dimanche 22 juin 2008

Pour une bonne claque ethnologique, c’est au Mali qu’il faut se rendre. Il faut plus de deux mains pour dénombrer les peuples qui s’y croisent. En découlent des us et coutumes qui font la joie des vrais curieux. Ajoutons des paysages et des constructions propres à cette région du globe. Et s’il est un pays d’Afrique noire où le régime démocratique, entrepris au début des années 1990 semble perdurer, c’est bien celui-là. A suivre…
GÉNÉRALITÉS
Statut : république
Capitale : Bamako 1 240 000 km2
Population : 11 000 000 habitants
Densité : 8,86 habitants au kilomètre carré
Monnaie : Franc CFA
Langue officielle : français
Langues parlées : bambara, peul, sénoufo, soninké, songhaï, dogon
Religion officielle : aucune
État de l'Afrique sahélienne, limité à l'Ouest par le Sénégal, au Nord par la Mauritanie, au Nord-Est par l'Algérie, à l'Est par le Niger, au Sud-est par le Burkina Faso, au Sud par la
Côte-d'Ivoire et au Sud-Ouest par la Guinée. Berceau des grands États ouest-africains du Moyen Âge, le Mali est aussi l'un des pays les plus pauvres au monde.
En pleine zone saharienne, au Nord-Est, l'Adrar des Ifoghas, qui s'élève à 900 m, est un vieux massif cristallin appartenant au Hoggar.
Au Sud-Ouest, les plateaux du Kaarta et du Bambouk, et les monts du Kéniéba, prolongent la chaîne du Fouta-Djalon. Au centre-ouest, le bassin du Macina abrite le delta intérieur du fleuve Niger, Au Sud de celui-ci dominent les falaises de Bandiagara sur 200 km.
Entre le Sahel et la zone soudano-guinéenne, le Mali bénéficie des fleuves Niger et Sénégal, qui font des zones irriguées les seules régions hospitalières d'un pays quasi désertique.
Le fleuve Niger
Grand fleuve africain qui traverse le pays sur 1700 km, il favorise le développement de la pêche et l'agriculture ainsi que la navigation fluviale. Lors de la saison des pluies, son niveau remonte et certains villages sortent de leur isolement. Ensuite, peu avant la récolte du riz en décembre, il commence à redescendre à nouveau. (34) (35) (38) (42)
Climat et végétation
Le Mali possède trois zones géographiques.
- la zone saharienne du Nord (plus de 50 % du territoire), où les pluies sont rares. Un mince tapis herbacé fournit une nourriture temporaire aux troupeaux nomades.
- la zone sahélienne, au centre, avec des pluies variables et une longue saison sèche; baobabs, palmiers, graminées piquantes permettent l'activité pastorale.
- la zone soudanienne, au Sud, aux pluies importantes (600 à 1300 mm) ; on y exploite savane et forêts claires pour le bois de construction et les plantes à vertu médicinale.
De mars à juin, c’est la saison sèche. L'eau étant basse, le poisson est plus facile à saisir.
Population
La zone Nord (Tombouctou, Gao) est la moins peuplée (1,5 h/km_). Les villes situées au bord du Niger, en revanche, abritent 22 % de la population (des jeunes de moins de 15 ans à 50 %).
Bamako compte 840 000 habitants. Les autres villes importantes sont Ségou (99 000 hab.), Mopti (78 000), Sikasso (73 000), Kayes (67 000) et Gao (55 000).
Nombreuses sont les ethnies : Bambaras à 36,5 % de la population totale, Peuls (13,9 %), Sénoufos (9 %), Soninkés (8,8 %), Dogons (8 %), Songhaïs (7,2 %), Malinkés (6,6 %), Dioulas (2,9 %), Bwabas (2,4 %), Touareg (1,7 %), Maures ou Berbères (1,2 %), avec pour langue officielle le français, même si le bambara est souvent la langue véhiculaire.
HISTOIRE
Zone de contact entre Afrique noire et Afrique du Nord, le Mali a vu très tôt émerger sur son territoire des états structurés, le royaume du Ghana, l'empire du Mali et l'empire songhaï, prospères, du fait de la douceur et l'humidité du climat, et la proximité de mines d'or. Mais le redéploiement du commerce mondial substitue l'Atlantique aux routes transsahariennes, amorçant le déclin du Sahel.
Les grands empires
Créé vers le IVe siècle, le royaume du Ghana, premier État d'Afrique noire, va s'étendre du Tagant au Haut Niger et du Sénégal à Tombouctou. Or et esclaves s'échangent contre du sel.
Au XIe siècle, les Almoravides venus du Maroc l’envahissent et il décline, tombant sous la coupe du royaume sousou (dans la Guinée actuelle).
Profitant du déplacement du centre économique vers Tombouctou et Gao, le royaume du Mali se constitue au XIIIe siècle, devenant un haut lieu de rencontres entre lettrés musulmans. Des querelles de succession le fragilisant alors, il est conquis par le royaume songhaï, qui apporte une organisation élaborée. Ce dernier est à son tour défait en 1591 par l'armée marocaine.
Déclin et colonisation, du XVIIe au XIXe siècle
L'arrivée des Européens bouleverse les flux d'échanges commerciaux au profit de la côte atlantique, avec le commerce triangulaire (l'esclavage), une catastrophe pour la région.
Les explorations commencent. A la fin du XVIIIe siècle. L'Ecossais Mungo Park arrive jusqu'à Ségou, puis, au début du XIXe, l'Anglais Gordon Laing puis le Français René Caillié atteignent Tombouctou. Les Français se heurtent dès 1857 à une vive résistance, et ne colonisent le Mali qu'en 1895 sous le nom de Haut-Sénégal-Niger puis de Soudan. Cependant, ils mettent l'économie du pays, éloigné des côtes, peu en valeur.
Du Soudan français à la république du Mali
Après la Seconde Guerre mondiale, les revendications en faveur de l'indépendance s'intensifient, menant en 1960 à la création de la république du Mali.
L'accent est alors mis sur une gestion socialiste de l'économie, laissant le pays longtemps dépendant de l'Union soviétique. En 1968, le pouvoir est confisqué par un militaire, le lieutenant Moussa Traoré.
De Traoré à Konaré
Le régime se durcit. Dans les années 1980, les difficultés économiques du Mali s'accroissent. Hostile à l’ouverture démocratique, Moussa Traoré répond par les armes aux grèves. En 1991, la colère atteint son paroxysme, et il est renversé par des militaires dirigés par le lieutenant-colonel Amadou Toumani Touré, qui organise le retour au multipartisme et à la démocratie, avec l’élection démocratique, en 1992, du président Alpha Oumar Konaré, réélu en 1997.
RELIGION
Religion majoritaire (90 %), l'islam est conserveur. Seuls 20% des femmes travaillent en dehors du foyer, le chiffre le plus bas d'Afrique de l'Ouest. Les religions traditionnelles (9 %) ont leurs propres cérémonies, notamment en pays Dogon, où culte des ancêtres et animisme sont encore très vivants. Les chrétiens sont présents à 1 %.
ÉCONOMIE
Le renversement du président Traoré a débouché sur le pluralisme politique et l’ouverture à l'économie de marché. Le pays, handicapé par la sécheresse, est pauvre mais la famine ne sévit pas et il a retrouvé une certaine croissance.
Agriculture
Elle emploie 82,4 % de la population, avec, pour principales cultures, mil, sorgho, riz, arachide et coton. Désormais, les paysans se regroupent pour vendre leur production.
Le Mali possède l'un des plus importants cheptels du Sahel (18 millions de têtes), et l'élevage fournit, après le coton, le principal des recettes à l'exportation. (54) (60)
L'arbre de karité
Toute l'Afrique de l'Ouest a vécu à l'ombre du karité pendant des siècles (bébé accueilli dans une vigoureuse friction au beurre de karité, lit du roi défunt taillé dans le tronc de l'arbre de karité…). On le retrouve surtout (Sénégal, Guinée, Mali, Côte d'Ivoire, Burkina Faso, Ghana, Togo, Bénin, Nigeria...) en savane arboré, dans le climat sahélien avec une pluviométrie jusqu'à 1000 mm. Il atteint une hauteur de 10 à 15 m et vit jusqu'à deux siècles.
Les barrages, un espoir agricole
Il y en a trois : Manantali, construit dans les années 1980 (il intéresse le Mali, le Sénégal et la Mauritanie), Sélingué, et Markala sur le Niger qui, drainant le canal du Sahel, avait été conçu pour développer la culture du coton. Un quatrième, en projet, voudrait la mise en valeur d’une région à cheval sur le Mali, le Niger et le Burkina, la lutte contre la désertification et la réalisation de l'autosuffisance alimentaire.
Industrie
Le territoire recèle des gisements de bauxite, fer et manganèse, aux conditions d'exploitation difficiles, du fait de la pénurie d'énergie et de l'enclavement des sites. Sel, phosphates, diamant, gypse et or donnent toutefois lieu à des exploitations.
Le secteur secondaire est dominé par l'industrie du coton et le textile, progressivement ouverte aux investisseurs privés.
Services
Le secteur tertiaire concerne peu d'emplois mais fournit la grande part des richesses. La libéralisation des échanges a profité à de nombreux commerçants, mais elles sont vulnérables aux variations du cours du coton.
Le Mali possède un réseau routier de 18 000 km, dont 2 000 seulement bitumés, et la desserte du nord du pays demeure aléatoire.
Le réseau ferroviaire, de 646 km, possède deux lignes de chemin de fer, reliant le Mali à la mer; de Bamako, l'une conduit à Dakar, l'autre à Abidjan.
ÉTAT ET INSTITUTIONS
La république du Mali s'est dotée de nouvelles institutions : le président de la République, élu au suffrage universel pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois, nomme le gouvernement. Le pouvoir législatif est dévolu à l'Assemblée nationale, qui compte 135 membres élus pour cinq ans (20 sièges étant réservés aux émigrés et aux régions faiblement représentées). Le pouvoir judiciaire dépend d'une Cour constitutionnelle.
FAUNE
Le désert abrite une faune adaptée, gazelles, damans, addax, fennecs, chacals, autruches, traquets, couleuvres, vipères à cornes, varans...
Le parc national du Baoulé, les réserves du Finna, du Bandingo, et de Wattagouna abritent de gros herbivores (éléphants, buffles, antilopes, phacochères, girafes, addax, hippopotames…) et de grands fauves (lions, panthères, hyènes, guépards, léopards...).
Autour des fleuves Niger et Sénégal, riches en poisson on peut rencontrer des hippopotames et de nombreuses espèces d'oiseaux (cormorans, flamants, canards, hérons, martins-pêcheurs pie, aigrettes, pélicans, pigeons, échasses, vanneaux, corbeaux, milans…).
La réapparition de panthères dans l'Ouest du pays révèle un problème d'environnement dans la savane sahélienne, en l’occurrence le grignotage par l’Homme du territoire des animaux sauvages. En 1996 déjà, une incursion de lions a semé la panique vers Kangaba. On estime la surface arrachée chaque année à la savane à près de 500 hectares.
SOCIÉTÉ
Art et architecture
Dogons et Bambaras ont développé une sculpture sur bois de valeur artistique, produite loin des villes qui, importantes et islamisées, refusaient ce mode d'expression traditionnel.
Le Mali rassemble aussi de riches exemplaires de l'architecture soudanienne (briques crues séchées au soleil, appelées banco), avec des villes médiévales, telle Djenné, inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco.
Le bogolan
Il s’agit d’une technique de teinture traditionnelle d'Afrique de l'Ouest à l’origine fortuite. Une femme aurait tâché son pagne teint au n'galama avec de la boue du fleuve. En le nettoyant, elle s'aperçut que la boue avait teint le tissu du vêtement, les tâches étaient devenues indélébiles. La teinture s'obtient donc par réaction chimique de la boue sur le textile. Les nuances colorées sont obtenues à l’aide de minéraux et végétaux.
Ce travail artisanal, en général réservé aux femmes, est exécuté pour la communauté. Chaque signe détenait une signification symbolique qui disparaît aujourd’hui au profit de signes purement graphiques.
Littérature
Dès le XVIe siècle, l'université musulmane de Tombouctou devient un grand foyer de culture. La littérature orale, vivace, se transmet par les griots de père en fils. Amadou Hampâté Bâ s’est consacré aux traditions orales du continent. Dabo Sissoko à la tradition et l'engagement, Massa Makan Diabaté fait revivre l'épopée et observe la réalité contemporaine.
Musique
La musique malienne demeure liée aux griots (caste qui chante ou raconte des légendes du passé), pour lesquels les instruments servent de support au récit, avec la kora, une harpe à vingt et une cordes très répandue. Salif Keita en est un digne représentant, comme Mory Kanté, Guinéen venu au Mali suivre une école de griots.
Éducation
Le faible taux d'alphabétisation (32 % des 15 ans et plus, en majorité des hommes) reflète les manques en matière d'équipement et le poids des traditions réfractaires à l'école moderne.
Santé
C'est le domaine où le sous-équipement est sans doute le plus sensible, avec l’un des taux de mortalité infantile (134 ‰) les plus importants au monde, et une alimentation inquiétante.
FÊTES ET FESTIVALS
La manifestation la plus fascinante du calendrier malien, en décembre, reste la traversée des troupeaux à Diarafabé, qui se rejoignent sur la rive gauche du fleuve, occasion de festivités organisées autour des bergers qui retrouvent les leurs après de longs mois dans le désert.
Lors de la fête des Masques qui dure cinq jours, en avril, les Dogons se livrent à des cérémonies plus que millénaires. La plus célèbre d'entre elles, le Sigui, n'a lieu qu'une fois tous les 60 ans, une périodicité sans doute liée au calendrier agraire des Dogons, qui serait fondé sur les cycles orbitaux d'une étoile naine invisible à l'oeil nu. (72) (73) (9)
BAMAKO
Ville cosmopolite de 700 000 âmes, qui ne commence à se peupler réellement que vers le milieu du XVIIe siècle. Il y 3 à 5000 ans, les premiers Bamakois étaient déjà sédentaires, mais la ville n'occupe aucune place dans l'histoire des grands empires de l'Ouest africain.
Une place forte coloniale
A l’arrivée de nouveaux immigrants, l'ensemble prend le nom de Bammakô et devient un carrefour commercial. Les conquérants français en comprendront l’importance, en faisant, en 1904, le quartier général des forces d'occupation du Sahel, rebaptisé Soudan français.
L'esprit des Bamakois
Un esprit villageois règne toujours à Bamako, et des établissements, les bars, dotés d'un patio et où l'on sert à boire et à manger, abritent de longues séances de discussion. (1) (11)
SEGOU
Atouts agricoles, richesses piscicoles inépuisables grâce au Niger, attraits touristiques tant géographiques que culturels font de Ségou une étape pour tout voyageur.
A son approche, on note la présence de quelques manguiers " arbre sacré que l'on abat jamais parce qu'il a été planté par les ancêtres " et de balanzans , arbres feuillus à la saison sèche, mais nus durant l'hivernage. A 6 km de la ville, le Niger apparaît sur la gauche et des pirogues qui font office d'autobus entre les villages.
Cité proprette au bord du Niger, avec boulevards ombragés, enceintes de banco rouge, Ségou a adopté un cubisme fonctionnel avec jardins fleuris.
Dans les cours croît l'arbre à karité, dont proviendrait le nom original de la ville : SiKoro, c'est-à-dire au pied du karité. Certains affirment toutefois que Ségou vient de Cheikou, nom d'un grand marabout qui en serait le fondateur.
Elle aurait été fondée par des Bozos venus du nord au VIIe siècle, Soninkés fuyant l'empire du Ghana envahi par les Almoravides au XIe siècle ou la dynastie régnante des Bambaras au XVIIIe siècle. Sous cette dernière, dans une région saignée par la traite des nègres, Ségou apparaît invincible. Sa perte tiendra aux dissensions intérieures et aux troupes françaises en 1892.
Heureusement, la colonisation s'est accompagnée de l'introduction de la technologie, et s'il est une région du Mali à en avoir profité, c'est bien celle de Ségou. C'est là qu'est né l'Office du Niger, chargé de rétablir dans leurs lits les bras du fleuve. (12) (13)
DJENNÉ
La ville jouit du statut de monument historique. Construite voilà douze siècles au milieu des eaux du Bani, qui se partage en deux branches, l’entourant comme pour la protéger, elle est donc accessible par un bac pendant l'hivernage ou et à gué à la saison sèche. (16)
Le marché
Le lundi, Djenné retrouve sa splendeur d’antan sur la place dominée par la mosquée, où s'échangent produits du Sud agricole et trésors du Nord désertique (mil, riz, coton et noix de kola des forêts du Sud, sel de Gao, Tombouctou et Mopti et poisson séché des lacs du Nord).
La foule y est bigarrée. (2) (14)
La mosquée
Edifiée à la fin du XIIIe siècle, elle est détruite et rebâtie à plusieurs reprises. La légende veut qu'elle surpassât en beauté celle de La Mecque, faisant de Djenné le sanctuaire de l'islam ouest-africain avec lequel Tombouctou rivalisait difficilement aux XIVe et XVe siècles.
La ville fut respectée par les conquérants successifs qui n'ignoraient pas le parti que l'on pouvait tirer d'une ville sainte. Elle a résisté aux tentatives de soumission en opposant la puissance culturelle aux armes…sauf à l’arrivée des troupes coloniales françaises en 1893.
L'édifice actuel date de 1907, construit par les Bari, caste de maçons, et la cité s'est développée autour de la mosquée. Chacun des carrés abrite un village avec, au centre, une cour commune sur laquelle s'ouvrent les appartements familiaux. Le toit forme une vaste terrasse courant sur toute l'étendue du carré. (19)
KAYES
Ancienne capitale du Haut Sénégal, Kayes, relais important entre le Soudan nigérien (vallée du Fleuve Niger) et le littoral atlantique sénégalais, est surtout riche d'histoire coloniale.
KANGABA
Dans la mémoire des griots se transmet le secret des origines du peuple mandenka. Est-il venu du ciel sur des pirogues d'or ? La case sacrée recèle-t-elle un fragment de la pierre sainte de la Kaaba (d'où le nom de Kangaba), haut lieu de l'islam ? De quels pouvoirs sont dotés les chasseurs de Kangaba, qui tuent leur gibier par le regard et les incantations ? Mysticisme et mythologie de l'Afrique de l'Ouest ont une patrie ici, berceau de l’empire du Mandé.
MOPTI
Ville gagnée sur les eaux, Mopti est situé au confluent du Niger et du Bani, une position qui a contribué à faire d'elle une métropole commerciale. Elle se veut la ville de la paix et du rassemblement des peuples (M'opte signifie en peul le regroupement). Centre d'échanges, elle a pris la relève de Djenné. (26) (31)
Le port
On y parle toutes les langues. Chaque rive accueille un type de cargaison : au Nord, le sel de Tombouctou et le mil de Ségou ainsi que les voyageurs, et au Sud, le poisson séché. Le poisson prend parfois le chemin des pays voisins dans les camions des trafiquants, mais pour compenser cette fuite, une coopérative de pêcheurs s’est organisée, encadrée par l'Etat.
Le jeudi, la ville se transforme donc en une immense foire. (27) (3)
Le marché
A chacun sa spécialité. Les femmes yorubas du Nigéria vendent des produits cosmétiques, et leurs maris travaillent en tant que photographes ; montres et lunettes sont la spécialité des Wolofs du Sénégal ; les articles de laine (avec les peaux et le riz, l'un des trois importants produits d'exportation de Mopti) sont aux mains des Peuls ; la céramique dans celle des femmes bozos et somonos, tout comme le poisson fumé ; les nattes, fabriquées par tous, sont vendues par les Songhaïs ; et les paniers en osier sont tressés par des Dogons nés nobles, car ils jouent un rôle important dans leur mythologie. Après l'échec du dieu Amma dans la première création du monde, Nommo crée un nouveau système sur le modèle d'un panier rempli de terre divine. L'ouverture ronde et la forme carrée du fond symboliseraient le soleil et le ciel avec ses 4 points cardinaux, une représentation cosmique, semblable à la forme de leurs greniers. Jusqu'à la colonisation, les Dogons ne vendaient pratiquement pas leurs corbeilles, le voyage les exposant à être capturés et mis en esclavage. (28) (29) (30)
TOMBOUCTOU
On y accéda d'abord à pied ou à dos de chameau. Depuis, les moyens de communication ont évolué même si les caravanes de chameaux affluent toujours de Mauritanie, d'Algérie ou du Niger. Les pistes sont impraticables à la saison des pluies mais alors les bateaux relient Tombouctou à presque toutes les villes du pays. (50) (5)
Origines du nom
La plus connue est celle d'une vieille femme appelée Bouctou chargée de garder ici le puits des Touareg en dehors des périodes de transhumance (le puits de Bouctou). (51)
Selon une autre hypothèse, il viendrait de la cuvette où la ville fut édifiée entre les dunes (Tombouctou signifiant cavité).
Dernière option, Tombouctou voudrait dire la petite dune, du fait des mamelons de sable qui l'entourent.
Naissance de la mosquée
Tombouctou apparaît au XIVe siècle, sous l'administration du Mandé avec la construction d'une prestigieuse mosquée au Sud-Ouest de la ville, dépouillée et couverte de terrasses en banco dont émerge la forme d'abord pyramidale puis conique d'un minaret. Elle est la seule des trois mosquées de la ville, où la visite est autorisée.
Au Nord, celle de Sankoré (bâtie par une riche veuve aux mêmes dimensions que la Kaaba de La Mecque) abritait la Medersa, université qui vaut au XVe siècle son rayonnement international à la cité, avec 25000 étudiants répartis entre l'université et 180 écoles coraniques. (52) (53)
Ville hantée
De son ère de gloire, la cité ne conserve que le souvenir. Voici cinq siècles, Tombouctou organisait les échanges entre le désert, la savane et la forêt. Du Maghreb et du Sahara affluaient les chargements de sel, d'épices, de soie, de cuivre ou d'étain. Du sud des pirogues de noix de kola, d'or, d'ivoire et... d'esclaves, commerce mené par les Touareg et les Arabes.
Le port de Kabara, à 12 km plus à l'Est, connaît une population de dockers occasionnels et de nomades touareg campant dans des tentes-ballons. Deux fois par an, il retrouve son animation d'antan avec l'arrivée de l'Azalaï, caravane de deux cents chameaux apportant le sel des mines de Taoudenni.
Cependant, le mystère de Tombouctou subsiste. Selon une croyance populaire, le cavalier de pierre dénommé El Farouk, qui trône sur la place de l'Indépendance, descendrait toutes les nuits de son piédestal pour caracoler à travers la ville.
SIKASSO
Bâtie sur une hauteur, la ville dispose de fortifications datant du XVIIe siècle. Là se rencontrent les peuples des grands espaces et ceux des sylves mystérieuses. Ici s'imbriquent l'islam et l'animisme jusqu'à mêler harmonieusement rites en apparence inconciliables.
LE PAYS DOGON
Il s'agit de l'une des populations les plus anciennes de l'Afrique noire mais aussi l'une des plus riches en traditions, avec ses villages-perchoirs difficiles d'accès.
Coutumes
Les rites et interdits sont nombreux chez les Dogons. L'ethnologue français Marcel Griaule, à l'origine du premier barrage d'irrigation et de l'introduction de la culture des oignons dans la région, seule ressource d'échange, a étudié leurs moeurs. A sa mort, en 1956, les Dogons lui organisent des funérailles traditionnelles, après lesquelles -la coutume exigeant que soit brisée la houe du cultivateur pour signifier la fin de son labeur sur terre- ils brisent symboliquement son outil de travail, un crayon.
Chaque village se compose de cases d'habitation à la forme rectangulaire avec un toit-terrasse, et comprend des greniers à mil, carrés à la base et coiffés d'un chapeau de paille conique.
Dans chaque quartier, la grande maison de famille (guinna) est le domaine du patriarche, autorité incontestée. Dominant le village, la togouna (maison de la parole) est l'endroit où les hommes se réunissent pour discuter des affaires du village. Elle est constituée de huit piliers sur lesquels reposent huit couches de chaume ; le chiffre huit, selon la cosmogonie dogon, correspond au nombre des premiers ancêtres des Dogon. Son toit est anormalement bas, parce que les hommes y réglant les problèmes, assis, si l'un d’eux s'emporte en se levant, il est rapidement calmé en se cognant le crâne au plafond.
A l'écart des maisons d'habitation se trouvent les cases rondes ou les femmes s'isolent pendant leurs menstruations. (63) (67)
Les origines
Sur les parois, les Tellem, premiers habitants de la région, ont laissé de nombreuses constructions troglodytes, aujourd'hui cimetière des Dogons qui, à l'aide de cordes, y hissent les corps des défunts. Les Tellem ont disparu de la falaise au XVe siècle, supplantés par les Dogons. (64) (65) (66)
L'origine des Dogons, elle aussi, est mystérieuse. Provenant du Mandé, ils quittent cette contrée entre le XIe et le XIIe siècle, refusant de se convertir à l'islam. Ils se scindent en plusieurs groupes établissant des villages sur le plateau ou dans la plaine. (61) (68)
Cosmogonie
Pour les Dogons, l'univers a été créé par Amma, lequel façonna la Terre à partir d'un bloc d'argile et créa le Soleil et la Lune en fabriquant deux poteries blanches. Uni charnellement à la Terre, il engendra Nommo, à la fois mâle et femelle, aux principes complémentaires (vie/mort, jour/nuit, homme/femme, sécheresse/humidité), qui régissent les aspects de la vie des Dogons. Il est le procréateur de 8 enfants dont descendrait chacune des 8 tribus dogons.
Le masque remplit une fonction sociale. Les guerriers lancent leurs flèches vers le ciel ou brandissent leur fusil, prenant à partie les mauvais génies pour faciliter l'entrée du défunt dans l'univers des ancêtres. Le culte des morts est essentiel.
La plus grande cérémonie est le Sigui, destinée à régénérer le monde, tous les 60 ans (la dernière eut lieu en 1974). Sa périodicité est déterminée par les rotations supposées d'une étoile invisible autour de Sirius, l'astre le plus brillant de tout le firmament. Mais la cosmogonie dogon suppose aussi l'existence d'une troisième étoile tournant dans le même sens qu'elle et autour de laquelle graviterait la planète d'origine de Nommo, le grand ancêtre.
LES ETHNIES AU MALI
L'organisation de l'agriculture a entraîné des flux migratoires,; ainsi, certains groupes ont-ils été absorbés par d'autres. Les Bambaras, groupe le plus nombreux, occupent un nombre important des postes de fonctionnaires. Mais ce sont les Dogons et les Touareg qui conservent le mode de vie le plus traditionnel.
BAMBARAS
Etymologiquement, le nom vient de ban (refus) et mâna (maître), c'est-à-dire ceux qui ont refusé d'être dominés. Descendants de l'empire Songhaï, les Bambaras se rencontrent au Sénégal, au Burkina Faso, en Guinée, en Mauritanie, en Côte-d'Ivoire, et peuplent, au Mali, une aire géographique qui s'étend du centre Est à l'Ouest du pays (Ségou, Koulikoro, Bougouni, Sikasso…) où ils cultivent fonio, riz, maïs et mil. Le peuple bambara n'a jamais constitué une unité politique, mais se compose de clans aux mêmes ancêtres réels et mythiques. (10)
BELLAS
Les Bellas, caste la moins noble, sont les anciens esclaves des Dogons. (56)
BOZOS ET SOMONOS
D'origine noble et devenus émigrants lors de la décadence de l'empire du Ghana dont ils faisaient partie, ils sont pêcheurs, parce que, au bout de leur errance aux bords du Niger et du Bani, ils ont entrepris alors d'en exploiter les ressources pour subvenir à leurs besoins.
Le Bozo doit nourrir le Dogon, et en échange, le Dogon le protège.
Les Somonos, transporteurs sur le fleuve, tandis que leurs homologues construisent les pirogues, n'existent pas vraiment en tant qu'ethnie car il n'existe pas de coutumes somonos. Le groupe se compose d'un mélange de plusieurs races (bambara, soninké, bobo…) (47) (48)
DIAWARAS
Pratiquant la langue saracolé, ils ne sont pas pour autant un sous-groupe de la famille soninké. Réduits à quelques dizaines de milliers d'individus, ils se sont regroupés vers Nioro et Nara
Des siècles de combats et luttes intestines ont réduit leur territoire. Les Diawaras ont préservé leurs coutumes ancestrales. Seules leurs colonies qui ont migré au milieu de races différentes ont adopté les coutumes de ces dernières, sans pour autant perdre leur originalité ethnique.
Le peuple Diawara est donc une réalité incontestable, politiquement et historiquement, mais la race Diawara n'existe pas anthropologiquement ou linguistiquement parlant.
DOGONS
Ces cultivateurs vivant dans la région de Bandiagara (classée au patrimoine mondial de l'Unesco pour sa civilisation riche) ont probablement le mieux conservé leurs mœurs et croyances. Réputés pour leur art, en particulier leurs masques spectaculaires qui correspondent à des rites complexes, ils se divisent en Houmbébé, gens de la plaine de Gondo, à l'Est, et en Tombo, gens du plateau. (64)
Ethnie noble, elle est un peu le juge de paix des autres groupes ethniques.
KHASSONKES
Le Khasso (pays des Khassonkés) se trouve enclavé dans ceux des peuples saracollé au Nord-Ouest, bambara au Nord-Est et malinké au Sud, qui n'ont pu les absorber, et ont emprunté certaines coutumes de leurs voisins, mais ont conservé également leurs propres mœurs.
MALINKES (ou Maninkas ou Mandenkas ou Soninkés)
Frontaliers de la Côte d'Ivoire et du Sénégal, ils vivent à l'Ouest du Mali entre Kayes et Bamako, et dans le pays Mandingue. Leur peuple est l'un de ceux dont l'histoire a dominé le passé du Mali. Ils paraissent unis aux Bambaras de par leur type physique, leur langue et surtout leurs mœurs et croyances. Ils sont spécialisés dans la culture du riz et du mil, le commerce et la teinture à l'indigo.
MAURES
Avant le rattachement en 1944 d’une grande partie du Hodh à la Mauritanie, le Mali comptait plusieurs tribus importantes de Maures parmi ses populations. Aujourd'hui, il en reste deux groupes importants, au-dessus et au-dessous de Tombouctou. Par ailleurs la partie sahélienne du Mali reste l'une des zones importantes de migration des Maures mauritaniens, des bouviers, habitués à vivre avec les autochtones noirs du Sud et qui tirent l'essentiel de leurs ressources de la cueillette de la gomme arabique et des transports par bœufs porteurs.
PEULS
Evalués à environ 12 millions d’individus en Afrique de l'Ouest (Sénégal, Guinée, Niger, Nigéria, Mauritanie…jusqu’au Soudan), ils ont joué un rôle considérable dans l'histoire de l'Ouest africain. Divisés aujourd’hui en deux groupes distincts, ils sont sédentaires musulmans de type négroïde, ou nomades pasteurs (mais souvent sédentarisés) de type non négroïde, pratiquant des rites non islamiques malgré leur conversion à l’islam.
Le Peul au teint clair comme ses ancêtres ne se rencontre que rarement, la majorité étant métissée, du fait des descendants d’anciens esclaves qui se sont mêlés à leurs anciens maîtres dont ils ont adopté les coutumes, même s'ils leurs restent socialement inférieurs.
Ils habitent la ville de Mopti et la région du Delta intérieur du Niger, et parlent le poular.
L'ordre des castes y est important, avec les nobles (commerçants, propriétaires de bétail), les libres (potiers, tisseurs, travailleurs de cuir, bois et bijoux, griots), et les esclaves. (50) (49) (5)
SARAKOLLES (ou Soninkés)
Grands voyageurs, ils constituaient une corporation de colporteurs qui, avec les Dioulas, sillonnaient l'Ouest africain, à la recherche du profit. Aujourd’hui, ils continuent leurs pérégrinations à travers le monde (représentant 80% des émigrés maliens en France) et reviennent parfois au pays raconter leurs péripéties au pied de l’arbre à palabres du village.
En outre, ardents musulmans, ils ont créé un peu partout des communautés islamiques, où le mot Soninké est devenu souvent synonyme de marabout.
SENOUFOS
Peuple d'agriculteurs occupant la région de Sikasso depuis le XVIe siècle, ils ont fait de cette région du sud, le grenier du Mali. Ils y cultivent le riz, le mil, l'igname, le manioc et le thé.
SONGHAÏS
Eleveurs et agriculteurs sédentaires qui ont occupé une place importante, du fait de leur situation géographique, dans la boucle du Niger (Tombouctou), à la frontière de l'Afrique blanche et de l'Afrique noire. Ils ont bénéficié à la fois des apports des pays méditerranéens, et de ceux des pays du Sud qui commerçaient à travers leur territoire.
TOUAREG
Les Touareg (Targui au singulier), hommes bleus du désert du fait de l'indigo de leur vêtement, réputés pour leur fierté, leurs qualités guerrières et leur artisanat, sont des pasteurs nomades berbères du le Sahara. Ils évitent l'aridité extrême en établissant leurs campements dans les massifs sahariens de l'Adrar des Ifoghas au Mali (Kidal), du Hoggar en Algérie, et de l'Est du Niger (Agadez) mais aussi en bordure du fleuve Niger, vers Gao et Tombouctou. Ailleurs, on les retrouve partout en Afrique de l´Ouest, en Côte d´Ivoire, au Burkina Faso ou au Bénin. Leur nom viendrait d´une ville lybienne nommée Targa.
Le sang noir prédomine chez eux, du fait des esclaves noirs avec lesquels ils sont en contact (qui, même libres, se font recenser avec leurs anciens maîtres dont ils ont adopté les mœurs), et des relations de commerce qu'ils ont eues de tout temps avec les peuples sédentaires. Ainsi, le métissage les condamne-t’il à l'absorption par les populations noires.
Sécheresse et politique gouvernementale (qui les réprime sévèrement lors des mouvements d’indépendance territoriale), les confrontent au problème de la sédentarisation. Ils se retrouvent cloîtrés dans des bidonvilles en périphérie de grandes villes, ou poussés à l'exil.
TOUCOULEURS
Leur nom provient sans doute de Tekrour (désignant jadis l'empire du Ghana, qui s'étendait sur les deux rives du Sénégal). Musulmans, ils se révoltèrent en 1776 contre la dynastie païenne. Venus tard au Mali (au XIXe siècle), leur domination sur les autochtones du pays ne dura qu’un demi-siècle, mais eut l’avantage de créer un empire homogène composé de Bambaras, Malinkés, Khassonkés, Peuls, Dogons...
Quoique étrangers eux-mêmes au pays qu'ils soumirent par les armes, ils furent cependant parmi les plus opposés à la pénétration française. Si après l'effondrement de l'Empire toucouleur, certaines familles regagnèrent les rives du fleuve Sénégal, un grand nombre resta sur place, créant de petits îlots indépendants parmi les populations naguère asservies.
Originaires d'une région située en bordure du fleuve Sénégal et de République de Guinée, leur fanatisme religieux, leur esprit aventureux et leur goût du luxe en ont fait les conquérants légendaires chantés par les griots.
Ils pratiquent aujourd’hui une économie combinant agriculture et élevage transhumant.
LES AUTRES GROUPES ETHNIQUES DU MALI
Le premier groupe comprend notamment les Wolofs et les Mossis qui se regroupent partout où ils sont assez nombreux pour former une petite colonie, souvent réfractaire mais non hostile aux traditions locales. Généralement ils adaptent leur existence à celle de leurs hôtes, sans s'intégrer pour ne pas être absorbés.
Les Mossis sont pour la plupart dans les zones aménagées du bassin du Niger tandis que les Wolofs, originaires du Sénégal, résident dans les villes importantes comme Kayes et Bamako.
Le second groupe se compose d’ethnies étrangères (Haoussas, Djermas, Mandingos, Youroubas...) en provenance de divers pays africains. Certains finissent par se fixer définitivement au sein des groupes où ils se trouvent et en adoptent alors les traditions.
LES JUIFS DU MALI
Dans la région de Tombouctou, leur présence est mentionnée avant et après l'islamisation.
Vers 1865, le rabbin Mardochée rencontre des juifs qui vivent parmi les Touareg au Nord du fleuve, de Tombouctou à l'Adrar, razziés par ces derniers.
D'autre part est resté dans la mémoire des villages du fleuve un nom mystérieux : les Banou Israël (Fils d'Israël). Leur trace s'était perdue en 1493-1494, et il semble que beaucoup aient sauvé leur vie en acceptant l'islamisation. Etrangement, ces gens ne semblent avoir oublié ni leur origine juive ni, pour certains, leur patronyme. Ainsi on rencontre des Al Kuhin (Cohen).
Cependant, coupés de tout lien avec les communautés, les juifs du Mali ont perdu la signification du mot juif, vidé de sa substance par cinq siècles d'islamisation forcée.
DIAPORAMA MALI
Vidéo envoyée par jcgrap













