotidiens, principalement à base de riz et poisson, accompagnés de divers légumes, tomates, aubergines, et nouilles. En outre, bananes et pastèques se retrouvent régulièrement, notamment au petit-déjeuner, avec douceurs fruitées en pancake, à moins que l’on ne préfère là aussi le classique nasi goreng (riz). Café, thé et eau préalablement bouillie (parfois au goût fumé) à volonté.

Je repasse un brevet initial de plongée, le mien, passé il y a une bonne vingtaine d'année au Honduras, étant périmé.

Pour l’instructrice, c’est le nom consacré, je ne tombe pas sur la perle. Une Française, qui connaît certes son élément mais expatriée depuis 2 ans à Bali (elle effectue ici un remplacement d’un mois), travaillée par la ménopause, et ce n’est pas une formule (!!!), autoritaire mais ni organisée ni pédagogue, contradictoire et décousue dans ses propos, en trois mots à la ramasse, je ne vais pas développer.

Donc, je passe ce diplôme avec deux jeunes, un Belge et une Allemande, qui accrochent davantage et sont donc moins dilettantes. Elle les materne et chacun y semble trouver son compte. Elle épuise également Nadine et Michel, qui pourtant ont moins à faire avec elle et quittent les lieux 2 jours avant moi.

Il s’en faut même de peu que j’arrête le premier jour, après un instant panique sous l’eau, qui en vaut au moins deux à terre (!). Et ce n’est pas la psychologie de la dame qui me pousse à continuer.

Bref, j’ai le papier et il me permettra de plonger, et m’améliorer, à l’occasion de sites propices.

Kadidiri, zanclus cornutus et poisson papillon de Raffle

Et je peux contempler quelques poissons de toute beauté, même si je ne peux les retenir sur écran qu’un court laps de temps, à mon goût, après que ma caméra sous-marine me lâche lors d’un snorkling post-plongée. (82) (83) (84) (85) (87) (88) (89) (90)

Le personnel y est agréable et je sympathise un brin avec Atem, originaire du Nord de Sumatra, qui pour la première fois a quitté sa patrie pour travailler quelques mois ici en tant que maître de plongée, et espère gagner Bali dans un mois afin d’y passer son brevet d’instructeur.

ETOILE-BLEUE

Mais ce ne sera pas en collaboration avec la mienne, il n’apprécie apparemment pas davantage la personne et ses accès d’autorité.

Je gagne à l’occasion la plage voisine de Barracuda, à 30 minutes par un sentier de jungle, l’opportunité de voir l’arrière-boutique de cette plage paradisiaque. (91)

 

30.11-03.12

Etape suivante, l’île de Malenge, plus à l’Est. Trois heures de ferry, le Puspita, sur lequel j’aborde littéralement après qu’Ao, conducteur de la barque motorisée de l’hôtel, a décidé de me déposer devant la porte, en fait un accès latéral qui abrège l’attente. Les villages défilent devant mes yeux, somme toute similaires, Tobil, Katukat, Tongkabo et Malenge, à la nuit tombée.

A l’arrivée, Hadi prospecte déjà les clients potentiels qu’il se propose de loger. Cela tombe à pic, mon choix s’était déjà porté sur le Lestari, à une demi-heure de là, et il m’y emmène avec Andi à la barre. (117) (118) (125)          

Là encore, peu d’occupants, Ian, un Hollandais qui s’est mis en retraite prématurément, à l’âge de 46 ans, accompagné de Lani, originaire de Kalimantan, la partie indonésienne de l’île de Bornéo.

Comme à Kadidiri, la place est habitée par quelques chiens avenants, Open, chasseur dans l’âme, qui dort devant ma porte, Molo, la femelle du clan, une douceur aux yeux en amande, et Moka, rejeton des deux premiers, amateur de café et fidèle compagnon de randonnée. Open et Molo ont remis ça et attendent un heureux événement dans les semaines qui viennent.

Nous partons avec eux et Iman, qui nous escorte dans une jungle un soupçon plus inhospitalière, visiter la grotte des chauves-souris, avec l’espoir de rencontrer  en route, à la cime de quelque arbre des tarsiers, ces tout petits exemplaires de la race simienne.

Jungle

Jungle

La promenade n’est pas de tout repos, aucun singe en vue, même si les chiens, soudain partis en trombe, en débusquent un ou deux dans les hauteurs. Mais nous apercevons un calao, un crabe des cocotiers et, dans la grotte, effectivement des chauves-souris par centaines qui virevoltent dans tous les sens.  (93) (94) (95) (96)

Vers la fin de notre escapade, Iman prend un mauvais sentier et nous nous retrouvons certes très proches du Lestari mais un bout de mer nous sépare, et la nuit étant là, Hadi vient nous prendre en barque.

Du bungalow, je peux apercevoir Papan, village bajau que je rejoins à deux reprises à la rame en 15 minutes. (97)

Les Bajau, gitans de la mer, ont un statut à part, considérés par beaucoup comme des parias.

En partie sédentarisés sur pression du gouvernement, qui y trouve un avantage économique en réduisant leur territoire, ils se sont recrées un espace à eux en milieu marin avec, généralement, des maisons sur pilotis arrangés autour de quelques promontoires rocheux, et reliés au cœur du village au moyen de passerelles. (98) (99)

Leur habitation, à l’instar de celles des autres populations locales, comprend une ou deux pièces vastes, avec peu de mobilier, généralement ouvertes sur la mer. Il faut d’ailleurs parfois les traverser pour pouvoir accéder au village.    (100) (101)

On leur prête différentes légendes sur l’origine de leur vie errante.

D’aucuns assurent que, voici des siècles, vivant autour de la péninsule malaise avec une peur chronique des gens du rivage, qui kidnappèrent la fille de leur chef. Cette dernière réussit à prendre la fuite et regagner le bateau de son père. Ainsi, par peur de représailles, les Bajaus se laissèrent dériver à l’aide du vent pour gagner la mer de Sulu.

D’autres parlent d’une rivalité amoureuse entre les sultans de Sulu et de Brunei, tous deux prétendants à la main de la fille de celui de Johore. Le premier emporta la mise, contre la volonté de la jeune femme, mais le second envoya sa flotte et s’évada avec la princesse. A la suite de cette attaque, les habitants de Johore sillonnèrent la mer entre Sulu et Johore, et conservèrent ce mode de vie.

Gamins

L’univers maritime représente donc un élément très fort pour les Bajaus, qui y sont immergé dès qu’ils ont atteint l’âge de trois jours. Selon leur croyance, ils étaient capables antan de marcher au fond de la mer, et chacun y disposerait encore d’un jumeau. (102)

On leur met la pêche à l’explosif sur le dos, responsabilité qui est loin d’être assurée. Les poissons sont tués sur 50 mètres à  la ronde, et les coraux endommagés.

L’autre méthode de pêche plus que douteuse et initiée par des entrepreneurs japonais et surtout chinois, est celle qui consiste à diffuser du cyanure dans les cavités coralliennes. Les poissons anesthésiés sont alors maintenus en vie à l’aide d’une seringue dans la paroi abdominale jusqu’à leur arrivée à Hong Kong, où ils sont vendus 10 fois plus cher que la somme perçue par les Bajaus, soit 150 dollars hongkongais.

Certaines espèces se raréfient ainsi et les Bajaus mettent leur santé en danger en plongeant jusqu’à 10 fois par jour à l’aide de compresseurs en surface introduits par les Chinois, alors que la limite normale avec bouteille est de trois plongées. Les eaux s’appauvrissant, les Chinois louchent d’ores et déjà vers l’Est de l’Indonésie.

Pour ce qui est de la pêche traditionnelle, au filet (et pour une petite quantité à la ligne) à partir de leurs lepas, embarcation des Bajaus, leurs déplacements sont calqués sur les marées. (105)

La pêche au trépang, ou concombre de mer, serait une explication supplémentaire à leur vie errante. Ils la pratiquent depuis des temps reculés et les concombres des côtes des Célèbes jouissent d’une réputation certaine. Aujourd’hui, l’approvisionnement en masse des tables chinoises menace fortement les populations de trépang.

Les Bajaus bannissent la viande de leur repas, considérée comme impure.

De religion musulmane, ils pratiquent cependant celle-ci sur un fond animiste.

A Papan, une longue passerelle est en construction pour leur éviter d’emprunter une barque lorsqu’ils se rendent  l’école, dans le village voisin de Kadoda.

C’est cependant à pied que je m’y rends en empruntant la jungle, flanqué de Moka et Open qui disparait bientôt, vaquant à ses occupations guerrières.

Et au bout d’une demi-heure, je me rends rapidement compte que je me suis quelque peu fourvoyé, en reconnaissant des endroits de l’excursion précédente et atterrissant à nouveau là où Hadi nous avait repêchés, alors que je devrais être dans la direction opposée. La jungle a ses mystères.

Marais

Je décide alors de longer le bord de mer…mais celui-ci disparaît rapidement. La nature voit la chose autrement. Je me retrouve dans une zone marécageuse, les pieds dans la vase tandis que Moka débusque un varan qu’il course jusqu’à ce que ce dernier chope un arbre dans lequel trouver refuge. (108)

Moka me montre le chemin et nous finissons par arriver à Kadoda où je peux lui rendre la pareille alors qu’un mâle jaloux le course le long de la jetée.  (109) (113) (114)

Le village est propre, les cours apparemment un peu aléatoires, à en juger par la présence des écoliers pour certains à l’extérieur du bâtiment. (110) (111) (112)

Les gens semblent craindre les chiens, y compris l’institutrice qui me prie d’éloigner Moka lorsqu’elle veut sortir faire une course.

Nous nous en retournons en longeant le bord de mer, les pieds dans l’eau, j’opte pour la facilité. Mon compagnon fait juste une petite incursion dans la jungle pour une partie maritime qui ne lui convient pas. (115)

Gamine

Je croise mon premier serpent sulawésien sur ma terrasse, qui s’enfuit rapidement vers le prochain palmier. Un mètre de long pour un centimètre de diamètre, il est inoffensif. (116)

La journée la plus aventureuse est encore à venir. Nous décidons avec Lani et Ian de visiter quelques villages ou resorts à l’entour et, but ultime, le lac des méduses.

Le temps se révèle rapidement capricieux et nous voilà, après une demi-heure de route, moteur coupé, attendant que le vent se calme pour ne pas menacer notre petite embarcation.

Mais il ne semble pas décidé, aussi accostons-nous dans « l’arrière-pays » de Malenge, pour une pause sympathique où je joue à la luge avec des enfants sur d’immenses feuilles de cocotiers sèches tandis que leurs parents profitent du signal téléphonique disponible dans les hauteurs du site. (119)

Nous repartons alors pour écumer quelques endroits.

Bolilanga est désert, même si le gérant nous assure que 10 bungalows sont occupés par des touristes aujourd’hui en excursion. Mais nous pouvons y prendre le déjeuner apporté par notre équipage alors que la pluie bat son plein.  (120) (121)

Faisant face au village de Katupat, Fadhila est un resort tout aussi animé actuellement. La réceptionniste m’explique là encore que durant l’été la place est majoritairement colonisée par des Français. (122)

 La grande expérience du jour reste le lac des méduses. Séparé de la mer par un muret que l’on franchit au moyen de quelques marches installées dans ce but, il présente une particularité très rare. L’on peut y nager au milieu de centaines de méduses en toute quiétude. Des petites, des grandes, des bleues, des beiges, des brunes.

La première approche reste prudente, psychologie oblige, mais une fois la confiance prise, rasséréné, l’on se prend à se glisser entre elles, évitant de les heurter du pied, on les élève telles des plumes à la surface, où elles deviennent plomb, et l’on s’émerveille de pouvoir évoluer dans un monde que l’on évite normalement.

Dernier arrêt à Tongkabo, chez un cousin d’Andi, connu comme le loup-blanc par ici, pour attendre une nouvelle accalmie, la météo faisant vraiment des siennes aujourd’hui. (123) (124)

Oui, mais voilà, cela s’éternise et ce n’est qu’à la nuit tombée que nous tentons un départ…bref, puisqu’après 200 mètres, Andi, peu rassuré, décide de rebrousser chemin. Il connait le bateau, pas le dernier cri, est familier de cette mer qu’il côtoie depuis l’enfance, aussi nous fions-nous à son jugement.

Vue

Un repas est vite improvisé, la famille est délicieuse, j’ai joué avec la petite et ses voisins plus tôt dans l’après-midi, et nous sommes vêtus pour la nuit, un sarong, pagne local, qui sent encore la lessive, un sweatshirt qui la sent moins, et cela fait la rue Michel.

Voilà finalement l’occasion de passer un moment au cœur d’une famille, de surcroît très avenante. (126) (127)

Et c’est au petit matin que nous regagnons finalement nos bungalows respectifs pour une journée plus tranquille, consacrée à la détente et au snorkling.

 

04.12

Dans la série des « je me lève tôt », je demande le départ du Lestari !

 

Anisoptères

Le Puspita, qui devait nous emmener Lani et moi, Ian poursuit sa route vers le Sud, à Wakai est en panne.

Aussi devons-nous affréter un bateau pour Tengkabo (tiens, le nom nous parle !) à 4 heures 30, où nous pouvons emprunter le ferry qui nous mène à bon port, en l’occurrence encore une fois, où nous passons une journée en attendant le ferry pour Gorontalo, au Nord de Sulawesi. (129)

Gamines

Notre bagage est au frais chez un couple anglo-indonésien tandis que nous nous rendons à une cascade proche de là. Proche est cependant tout à fait relatif de par la chaleur du jour. (130)                                            

Des anisoptères, appelés dragons-mouches en anglais, nous régalent de leur couleur, puis nous nous en retournons en tuk tuk manger un morceau avant de gagner le port en milieu d’après-midi.  (131) (132) (133)

 

05.12

La traversée est confortable, allongés que nous sommes sur des matelas assez épais pour ne pas sentir le sol. La classe améliorée, je n’ai pas envie de passer le trajet assis sur du dur. Ceci dit, le bâtiment est loin d’être bondé.

Je retrouve un vendeur de beignets de bananes croisé en allant sur Malenge il y a quelques jours. Il m’avait offert un de ses articles pour que je lui en achète un ensuite. Cette fois, je lui en reprends une fournée.

L’arrivée à Gorontalo, prévue déjà avant l’aube, s’effectue finalement à 2 heures du matin.

Nous empruntons alors un tuktuk pour me chercher un hôtel avant que Leni ne regagne son logement. Comme à l’habitude, les rues sont peu éclairées (je pense que la mesure est motivée par l’économie et pas l’écologie) mais les habitants en ont l’habitude.

Notre recherche aboutit au quatrième établissement. Le président, Jokowi de son surnom, vient en visite aujourd’hui et la ville et en effervescence. Beaucoup d’espoirs reposent sur lui, en particulier dans la lutte contre la corruption (y’a du boulot !), même si tous ne sont pas convaincus.

Gorontalo est le genre de place qui fait déchanter après la surprise de la quasi-tranquillité de Sulawesi, un endroit où l’on retrouve les aléas usant du voyage, malgré les efforts de Leni. Une ville sans charme, l’état d’alerte nécessaire pour ne pas se faire arnaquer en beauté, impossible de changer le moindre euro après avoir visité 5 ou 6 banques, et l’extension de visa (pour quelques jours seulement), qui s’avère un chemin de croix après l’obtention du premier en 5 minutes à l’aéroport de Djakarta.

Tant pis, je le ferai à Manado.

 

06.12

J’opte pour une voiture, le coût étant au final sensiblement le même qu’un bus, puisque le véhicule me prend à mon hôtel et me dépose au terme du trajet là où je veux dormir.

Ce sont presque 9 heures, après que tous les passagers ont été récupérés. Je suis assis à l’arrière à côté d’un homme qui me parait être un acheteur, à en croire son portable qui sonne continuellement, auquel il donne les références griffonnées sur un papier ; pas trop mal installé lorsque le véhicule roule, sinon c’est la fournaise.

Devant nous, un couple avec une petite fille tranquille ; sa mère est plutôt lente à monter et descendre et son père, malade en voiture, jette les sacs par la fenêtre au fur et à mesure qu’il les remplit. L’écologie indonésienne a de beaux jours…devant soi.

A côté du chauffeur, une jeune bourgeoise peu avenante, assez imbue de sa personne, le genre cagole provençale avec les yeux bridés.

Manado…Gorontalo en plus grande, en plus polluée, en plus laide (alors que le scientifique Alfred Wallace l’aurait décrite comme l’une des plus belles villes au monde, voilà 150 ans), à une différence près…l’on peut y changer des euros en 1  minute 30, compteur en main.

 

07.12

Dimanche, la ville se remplit des gens des faubourgs ou des îles en proie à la fièvre acheteuse en cette période de Noël.

Je dois attendre un jour avant de pouvoir déposer mon passeport au bureau de l’immigration. Je ne vais pas moisir ici aujourd’hui.

Je gagne donc Bitung, Girian, puis Batuputih dans la réserve naturelle de Tangkoko, où 8 800 hectares de forêt, bordée de côte sablonneuse et jardins coralliens au large, abritent calaos de Célèbes, macaques à crête, couscous (une espèce de marsupilami) et… tarsiers, que je n’ai pu observer à Malenge. (142) (143)

Ils ont donc ma priorité, après que je n’ai toujours vu aucun singe lors de ce voyage.

Cobra

En prime, un cobra mal en point sur la route à l’arrivée –une voiture a dû lui rouler sur la tête mais son corps continue à se mouvoir en spirales inquiétantes-, une tarentule qui dort sur un arbre à la nuit tombée et quelques gonones, moucherons qui piquent et peuvent démanger pendant des jours. Ceci dit, ils sont relativement calmes en ce jour. (134) (139)

Les tarsiers, minuscules primates nocturnes disposent d’une paire d’yeux si conséquents qu’ils ne peuvent les faire bouger dans leurs orbites.

Leur tête compense en tournant à presque 360°, élargissant leur champ de vision ; leurs oreilles, grandes et sensibles se rétractent et se déploient comme des radars ; et leurs longues pattes disproportionnées leur permettent des bonds sur de dix fois leur taille.

Ces étrangetés anatomiques leur facilitent la capture d’insectes, leur mets favori.

Tarsier

Les tarsiers, qui peuplent uniquement certaines forêts tropicales indonésiennes et philippines, vivent en communautés de maximum 8 individus.

Timides, ils requièrent l’aide d’un guide qui connaît leur habitat. Grâce à lui, j’en approche deux clans, logés dans leur arbre, respectivement 3 et 5 individus.

Les sons stridents qu’ils émettent pour communiquer sont également un moyen de les situer. (135) (136) (137) (138)

Je termine la soirée en compagnie de mon hôte, Ido, joueur d’ukulélé et buveur de chaptikus, whisky local, à base de vin de palme ajouté à un mélange de ginseng et sous-écorce de palmier. (140) (141)

 

08.12

A 9 h 30, je suis au bureau de l’immigration.

Le gouvernement indonésien semble ne pas vraiment souhaiter les prolongations de visa (ou craint-il que je reste travailler…là, il peut dormir tranquille !!!), à en croire par les obstacles qu’il pose. A chaque fois, une nouvelle trouvaille.

La dernière, il me faut revenir demain pour payer, après accord d’un chefaillon. J’arrive heureusement à limiter l’attente mais il me faut passer à nouveau à 13 heures, juste avant le bateau pour l’île de Bunaken où je veux passer les 3 prochains jours.

J’y suis à 11 h 30, bien avant donc, et j’assiste au ballet des fonctionnaires qui glandent et glandent, un balai (!) mou cependant, on se croirait à La Banque Postale, sauf au moment du pointage pour la pause-déjeûner et qu’ils disparaissent sans que l’un d’entre elles (ou l’une d’entre eux) m’ait prêté quelque attention.

Et à 13 heures, je me jette sur le guichet où la philosophe, mirant fixement son écran pendant un quart d’heure, relève finalement la tête pour m’expliquer que je dois revenir demain. « 3étapes…problème d’ordinateur…

Nous avons les mêmes à la maison, ces bureaucrates incapables, bornés et lobotomisés.

Je prends donc mon passeport et les laisse à leur impotence intellectuelle. Je paierai à la sortie, un peu plus certes, mais ces allers-retours coûtent également financièrement, fatiguent le bonhomme et obligent à rester dans des endroits pourris qui réduisent sensiblement le plaisir du voyage et l’opinion que l’on garde de Sulawesi et de l’Indonésie en général.

Les gens ne me paraissent pas aussi affables que dans le Sud et le centre, sans non plus les trouver franchement désagréables.

Je gagne le port en ojek (taxi-moto), et pas en microlet, minibus que j’ai beaucoup emprunté ces derniers jours -avec l’ânerie congénitale de ces officiers de l’immigration, je risque en outre de louper le bateau-, et là je tombe sur le conducteur le plus prudent de Sulawesi. Je me demande d’ailleurs si c’est vraiment son métier. Ceci dit, il connaît des raccourcis et j’arrive à bon port.

Baleine

Le bateau ne part de toute façon pas à l’heure, avec l’activité portuaire et la nonchalance indonésienne et, en milieu d’après-midi, je suis sur l’île de Bunaken, après que nous ayons croisé une baleine en chemin. Je ne sais pas grand-chose sur son état, elle ne bougeait pas mais restait en surface, un grand oiseau planté sur le dos. Impressionnant et inattendu en tout cas. (144) (145) (146)

 

 09-10.12

Bunaken dispose de sa réputation pour la plongée. Ici, je vais me contenter du snorkling, avec masque, tuba et palmes.

Le principal village se trouve au port, avec son église que l’on remarque à l’arrivée, ils sont plutôt chrétiens ici et les fêtes de l’Avent battent leur plein. (147) (148)

Le reste consiste principalement en un chemin, boueux par endroits puisque la saison des pluies a entamé son activité, parsemé des différentes pensions qui n’affichent pas complet en ce moment.

Je suis installé selon le même principe qu’aux îles Toggian. Un bungalow, avec salle de bain et antichambre de salle de bains et trois repas par jour.

Confortable sans être luxueux non plus. Quelques araignées habitent également les lieux et je m’efforce de ne pa­­s trop les déranger. E­­lles étaient là avant moi.

A part elles, Stijn, un Flamand croisé à plusieurs reprises depuis Wakai, arrivé également aujourd’hui ; une Anglaise qui fait une pause entre diverses traversées nautiques où elle remplit différentes taches ; un banquier Catalan qui s’adonne à la plongée en apnée et compte passé un mois ici ; Bert, retraité Allemand qui a tourné Australien depuis une quarantaine d’années et semble vouloir prendre racine –il a déjà réservé un logement pour 2015. Mordu de kayak, c’est devenu une figure locale ; et un couple d’Autrichiens, encore indécis quant à la direction que doit prendre leur voyage, 5 semaines comme moi. (149)

Lorenzo, propriétaire des lieux, est l’un des pionniers ici. Il a ouvert son établissement en 1991, âgé alors de 21 ans. Une entreprise un soupçon familiale, avec quelques employés cependant.

Comme à l’accoutumée, quelques représentants de la race animale, trois chiens et deux chats. Pour ce qui est des canins, l’un est déjà prévu du jour de l’An et un deuxième un peu plus tard !

Les eaux regorgent de poissons et je pars avec Stijn pour une demi-journée, sur le bateau de pêche du père de Lorenzo qui loue son embarcation aux visiteurs. (150)

Barque

Il connaît les eaux des alentours et, outre poissons multicolores, nous pouvons observer une bonne dizaine de tortues, assez timides cependant. Elles nagent parfois près du récif, mais surtout vers la Grande Bleue, qu’elles gagnent rapidement dès que nous approchons à moins de deux mètres.

Malheureusement Manado est proche, et sur l’un des versants de l’île, ce ne sont pas qu’êtres vivants que nous croisons mais également détritus en pagaille !

Sacs plastiques, boîtes de boissons gazeuses, une chaussure…et autres polluants que nous heurtons littéralement au fil de notre progression. A ce point, je n’ai encore jamais vu cela.

L’Indonésie a vraiment du souci à se faire si aucune mesure n’est prise à cette encontre.

La veille de mon départ, Lorenzo, accompagné de son père et d’un ami, nous offre un petit concert, les deux premiers à l’ukulélé, le troisième à un instrument étrange pour nous, qui allie contrebasse et batterie, qu’il pratique avec maestria.

Lorenzo est au chant et l’ensemble rappelle davantage Hawaï que l’Indonésie.

 

11.12

Je regagne Manado pour m’envoler vers Makassar, Stijn quitte également les lieux, préoccupé lui-aussi par une extension de visa qui traîne et échoue également. Il va donc s’envoler pour les Moluques et réitérera ses essais là-bas. Sinon, il quitte le pays.

Dans le bus de l'aéroport de Makassar qui m'amène en ville, le jeune chauffeur me demande le nom de mon hôtel, le même qu'à mon arrivée à Sulawesi, et ne leconnaissant pas, il le recherche par le biais de son portable afin de le localiser. Bien avenant.

En soirée, je retrouve mes connaissances russes de Rantepao, Dimitri, Pavlov et Yuri. Je sors boire une bière avec le dernier.

La conversation est intéressante, un autre point de vue par rapport à la Russie. De part et d'autre, les médias ne relaient pas les mêmes informations. 

Yuri s'intéresse à la culture française, il n'a cependant pas le droit de se déplacer en Europe, travaillant pour le Sukhoi, équivalent du Mirage français. Secret d'état oblige.

 

12-12.14

Sur le conseil du garçon de mon hôtel, je ne prends pas le bus du matin pour Bira mais me rends à la gare routière un peu avant midi. Cela permet un peu de repos et quelques emplettes, et je comprends en arrivant que, surtout, il voulait m"y emmener et pas trop tôt. Cela lui faisait une course facile. Mais qu'il n'y a plus aucun bus. 

Uniquement un taxi collectif. Mais pour l'instant, aucun client, et ce n'est qu'au bout de deux heures qu'un autre, rempli entre-temps me prends, le mien étant toujours vide. Dans le feu de l'action, je laisse,  dans le premier véhicule, mon chapeau, un ami de 30 ans.

Le trajet dure pratiquement 5 heures, avec de multiples arrêts, dans une ambiance bon enfant. J'arrive de nuit et je prends la première pension venue, propre mais sans charme, j'aviserai ensuite.

 

13-14.12.14

Bira est connue pour la fabrication de bateaux, de petits comme de gros modèles. Actuellement, deux énormes bâtiments habitent la rive, dont celui commandé par un riche indonésien, à bord duquel on peut monter.  (152) (153) (154)Je m’y rends en compagnie de Barto, un Hollandais non volant qui habite à deux minutes sur la même rive. Ce cargo de 52 m sur 13, pesant pas moins de 600 tonnes, devrait être mis à l'eau d'ici peu. 

Une équipe de 15 ans homme a travaillé à sa construction pendant 15 mois, dont cinq à attendre des matériaux, bois différents qui le composent majoritairement, de l'acacia par exemple. (155)

L'on dirait une énorme banane et personne ne peut en expliquer la raison, les embarcations traditionnelles ne correspondant pas à cette forme. Cette dernière pourrait presque suggérer l'impression de tangage alors que l'on se trouve encore sur la terre ferme. 

D'après Barto, le prix convenu serait de 600.000 euros, un prix plus que raisonnable pour un bâtiment de cet acabit.

Une petite communauté d'étrangers s'est formée à Bira, composée de quelques Anglais, Slovènes, un petit clan de français, un Hollandais et un Norvégien, qui ouvre juste son petit resort et chez lequel j'inaugure l'un des bungalows. (151)

Tous ces expats sont occuper à gérer leur pension ou travaillent à un chantier naval, à l'instar de Denis, ancien chauffeur routier des Basses-Alpes , qui un jour a quitté sa région pour parcourir le globe en bateau, allant de la Martinique au Brésil puis gagnant d'Indonésie en passant par la Nouvelle-Calédonie. 

Barto, lui, propose ses services plutôt en tant que consultant, après avoir fabriqué des bougies artisanalement dans son pays d'origine.

Yohan, le Norvégien, développe des petites affaires ici et là, après avoir été marié quelques fois et ayant quelques bouches à nourrir, d'un mariage précédent, actuel ou des enfants adoptés. 

Racontant volontiers ses histoires de vie, il en a toujours une sur l'oreille, qui enchaîne avec la précédente et construit le puzzle de son existence. 

Ainsi explique-t-il sa présence ici par le biais d'une première femme indonésienne, rencontrée dans un pub irlandais de Pigalle, à Paris donc, où il avait échoué après une relation ratée à Copenhague.

Cette dernière s'est retrouvée un jour possédée, une croyance qui a ses adeptes dans la région, et a pris la poudre d'escampette alors qu'ils s'étaient rendus ensemble à une source d'eau qu'ils voulaient acquérir. 

Port

Yohan s'est marié peu de temps après avec sa femme actuelle. Elle gère la caisse, lui investit dans les centres de plongée, pensions, vaches, et autres terrains constructibles.

Sa pension sur Bira fait face à la mer, ce qui n'est pas toujours le cas dans le village, à deux pas du port. (156) (157) (158)

L'eau regorge de poissons, multicolores, l’un d’eux m’accompagne d’ailleurs un moment, lors d'un snorkling, même si cette fois je suis privé de tortues, pourtant présentes ici. (159) (160) (161) (162)

Une autre spécialité du coin, perchés sur les hauteurs: les karaokés, où viennent se divertir les villageois. En fait, ce sont rarement eux qui chantent mais plutôt les entraîneuses, mal, sur une sono de mauvaise qualité et poussée à fond, qui travaillent par ailleurs comme des fourmis. 

Les verres de bière sont remplis à nouveau dès la moindre gorgée bue, et les filles, payées à la commission, commandent ce qu'elles peuvent pour soulager la bourse du visiteur. Pour ce qui est de ses bourses, cela n'est pas automatique, tout est affaire de personne.

Le spectacle n'en reste pas moins amusant mais, un peu lassés au bout d'un moment, ce petit monde quitte les lieux et je me retrouve avec Denis et son copain Michel dans un autre karaoké, tout aussi assommant mais privé. 

Il s'agit en fait d'un particulier ou la fille de la maison crie à tue-tête dans le micro avec son amie. 

Bloqués un moment par la pluie qui bat son plein, nous nous soumettons à la torture mais profitons de la première accalmie pour regagner nos locaux respectifs.

 

15.12.14

Je quitte Bira au petit matin, par un superbe lever de soleil, je ne tiens pas à louper mon vol de retour, et, même si le taxi collectif me prend en retard, je suis à midi à peine à la gare routière de Makassar. (163)

Je me dois définitivement me résoudre à la perte de mon chapeau en y arrivant et j’enchaine avec un taxi directement pour l’aéroport.

A partir de là, les mésaventures se suivent. L’avion part en retard. A Jakarta, la récupération du bagage s’éternise. Heureusement, un jeune m’attend plus ou moins.

Les arnaques arrivent ensuite. A commencer par la taxe d’aéroport, inclue de Makassar mais à l’internationale elle s’en trouve par rapport à ce que j’avais vu à Manado.

Vient l’immigration. Ils ne veulent rien de mes expéditions aux bureaux de Gorontalo et Manado et, au lieu des 13/14 euros annoncés, ce sont 20 euros par jour ; de plus, du 11 au 15 décembre, ils comptent 5 jours.

Lever du soleil

Je crois qu’il faudrait boycotter l’Indonésie car, après les diverses histoires que j’ai pu entendre ici, la corruption n’est vraiment pas une légende et elle profite à des personnes qui ne sont pas les plus mal loties.

Les fonctions s’achètent, et les plus démunis ne peuvent donc pas y accéder.

En passant l’un des contrôles, une dame d’un certain âge à glisser un billet au contrôleur du tapis roulant juste devant mon nez. Ainsi, son paquet est passé comme une lettre à la poste !

En atterrissant à Francfort, avec du retard, nous restons enfermé dans l’avion pendant une demi-heure, suite à un malentendu entre le poste de pilotage et l’employé qui amène le pont pour la sortie.

Ajouté au passage douanier et au contrôle suivant, ma course jusqu’au point d’embarquement m’amène devant un guichet déjà fermé.

La Lufthansa ne vaut pas mieux que toute autre compagnie. Je sais par expérience que l’Allemagne n’est pas à la hauteur de la réputation qu’on veut bien lui prêter en matière d’organisation mais là, chapeau !

Je chope donc un autre vol pour Marseille via Munich qui me fait bien sûr arriver plus tard que prévu. Et, la cerise sur le gâteau, mon sac n’est pas à l’arrivée, il me sera livré à la maison.

En bref, un retour qui ne me fait pas regretter de rentrer…cela a au moins cet avantage.

En conclusion, je peux dire de Sulawesi que mon impression de première  partie de voyage ne s’est pas confirmée. Il n’y a pas que du positif. Mais où cela peut-il bien être le cas (?)

La circulation dans les villes y est étouffante. Avec quelque 2,5 millions d’habitants à Makassar (autant qu’à Paris intra-muros) par exemple, on ne peut s’en étonner,

Quelques endroits restent paisibles comme les alentours de Rantepao, à la culture fascinante, même si parfois un peu dure, les Toggian ou Bira, qui offrent une alternative à certaines attitudes ressemblant plus à des copies américaine ou européenne qu’à des traditions indonésiennes, avec les classiques de la gastronomie américaine !

Des eaux superbes, pas toutes encore touchées par la déchetterie que devient le pays.

J’ai ressenti le Nord comme moins avenant. Un jeune homme instruit de Jakarta, dans l’avion pour la capitale, m’a expliqué que la population y était plus rustique, spécialement à Manado.

Il m’a également confirmé la corruption qui gangrène le pays. Tout se monnaye, y compris le permis de conduire (auquel on échoue si l’on ne paye pas, ce qui rend l’examen caduque…peu le passent donc), les libérations de prison et autres achats de terrain ou postes en vue.

Le confort de vie des citoyens, sans être luxueux, n’est pas au ras des pâquerettes.

Les sourires sont nombreux et généralement pas calculés, avec des  « hallo mister » à chaque coin de rue.

Le progrès technique s’y développe timidement. Les connections Internet sont éparses, inexistantes parfois, à l’instar du téléphone, et c’est en même peut-être la raison du charme des endroits épargnés.

Enfin, des soubresauts d’arnaques se font sentir, encore limités, mis à part ceux émanant des représentants gouvernementaux, dont il faudrait vraiment reconsidérer les bases. Le nouveau chef d’état a du boulot !

 

Quelques renseignements pratiques :

RANTEPAO, pays Toraja - Johny Burin - Guide local : A/D Wisma Maria - JL. Dr Ratulangi No 23 Rantepao - Toraja - South Sulawesi - Indonesia                    johnyburun@gmail.com                                                                                                                                                            HP : 0821 9501 6444  -  0812 4148 2678

BIRA - Bungalow et plongée chez Johan : Johanlakeba@gmail.com